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Centres d’appel : Paris-Casa, ligne directe

18 octobre 2004 - 06h52 - Economie

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En France, des téléopérateurs craignent de perdre leur emploi. Au Maroc, les jeunes diplômés sont embauchés dans les centres d’appels. Vision croisée d’une délocalisation.

seizième étage de la tour Atlas, couleur rouille seventies, la vue ouvre sur le port de Casablanca, ses cargos, ses paquebots. Les locaux sentent encore le neuf : ordinateurs dernier modèle, séparations vitrées, rien ne diffère d’un immeuble classique de la Défense. Sur l’immense plateau « open space », alignés par rangée de huit en face à face, des téléopérateurs marocains répondent à des clients français. A la porte des bureaux, une jeune salariée fume une cigarette entre deux appels. « J’adore mon travail, j’adore le casque », dit-elle joyeusement. Elle est payée 4 000 dirhams par mois (400 euros) pour quarante-quatre heures de travail par semaine. Toute nouvelle recrue, elle explique avec fierté l’expansion de son employeur. « Les deux étages du dessous sont encore en travaux, mais nous allons bientôt nous y installer. La société vient d’arriver au Maroc, nous allons monter avec eux. » Au-dessus de sa tête s’étale le logo de son employeur : Business support services, plus connu sous le nom de B2S. Ce géant français des centres d’appels ­ 2 500 employés, 11 sites en France, Ñ est devenu propriétaire au Maroc en début d’année. Dès septembre, une centaine de téléopérateurs étaient opérationnels ; en décembre, ils devraient être trois cents...

Sur le bord de la RN 20, aux portes de Paris, l’ambiance est au plan social. Un immeuble moderne, des plateaux de 250 m2 où des téléopérateurs, vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures, assurent le service renseignements des clients SFR. Nous sommes chez Timing, filiale de... B2S, l’heureux propriétaire du Maroc. Effet de la sous-traitance, Timing travaille pour un client : Cegetel et son annuaire SFR. « En juin, juste avant les vacances, raconte Christelle Glémet, déléguée syndicale CGT, la direction nous a annoncé, d’un seul coup, un plan social, un déménagement et la dénonciation de tous nos acquis sociaux. » L’activité de nuit et des dimanches de l’annuaire, celle qui coûte le plus cher en majoration salariale, doit être transférée. Où ? Les employés de Timing n’ont aucun doute : au Maroc. Pour eux, la manoeuvre est connue : Cegetel, le client, fait pression sur le sous-traitant, B2S, pour faire baisser les prix. Et B2S s’installe au Maroc pour récupérer ce client qu’il perdrait en France. Coût de la facture : 210 emplois supprimés chez Timing sur 340 (1). « Nos emplois partent au Maroc, nos revenus, les allocs... » Fin août, les salariés organisent une manifestation devant le siège de Vivendi Universal, propriétaire de Cegetel, histoire d’impliquer aussi le donneur d’ordre. « Cegetel et B2S n’ont pas du tout aimé, dit Christelle Glémet. Ils ne s’attendaient pas à ce que les médias en parlent (2). » Le conflit Timing devient un des emblèmes de la délocalisation. Le débat en France ne fait que commencer, avec intervention de Sarkozy. Puis rebondit au Maroc...

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