La veille des 72 000 passages depuis le Maroc, le CNI avait alerté : la juge veut savoir qui savait quoi
La juge María Tardón veut déterminer ce qu’est devenue une alerte du renseignement espagnol envoyée la veille des passages massifs à Sebta. Le témoignage d’un ancien collaborateur pourrait désormais mettre en difficulté le représentant de Madrid dans l’enclave.
L’enquête sur les événements des 30 et 31 juillet se rapproche des responsables espagnols chargés d’anticiper la crise. La juge de l’Audience nationale cherche à établir quels services avaient été avertis, qui devait intervenir et pourquoi l’alerte n’a pas empêché l’arrivée massive de migrants depuis le Maroc.
Le Centre national de renseignement espagnol (CNI) avait prévenu dès le 29 juillet qu’un appel circulait sur les réseaux sociaux pour franchir la frontière « par la clôture et par la mer » le lendemain à 20 heures. Deux groupes totalisant environ 180 000 abonnés étaient concernés, rapporte El Español.
Cette alerte avait été reçue par Gonzalo Sanz, alors chef de cabinet du délégué du gouvernement espagnol à Sebta, Miguel Ángel Pérez Triano. Sanz affirme l’avoir immédiatement transmise à son supérieur. Le délégué a pourtant déclaré publiquement ne pas avoir été informé par son collaborateur.
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La contradiction se trouve désormais au cœur de l’enquête. Gonzalo Sanz, qui a quitté ses fonctions le 11 septembre, doit être entendu comme témoin le 1er octobre. Il a refusé de témoigner par visioconférence et souhaite comparaître personnellement.
Son audition pourrait déterminer si Miguel Ángel Pérez Triano doit à son tour être convoqué. La juge entendra également le président de Sebta, Juan Jesús Vivas, le 30 septembre, puis Sebastián Vega, qui dirigeait la police locale au moment de la crise.
Six pistes examinées entre Madrid et Rabat
L’alerte du CNI n’est que l’un des six axes de l’instruction. María Tardón veut aussi savoir comment les appels à se rendre à Fnideq ont été lancés, qui a planifié et financé la mobilisation et quelles personnes ont coordonné les déplacements.
L’enquête porte sur les quelque 72 000 passages depuis le Maroc comptabilisés à Sebta en deux jours. Selon le rapport policier à l’origine de la procédure, les réseaux habituels de trafic de migrants n’auraient pas eu les moyens d’organiser seuls un mouvement d’une telle ampleur.
La magistrate veut également identifier les agents marocains apparaissant sur des vidéos et des photographies prises à Fnideq. Certains sont soupçonnés d’avoir orienté les migrants vers des points précis de la frontière. Cette implication reste une hypothèse examinée par la justice, et non une responsabilité établie.
La police scientifique, la police judiciaire, les services de renseignement de la Police nationale, le CNI et le Centre national de l’immigration et des frontières ont été chargés d’analyser les images.
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Pour retrouver les auteurs des appels diffusés en ligne et leurs éventuelles connexions à l’étranger, des demandes ont aussi été adressées à Meta, WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok, Telegram, Google et Apple. La juge examine enfin d’éventuels transferts irréguliers de migrants de Sebta vers la péninsule après le 31 juillet.