Blanchiment d’argent : des MRE soupçonnés dans un vaste réseau entre le Maroc et la France
Des Marocains résidant à l’étranger sont soupçonnés d’avoir orchestré un réseau de blanchiment d’argent entre l’Europe et le Maroc. L’affaire met en lumière des comptes ouverts au nom d’employés modestes utilisés comme “prête-noms”.
Les investigations ont débuté à la suite de signalements émis par des directeurs d’agences bancaires à Casablanca et Rabat, fait savoir Hespress. Ces responsables ont été alertés par la fréquence anormale de virements dépassant les 50 000 dirhams, effectués sur des comptes dont les titulaires présentaient des profils économiques modestes, sans activité commerciale ou libérale justifiant de telles sommes. Le mode opératoire consistait à alimenter ces comptes en espèces avant de transférer quasi immédiatement les fonds vers des bénéficiaires inconnus.
Grâce à la coopération avec les services de renseignement financier européens, les enquêteurs ont mis en lumière un mécanisme de compensation sophistiqué. Des sommes importantes en euros étaient remises à des membres du réseau à l’étranger, qui s’engageaient en retour à verser l’équivalent en dirhams sur des comptes au Maroc. Parmi les têtes de pont identifiées figurent des Marocains résidant à l’étranger, notamment une femme d’affaires maroco-italienne basée en Suisse et un Franco-Marocain dirigeant une agence de voyages.
Des liens présumés avec le narcotrafic international
L’enquête a également révélé l’utilisation de « prête-noms » au niveau local. Des employés modestes, parfois analphabètes ou issus de zones rurales, ont vu leurs identités utilisées pour ouvrir les comptes servant aux transactions, sans avoir conscience de la nature des opérations. À ce stade, le volume des transferts irréguliers identifiés avoisine les 13 millions de dirhams, un montant qui pourrait être revu à la hausse.
Les échanges avec les homologues européens ont permis d’établir que ces fonds pourraient provenir de l’économie criminelle. Plusieurs noms apparus dans le dossier sont en effet déjà connus des services européens ou liés à des affaires de trafic international de stupéfiants. Cette affaire confirme le rôle central du secteur bancaire dans la vigilance financière, les banques étant à l’origine de près de 45 % des signalements reçus par l’ANRF.