Alpes-Maritimes : un réseau franco-marocain voulait récupérer de la drogue en mer, lourdement condamné à Grasse
Le tribunal judiciaire de Grasse a condamné un groupe d’Azuréens qui voulaient s’approvisionner en drogues en Espagne, au Maroc et au Sénégal.
Tout est parti d’un renseignement obtenu le 19 octobre 2023, aidant la brigade mobile de recherche de la police aux frontières de Nice d’identifier un certain Abdelmajid Oufkir, un Belgo-marocain âgé de 47 ans, connu comme trafiquant de drogue dans son pays de résidence. Il est à la tête d’un groupe implanté dans les Alpes-Maritimes projetant de récupérer de la drogue au moyen d’embarcations semi-rigides, dotées de puissants moteurs hors-bord, au départ d’une plage de Mandelieu, et en traversant la Méditerranée. Les enquêteurs le soupçonnent d’acquérir des embarcations et de les aménager pour en faire « un usage illicite », des go-fasts boats.
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Sofiane Allalou, un Algérien âgé de 48 ans, gérant d’un snack à Cannes et « spécialiste nautique » ; Tom-Mohand Ouakli, un Alésien de 35 ans, le « logisticien en chef » ; Sabri Bisshili, un Niçois âgé de 32 ans ; Allalou ou Ali B., un Ciotaden âgé de 44 ans qui tient un snack à Vallauris, ou un Peugeot Parner appartenant à Saad H., un Marocain âgé de 26 ans, Imad L., un Marocain âgé de 32 ans, ancien pêcheur reconverti en videur de boîte de nuit et capitaine au long cours ; et Yassin Moutakif, un Italien de 22 ans, sont les autres membres du réseau.
Le réseau a acquis le « Diva One », un bateau pneumatique de 9,55 mètres au prix de 59 000 euros. Fin décembre 2023, il procède à la suppression des banquettes, aux achats de GPS, sondeurs, achats de vêtements chauds, d’hélices surdimensionnées et même l’achat d’un téléphone satellite. Le réseau dispose de nombreux jerricans remplis d’essence, qui seront stockés à bord (30 à 50 bidons) des embarcations aménagées. Il vole un bateau pneumatique au port de Cannes Marina à Mandelieu. Après, ce groupe d’Azuréens tente de s’approvisionner en drogues en Espagne, au Maroc et au Sénégal.
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Toutes les tentatives se sont soldées par des échecs. Le « Diva One » tombe en panne au large des côtes espagnoles suite à une avarie moteur le 6 février 2024. Les membres du réseau ne sont pour autant démotivés. En février de la même année, le trio Allalou, Ouakli, Oufkir, achète un nouvel esquif baptisé « Le Giulia ». Amarré au port du Grau-du-Roi, il prend la mer le 15 juillet 2024 pour une nouvelle tentative. L’échec était encore au rendez-vous. Le réseau abandonne le navire sur une plage près de Tarragone, en Espagne.
Le réseau sera démantelé à partir de juillet 2024 et ses membres seront interpellés. Après leur arrestation, ils sont jugés devant le tribunal judiciaire de Grasse. À l’audience, la présidente du tribunal Stéphanie Lochon-Dallet les interroge sur leurs rôles respectifs. Les prévenus déclarent qu’ils croyaient qu’il s’agissait d’un trafic d’essence mais en soupçonnant, certains le reconnaissent, qu’un trafic plus important se cachait derrière ces balades nautiques. Dans son réquisitoire, le procureur déplore l’absence du principal organisateur « Oufkir, dit Majid, en fuite, qui continue ses activités grâce à ses attaches au Maroc et qui avait fait venir de Belgique des hommes de confiance ».
Le tribunal rend son verdict. Oufkir écope d’une peine de 7 ans de prison et d’une amende de 50 000 euros avec mandat de recherche. Sofiane Allalou a été condamné à 4 ans de prison et 15 000 euros d’amende, Tom-Mohand Ouakli à 4 ans de prison et 15 000 euros d’amende, Sabri Bisshili à 4 ans dont un avec sursis probatoire et 10 000 euros d’amende, Yassin Moutakif à 3 ans de prison et 5 000 euros d’amende. Ils restent tous en prison. Quant à Jawad B., Imad L. et Kevin G..), ils ont été condamnés à des peines allant d’un an à 6 mois de prison avec maintien en détention. Situation atténuante pour Ali B. et Saad H. Ils écopent respectivement de 8 et 6 mois de prison avec sursis.