A Barcelone, des Marocains dans des bidonviles
Dans le quartier barcelonais de la Sagrera, un bidonville s’agrandit en face du chantier de la future gare TGV. Alors que la ville prévoit de construire dans cette zone un grand parc, ainsi que des hôtels et des logements, des dizaines de sans-abris y installent des cabanes de fortune, dont certains sont d’origine marocaine.
Une centaine de refuges ont été installés, principalement autour du chantier de la gare TGV. Ces habitations précaires qui s’étendent dans tous les sens, seront un jour rasés. La municipalité prévoit de construire dans cette zone le plus grand parc de Barcelone, des dizaines d’hôtels, des milliers de logements et des commerces. Pour l’instant, les autorités n’ont pas décidé du sort des habitants de ce bidonville.
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Abdel, 36 ans, vit en face du chantier depuis au moins deux ans. Originaire de Fès au Maroc, il a dû déménager il y a quelques mois après s’être fait voler sa ferraille à plusieurs reprises. Il s’est alors installé de l’autre côté d’une clôture du chantier, installant sa tente entre deux murs. Pour y accéder, il faut descendre un talus couvert de déchets en s’accrochant à des barres de fer rouillées. « Certains des derniers arrivés viennent parfois vous voler. Beaucoup se sont installés près du pont Treball Digne », explique-t-il auprès de La Vanguardia. « Il y a de plus en plus de monde chaque jour. Je suis plus détendu ici. »
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Pour s’installer dans ce bidonville, il faut obtenir l’accord des voisins les plus proches. Les Roms d’Europe de l’Est, les plus discrets et les plus méfiants, occupent la partie haute. Regroupés en familles sur trois petits terrains clôturés, ils sont les premiers à s’installer sur le site. Leurs cabanes sont les mieux équipées : panneaux solaires, tables de jardin, jouets d’enfants, plantes en pot, poêles et vérandas. Autour d’eux, une trentaine de petites maisons mitoyennes précaires abritent principalement de jeunes hommes d’origine maghrébine. Sans eau, ni électricité, ni gaz, ils s’efforcent malgré tout de maintenir une certaine dignité autour de leurs logements.
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Abdel, dont le passeport et le permis de séjour ont expiré depuis des années, explique que la ferraille devient de plus en plus difficile à trouver. « C’est la faute du consulat, ils ne vous aident pas à renouveler votre passeport. Il n’y a aucun moyen de trouver un emploi normal comme celui-là », dit-il en exhibant plusieurs certificats de formation. Le Marocain a des revenus aléatoires. « Un jour, tu gagnes 50 euros avec de la ferraille, et le lendemain, tu ne gagnes presque rien, et tu n’as même pas les moyens de te payer un logement », déplore-t-il. Et d’ajouter : « Ensuite, tu dépenses tout au supermarché en plats préparés, parce que tu ne sais pas cuisiner, et en café au lait chaud. » Abdel se douche tous les jours à la plage où il fait aussi sa lessive.
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Abdel fait savoir que « la police vient de temps en temps, surtout lorsqu’elle enquête sur un vol ou quelque chose de ce genre, pour nous interroger, et s’ils voient une bouteille de butane sur vous, ils la confisquent par sécurité. Les services sociaux viennent souvent prendre des notes. Beaucoup ont un responsable. » Les riverains confirment que la situation ne fait qu’empirer. Ce qui les perturbe le plus, c’est d’être constamment confrontés à tant de misère. Ce bidonville avait existé dans cette zone au milieu du siècle dernier, où vivaient quelque 5 000 personnes. À la fin des années 1980, le bidonville a été rasé pour laisser place au parc Sant Martí.