Un chauffeur de taxi marocain fait la sieste, à son réveil on l’accuse d’avoir tué une femme

- 17h00 - Espagne - Ecrit par : Nadia El Aoudani

En Espagne, deux jeunes issus de familles marocaines et algériennes ont été faussement désignés comme les meurtriers d’une femme de 83 ans. Leurs photographies ont circulé massivement sur les réseaux sociaux, accompagnées d’insultes racistes. Les victimes réclament justice.

Youssef Abraoui, 29 ans, dort tranquillement chez lui à Manresa, près de Barcelone. Il vient de terminer sa journée de chauffeur de taxi et a mis son téléphone en mode avion. Une voisine finit par sonner à sa porte pour le réveiller. Sa famille tente désespérément de le joindre : sa photo circule sur Internet, où on l’accuse d’avoir tué une vieille dame à Burgos. « Regarde, regarde, tu as tué une femme à Burgos », lui écrivent des proches, rapporte El País.

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Tout commence samedi 17 octobre, lorsqu’un internaute publie les photographies de deux jeunes hommes en les présentant comme les auteurs du meurtre de Rosario Sánchez, 83 ans, retrouvée morte après une agression à son domicile de Burgos. Il leur attribue de fausses identités. Plusieurs comptes d’extrême droite espagnols reprennent les accusations. La publication initiale dépasse le million de vues.

L’autre victime de cette manipulation s’appelle Ahmed Benyahia. Âgé de 20 ans, cet étudiant barcelonais rend visite à la mère d’une amie à l’hôpital lorsqu’il découvre son visage associé au crime. Il est pris d’une crise d’angoisse. Ses proches commencent à recevoir les publications, tandis que des inconnus diffusent des insultes et des menaces. Samedi soir, il se rend au commissariat pour déposer plainte.

« Ils nous ont détruit la vie »

Youssef et Ahmed sont tous deux nés en Espagne, dans des familles d’origine marocaine et algérienne. Les deux jeunes ne se connaissent même pas. Pourtant, leurs visages se retrouvent côte à côte dans une fausse information partagée sur X, Instagram, TikTok et WhatsApp.

Chez Youssef, sa sœur Salma, avocate, commence à rassembler les captures d’écran des publications. Leur père, coiffeur, est bouleversé par cette accusation. Le média El Imperial España finit par retirer son article et reconnaît avoir publié les photographies de deux personnes totalement étrangères à l’affaire.

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Salma dénonce publiquement les conséquences de cette diffusion. Elle s’inquiète notamment qu’un inconnu reconnaisse son frère dans la rue et s’en prenne à lui. La famille prévoit de déposer plainte à Manresa, tandis qu’Ahmed a déjà saisi la police à Barcelone.

Les deux jeunes sont finalement entrés en contact après qu’Ahmed a écrit à Salma pour retrouver Youssef. « Ils nous ont détruit la vie. Ils créent de la haine et encore de la haine », confient-ils à El País. Ils veulent que les responsables de cette fausse accusation répondent de leurs actes.