Quand le « J’aime » remplace la Fatwa : la nouvelle religion des jeunes Marocains
L’ère du “Fqih” intouchable est révolue. Une étude universitaire marocaine révèle que l’autorité religieuse dans le Royaume a muté, passant de la hiérarchie traditionnelle à une relation “négociée” sur les réseaux sociaux. Au cœur de cette transformation : le prédicateur Yassine El Amri, figure de proue d’un islam numérique où le « J’aime » remplace l’allégeance.
Publiée dans la revue Siyassat Arabiya, cette recherche menée par Nadia Elalia, de l’Université Moulay Ismaïl de Meknès, a passé au crible les interactions sur la page du très populaire Yassine El Amri durant trois mois. Le constat est sans appel : la relation verticale entre le savant et le fidèle s’effrite. L’autorité religieuse ne repose plus uniquement sur le savoir théologique ou l’institution traditionnelle, mais se soumet désormais à une « négociation implicite » imposée par les codes de Facebook. L’influenceur religieux le plus suivi de l’échantillon (21 participants sur 80) incarne cette nouvelle donne où l’audience détient une part du pouvoir.
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L’étude identifie deux types de fidèles dans cette « Zawiya numérique ». Le premier groupe perpétue la tradition : il sacralise l’influenceur et le défend bec et ongles, comme on a pu le voir lors de la polémique sur la série « Al Maktoub », où les abonnés d’El Amri ont fait bloc derrière ses critiques. Pour eux, la relation reste celle du maître au disciple. Le second groupe, plus moderne, désacralise le discours. Ces internautes gardent une distance critique, n’hésitant pas à débattre ou contester les propos du prédicateur, transformant l’autorité religieuse en un objet de discussion relative.
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Au-delà des figures d’influence, c’est l’usage même de la religion en ligne qui évolue. Si 73 % des sondés suivent un influenceur religieux, ils sont plus de 90 % à considérer les réseaux sociaux comme un bouclier pour défendre l’Islam. Hashtags viraux et photos de profil uniformisées sont devenus les armes privilégiées de cette jeunesse pour répondre aux atteintes au sacré. Paradoxalement, la recherche de “Fatwa” en ligne reste marginale (7,5 %), prouvant que si le militantisme est devenu numérique, la quête de jurisprudence conserve encore ses canaux traditionnels ou peine à s’imposer virtuellement.