Face à l’Espagne, le Maroc n’est plus le même pays qu’il y a vingt ans
Le Maroc n’aborde plus ses rapports avec l’Espagne dans la même position qu’il y a vingt ans. Ses succès diplomatiques sur le Sahara, l’appui américain et le rapprochement militaire avec Israël ont considérablement renforcé sa position régionale.
C’est l’analyse développée par El País, qui compare la situation actuelle aux crises ayant opposé Rabat et Madrid en 2002 autour de l’îlot Leïla, puis en 2021 à Sebta.
Le principal tournant remonte à décembre 2020, lorsque Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara. Revenu à la Maison-Blanche, le président américain a réaffirmé cette position le 1er août 2026 et présenté le plan d’autonomie comme « la seule base » d’une solution.
La France a également durci son soutien à Rabat en affirmant que « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ». Le Royaume-Uni considère de son côté le plan d’autonomie comme la solution « la plus crédible, viable et pragmatique ».
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Trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, soutiennent donc aujourd’hui à des degrés différents la proposition marocaine.
Washington, Paris et Londres changent le rapport de force
Le rapprochement avec Israël constitue l’autre évolution majeure. Depuis la reprise des relations diplomatiques en 2020, la coopération sécuritaire et militaire s’est fortement développée : exercices conjoints, défense aérienne, renseignement et contrats d’armement ont créé un partenariat qui n’existait pas publiquement lors des précédentes crises avec l’Espagne.
Madrid a elle-même modifié sa position en 2022. Pedro Sánchez considère depuis le plan d’autonomie marocain comme la proposition « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour régler le conflit du Sahara.
La relation économique renforce encore l’interdépendance. En 2024, l’Espagne avait exporté pour 12,859 milliards d’euros de marchandises vers le Maroc et importé pour 9,834 milliards d’euros depuis le Royaume. Les deux pays coopèrent également étroitement sur l’immigration, la sécurité et l’organisation du Mondial 2030.
La nouvelle crise de Sebta a pourtant fait remonter les tensions entre Rabat et Madrid. Les revendications marocaines sur Sebta et Melilla ont retrouvé une visibilité inhabituelle ces dernières semaines, dans un contexte de campagne électorale au Maroc.
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Plusieurs spécialistes appellent toutefois à ne pas surinterpréter cette séquence. La montée du discours autour de Sebta et Melilla pourrait être liée aux élections législatives du 23 septembre, tandis que le Sahara reste la priorité diplomatique de Rabat.
Le Maroc n’a par ailleurs aucun intérêt évident à ouvrir un nouveau conflit majeur avec Madrid alors que la bataille diplomatique sur le Sahara n’est pas totalement achevée.
Le changement essentiel est ailleurs : par rapport aux crises de 2002 ou 2021, Rabat dispose aujourd’hui de beaucoup plus d’appuis diplomatiques, militaires et économiques. Une nouvelle configuration qui lui permet d’aborder ses différends avec l’Espagne avec davantage d’assurance.