72 000 passages à Ceuta : Sánchez admet que le Maroc a ouvert les vannes pendant dix heures
Pedro Sánchez reconnaît désormais que les forces marocaines ont laissé passer des migrants vers Ceuta pendant dix heures le 30 juillet. Le Premier ministre espagnol refuse toutefois toujours d’accuser Rabat d’avoir organisé l’arrivée massive de plus de 70 000 personnes.
Pedro Sánchez a fait une concession importante jeudi devant le Congrès espagnol. Après plusieurs semaines de polémique sur le rôle du Maroc dans les passages massifs vers Ceuta, le chef du gouvernement reconnaît désormais que la Gendarmerie marocaine n’a pas empêché les franchissements pendant une période déterminante de la crise.
« La Gendarmerie a permis le passage » pendant environ dix heures, a reconnu Sánchez lors de sa comparution devant les députés, selon Reuters.
Cette période correspond au 30 juillet, au moment où les arrivées vers Ceuta atteignaient leur niveau maximal.
Sánchez distingue désormais trois phases dans l’attitude des autorités marocaines. Dans un premier temps, le dispositif frontalier aurait fonctionné normalement. Il y aurait ensuite eu ces dix heures durant lesquelles les gendarmes marocains ont permis les passages. Enfin, les forces marocaines seraient intervenues de nouveau efficacement pour contrôler la situation.
Le Premier ministre espagnol reconnaît toutefois ne toujours pas savoir pourquoi le dispositif marocain a cessé de fonctionner pendant ces heures décisives.
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Il faudra déterminer s’il s’agissait d’une « inaction » ou d’une incapacité à contenir l’afflux, a-t-il expliqué.
Cette reconnaissance intervient seulement vingt-quatre heures après la révélation d’un rapport de la Police nationale espagnole accusant des agents marocains d’avoir participé au déplacement de dizaines de milliers de personnes vers Ceuta.
Sánchez refuse toujours d’accuser Rabat
Sur un point essentiel, Pedro Sánchez refuse néanmoins de suivre les conclusions les plus lourdes du rapport policier.
« À ce jour, personne n’a fourni au gouvernement de preuves permettant de conclure que cette entrée massive à Ceuta a été conçue et exécutée par les autorités marocaines », a déclaré le chef du gouvernement devant le Parlement.
Sánchez promet que l’Espagne agira avec fermeté si de telles preuves apparaissent.
Le rapport du Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF) va pourtant beaucoup plus loin. Après analyse de vidéos, d’images satellites et de témoignages, les policiers espagnols évoquent une opération organisée en plusieurs vagues et destinée à saturer les capacités espagnoles.
Ils affirment notamment avoir identifié des membres présumés des forces marocaines donnant des indications aux personnes souhaitant traverser par la mer.
Le document parle également d’une présence policière marocaine inhabituellement faible le long de la frontière et estime qu’aucune tentative sérieuse n’aurait été entreprise pour disperser les rassemblements.
Les enquêteurs espagnols considèrent même que l’ampleur de l’opération dépasse les capacités habituelles des réseaux de passeurs.
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Sánchez met cependant en avant ce qui s’est passé après les dix heures de laisser-passer.
Les forces marocaines ont ensuite procédé à des centaines d’interpellations et ont joué, selon lui, un rôle « décisif » dans le retour vers le Maroc de la très grande majorité des personnes ayant rejoint Ceuta.
Environ 50 000 personnes auraient ainsi regagné le Maroc en moins de vingt-quatre heures et autour de 63 000 au cours des trois premiers jours.
Madrid veut donc revoir sa coopération avec Rabat. « Après ce qui s’est passé, cette coopération doit être différente », a déclaré Sánchez.
La crise a également provoqué une tension diplomatique jusqu’ici restée discrète. Le Premier ministre a révélé jeudi que l’Espagne avait convoqué l’ambassadrice du Maroc à Madrid le 21 août après des déclarations de responsables marocains sur Ceuta et Melilla jugées « inacceptables » par son gouvernement.
La crise du 30 juillet a parallèlement poussé Madrid à placer Ceuta au plus haut niveau de son dispositif de sécurité nationale, avec le renseignement et les forces armées directement associés à la gestion du dossier.