Vote et éligibilité des MRE…en 2012 ?

- 19h54 - Maroc - Ecrit par : L.A

Plus de 400 personnes issues de la diaspora marocaine sur le continent européen ont répondu à l’appel du collectif Al Monadara. Les Ministres Chakib Benmoussa,Taieb Fassi-Fihri, Nezha Chekrouni ont également fait le déplacement. Débats, échanges, contradictions et... indiscrétions. Moteur !

Les mauvaises langues diront que la première conférence du collectif Al Monadara, qui regroupe des associations basées en Europe, s’est quelque peu transformée en une thérapie collective plutôt qu’en débats de fonds avec un centre d’intérêt purement intellectuel. La présence massive de Marocains résidant à l’étranger (MRE) de 1ère génération, leurs histoires sociales (et politiques) et l’expression de revendications ont fait office de « déjà vu et entendu ».

Ce qui laisse croire que lors du casting, le Comité Organisateur n’a pas adopté une approche transgénérationnelle. Si Nezha Chekrouni, Ministre Déléguée en charge de la communauté marocaine à l’étranger, éprouve « la frustration de ne pas avoir pu rencontrer plus de jeunes à ce jour », au lendemain de la manifestation, sa frustration a dû être encore plus grande, la jeunesse ayant été oubliée par les organisateurs.

Un oubli volontaire ? On est tenté d’y croire. En effet, tout au long des travaux, le maître-mot a été la réconciliation. Ce n’est pas la présence (remarquée) de Driss Benzekri, Président du Conseil consultatif des droits de l’homme (et ancien chef de file de l’instance Équité et réconciliation) ou celle de Chakib Benmoussa, ministre de l’Intérieur qui influent cette pensée mais bien la typologie des participants.

Pour la grande majorité d’entre eux, ils sont nés au Maroc dans les années 1940/1950, ils étaient opposés politiquement au régime de Hassan II et ils ont rejoint l’Europe pour tendre vers un avenir meilleur. Ainsi, c’est leur condition de vie durant les années de plomb et l’environnement des pays d’accueil qui ont occupé l’essentiel des débats. Des débats parfois difficiles tant au travers des disparités géographiques, des diversités linguistiques (France, Pays-bas, Grande Bretagne, Espagne, Italie), que de l’absence de culture au débat contradictoire.

Si le passé ne doit pas être occulté et l’histoire oubliée, il n’en reste pas moins qu’il est réducteur d’identifier la diaspora marocaine à cette représentativité. D’autant plus que le nombre de MRE 2ème et 3ème génération est numériquement plus important que celui de leurs aînés et que ses lectures et ses liens avec le Maroc peuvent être diamétralement opposés. En clair, les générations se suivent mais ne se ressemblent pas. « C’est vrai. Néanmoins, il faut savoir que de réunir ces personnes, qui n’ont pas pour habitude de travailler en équipe durant trois jours, relève de l’exploit. Il y a quelques années, cela se serait soldé par un pugilat. Pour toutes ces raisons, ce rendez-vous est une avancée certaine pour instaurer un dialogue durable entre Marocains d’ici et d’ailleurs » déclare un membre du comité d’organisation.

Chirac et Sarkozy ne doivent pas être reçus en grandes pompes au Maroc

Si les deux premières journées étaient consacrées à des « auditions » et des ateliers de travail - migration et citoyenneté, migration et développement, identité et culture - la journée de dimanche a donné lieu à la restitution des travaux et à un débat entre les pouvoirs publics et les membres du collectif Al Monadara. Au rayon des revendications, que retenir ? Les problématiques liées à l’identité, à l’exercice de la citoyenneté pleine ici et là-bas, au statut durable d’immigré, aux incohérences des conventions bilatérales…

Est-ce que reprocher au Maroc d’accueillir « en grande pompe » Jacques Chirac, président de la République Française ou Nicolas Sarkozy, ministre français de l’Intérieur (et candidat aux élections présidentielles) est légitime ? « En faisant cela, le Maroc touche notre dignité car la politique menée par ces derniers nous rend la vie impossible. Je prendrai pour simple exemple l’opposition de Sarkozy au regroupement familial. Le royaume doit nous soutenir pour préserver notre dignité. Sans dignité, que reste-t-il ? », lâche en substance un intervenant, responsable associatif dans l’Hexagone.

Un propos qui fait réagir Nezha Chekrouni : « Il est vrai que certaines conventions bilatérales doivent être réactualisées entre le Maroc et la France. Je vous propose la création d’une commission pour travailler sur ces dossiers. Quant à la dignité, nous sommes tous là pour défendre celle des Marocains où qu’ils soient » dit-elle. Même son de cloche au ministère de la Justice par la voix de son Secrétaire général, Mohammed Lididi « Cela fait cinq années que nous nous attachons à mettre à jour des accords bilatéraux de manière qu’ils soient en adéquation avec les réalités sociales comme la moudawana. Des discussions sont engagées avec l’Union européenne mais pour l’heure l’Europe n’a pas la possibilité de débattre sur les accords civils » annonce le représentant du Département de la Justice.

Tout se précise pour…2012

De fil en aiguille, l’épineux dossier du droit de vote et de l’éligibilité des MRE aux élections législatives 2007 s’est invité au débat. Contrairement aux prévisions, le bras de fer n’a pas eu lieu. Bien au contraire, autorités et représentants de la société civile ont croisé le fer. En effet, chacune des parties s’est exprimée en mettant en avant son argumentaire.

Selon le Chef de cabinet du ministre de l’Intérieur, « l’exercice de la citoyenneté est une richesse que nous partageons tous, y compris le souci. Depuis le discours royal, nous travaillons pour donner une impulsion pour la participation des MRE aux élections 2007, via un changement du code électoral. Actuellement, nous axons notre action sur la mise à jour des listes électorales dans les consulats basés à l’étranger non sans difficulté car les listes consulaires ne reflètent pas toujours la réalité du terrain ». Il précise que « compte tenu de l’expérience de 1984 (1er scrutin législatif avec la participation des MRE), nous travaillons sans précipitation. Si nous n’avons pas les moyens d’organiser la coupe du monde de football nous les avons pour organiser des élections avec la participation de notre diaspora », rétorque le Chef de cabinet de Chakib Benmoussa.

9 mois suffiront-ils pour organiser la logistique nécessaire dans les pays de résidence ? « Aucun pays au monde n’a réussi un tel chantier en 12 mois ! Sa Majesté le Roi n’a jamais précisé que la participation politique de la communauté marocaine à l’étranger devait intervenir en 2007 ! » déclare Nezha Chekrouni. Dans la salle, on s’est contenté d’écouter avec attention les précisions apportées par le ministère de l’Intérieur, sans réaction palpable. Il est vrai que les participants étaient motivés par d’autres centres d’intérêts.

Une lecture en filigrane permet de conclure que la diaspora marocaine ne pourra exercer sa citoyenneté pleine dans son pays d’origine qu’à l’horizon 2012. D’ici là, les consulats auront mis à jour les listes consulaires et seront en mesure de tenir des bureaux de vote. Enfin, espérons-le…
Au détour de cette manifestation, on peut dire que l’opération de réconciliation entre la génération Hassan II et l’État marocain est bien amorcée. Reste à convaincre la génération Mohammed VI dont les exigences sont différentes. Pour réussir le doublé, il faudra une stratégie à la hauteur du défi. Un défi qui impose sincérité, humilité et détermination. L’enjeu, évitez de rééditer des « auditions » pour se réconcilier avec une génération…dans 40 ans.

La nouvelle tribune - Rachid Hallaouy

  • Qui peut prétendre représenter les MRE ?

    Que se passe-t-il donc dans la « maison » MRE ? D'un côté, le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH), chargé de présenter une feuille de route au Souverain au mois de juillet 2007 et qui s'attèle à mettre en place une stratégie efficiente (consultations, séminaires,…) pour la mise en place du Conseil Supérieur des Marocains à l'Etranger (CSME), et de l'autre, une diaspora marocaine, installée dans les pays de résidence, qui demeure partagée quant à la conduite et à la finalité de l'initiative royale.

  • CCDH : Nous n'avons jamais prétendu être représentatifs des MRE

    Abdelhamid El Jamri, membre du comité du groupe de travail au sein du CCDH et co-organisateur d'Al Monadara, livre ses impressions sur les mouvements de contestations qui s'expriment en Europe par des associations locales de MRE quant au rôle du CCDH dans sa mission de mener des consultations pour la mise en place du Conseil Royal.

  • Marocains résidant à l'étranger : Ils défendent leurs droits...

    Ces jours-ci, on parle beaucoup de Marocains résidant à l'étranger. Certains de ces derniers viennent de parler d'eux-mêmes. Le futur Conseil de l'émigration déchaîne les passions.

  • Benzekri : « Pour le conseil des MRE, tout se fera dans la concertation »

    Pour le président du CCDH, Driss Benzekri, le processus de réflexion sur le Conseil supérieur de la communauté marocaine à l'étranger a déjà commencé. Il se fait dans le cadre de la concertation.

  • Rabat : Débat sur l'emigration marocaine

    Les axes du Débat transnational sur l'immigration marocaine qui sera organisé par le collectif "Al Monadara" du 8 au 10 décembre ont été présentés mardi soir à Rabat. Ce Débat, qui regroupe les associations des Marocains en Europe et le réseau marocain Euro-Med des organisations non-gouvernementales, vient à la suite de l'appel lancé le 17 décembre 2005 à Amsterdam par les associations démocratiques représentatives des immigrants marocains en Europe et/ou œuvrant dans le champ de la migration.

  • Pour ou contre le vote de la communauté marocaine de l'étranger

    Voici des années que les associations de Marocains résidant à l'étranger (MRE) bataillent pour obtenir le droit de vote. Aujourd'hui, les « Marocains d'ailleurs », exclus de toute autre votation, ne peuvent s'exprimer que par référendum.

  • Nezha Chekrouni : “Je serai de la partie en 2007”

    A mi-chemin du programme de consultations destinées aux MRE, sous la houlette d'un Comité d'expert du CCDH, Nezha Chekrouni, Ministre chargée des Marocains résidents à l'étranger, s'exprime sur les travaux initiés jusqu'à présent, sur la création du Conseil Supérieur, sur le vote en 2007 de cette communauté,…

  • MRE : Les dessous d'un revirement royal

    Après avoir promis, il y a un an, une représentation des MRE via la Chambre des représentants, le roi parle aujourd'hui du rôle que pourrait jouer un nouveau conseil. Un CORCAS bis ? Encore une fois, la question de la représentation des Marocains résidant à l'étranger (MRE) est soulevée par le roi dans le discours du 6 novembre, à l'occasion du 31 anniversaire du déclenchement de la Marche verte. Car, faut-il le rappeler, il y a un an jour pour jour, cette même question a été évoquée dans un discours similaire.

  • 72 % des transferts des MRE destinés à l'immobilier

    L'évolution de ces flux est de 9 % en moyenne les dix dernières années Malgré les changements que subit la structure de la communauté marocaine à l'étranger, de génération en génération, les transferts de fonds vers leur pays n'en ont pas été affectés. Bien au contraire, leur évolution s'inscrit plutôt dans une tendance haussière, comme en témoigne le bilan de ses transferts au cours des dix dernières années. Toutefois, l'emploi de ces fonds n'est pas optimal, puisqu'ils sont en général investis dans l'immobilier.

  • Lancement de la « campagne » MRE à Rabat !

    Le CCDH a convié les MRE à une première consultation menée en vue de la création du Conseil supérieur dédié à la diaspora marocaine.