Coopération : Un rêve franco-marocain

- 09h06 - France - Ecrit par :

Membre d’Agir Ensemble et du bureau de l’association franco-marocaine Migration et Co-Développement Alsace (DNA du 24 juillet), le Soultzien Mustapha Rhazaoui a eu le rare privilège d’être invité à la Fête du trône, au Maroc, le 30 juillet dernier. Il vient de rentrer de voyage, des souvenirs et des projets plein la tête.

« Même en gagnant au Loto, je n’aurais pas pu vivre cela. C’était magnifique, extraordinaire... incroyable ! » D’une mallette offerte par le ministère des Affaires Étrangères, Mustapha Rhazaoui sort deux précieuses invitations imprimées sur papier vélin : l’une signée de sa majesté le roi du Maroc Mohammed VI, l’autre de son premier ministre

Deux sésames qui lui ont ouvert cet été les portes de la prestigieuse Fête du trône. Tout a commencé par un coup de fil, fin juin. « Allô, M. Rhazaoui ? Bonjour, ici le consul général du Maroc, à Strasbourg. Je vous ai choisi pour participer à la Fête du trône, le 30 juillet. Nous nous occupons de tout. » « ... ? » Incrédule, Mustapha Rhazaoui refuse d’abord poliment, arguant que sa santé - il est cloué dans un fauteuil par une lombalgie chronique qui le fait souffrir le martyre - ne lui permet pas d’entreprendre un tel voyage. Mais sa femme l’encourage : « Elle m’a dit que c’était un honneur et que je ne pouvais pas refuser ».

Le 28 juillet, l’avion s’envole pour Rabat. Le voyage est pénible... mais le jeu en vaut la chandelle. « Nous étions 199 concitoyens marocains établis sur les cinq continents - dont 47 femmes - invités », précise-t-il. L’accueil dépasse ses espérances. Mustapha Rhazaoui a deux personnes à son service et, les chambres du grand hôtel où il est hébergé n’ayant pas d’accès handicapés, hérite d’une superbe suite. « Dès le lendemain matin, nous avons rencontré les représentants des ministères et administrations avant d’être répartis en trois commissions : éducation et culture, religion, et représentativité politique. » M. Rhazaoui participe à la dernière. L’occasion d’aborder un sujet cher à l’association Migration et Co-Développement Alsace (MCDA), qu’il est chargé de représenter : l’obtention de l’"accord de siège", qui lui permettrait d’avoir le sien dans la région de Khourigba, où elle travaille au développement local depuis sa création, en 1995. L’occasion aussi pour Mustapha Rhazaoui de revendiquer ses droits de citoyen, au Maroc comme en France. « Il est fini le temps où j’étais un vacancier au Maroc et un étranger en France. Je me sens citoyen du monde. Le droit de s’exprimer, c’est un minimum ! »

« Un discours prophétique »

Le 30 juillet, direction Tanger et le palais Marchane pour écouter le discours du roi, retransmis dans tout le pays. « Je ne l’ai pas écouté avec mes oreilles, mais avec mon coeur », explique Mustapha Rhazaoui, très impressionné par sa teneur. « Le roi a mis la classe politique au banc des accusés. C’était très fort, prophétique... j’en ai pleuré de joie. » Le buffet aussi, l’a impressionné. « Je n’avais jamais vu autant de mets, de jus, de thés », assure-t-il. A la même table que les grands de ce monde, Mustapha Rhazaoui s’est pourtant « senti leur égal ». Déjeuner avec le premier ministre et le prince Moulay Rachid (le frère du roi), discussion avec Nouzha Chekrouni, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération - qu’il reverra en rendez-vous privé quelques jours plus tard -, partout, il plaide sa cause. Le 31 juillet, direction Tétouan et un autre palais. « Une fois encore, je n’ai pas réalisé que j’étais à la tribune d’honneur. C’était fabuleux. Je ne voulais pas cligner des yeux, de peur de rater quelque chose. » Lui, l’ancien ouvrier, dit avoir « vécu les 3x8 en non-stop, un rêve de trois jours et trois nuits. » Musique andalouse, chants spirituels « qui rafraîchissent l’âme et ouvrent l’appétit », repas à la table de princes et princesses... la seule fausse note dans cette parenthèse paradisiaque est l’absence de sa femme. « Rien ne la remplace. Elle me raccourcit le chemin, sait me parler, me soulager. C’est tellement dommage qu’elle n’ait pas été là. »

Dans les bras de sa mère

Depuis sept ans, Mustapha Rhazaoui n’était pas retourné au Maroc. « Le 1er août, mon cousin et mon frère sont venus me chercher et m’ont ramené chez moi, à Boujâd. Après tant d’années de maladie et de galère, je me suis laissé aller dans les bras de ma mère. » La maison est archi-pleine et les visiteurs se pressent pour rencontrer le fils prodige. Parmi eux, les têtes de listes des prochaines élections locales... mais aussi l’ami d’enfance, Habib El Malki, l’actuel ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse. « C’était une énorme surprise ! Ma belle-soeur nous avait préparé notre boisson d’enfance préférée : du jus de banane. Malgré son statut social, il n’avait pas changé. Pour moi, c’est un exemple. » Les deux amis discutent... de la vie en général et des actions de MCDA en particulier. Le ministre l’assure de son soutien. « J’ai parlé au nom des enfants du monde rural, pour ces petites filles "nées pour souffrir", qui ne sont pas scolarisées mais travaillent à longueur de journée, ces enfants qui doivent faire des kilomètres pour aller en classe », explique-t-il, appelant à la création d’internats et de cantines scolaires et évoquant d’autres projets, depuis les échanges culturels jusqu’aux travaux d’électrification et d’alimentation en eau (une équipe de MCDA part sur place le 15 octobre). Si c’était à refaire, Mustapha Rhazaoui repartirait de suite. « Là-bas, nous n’étions que trois d’Alsace : moi et deux femmes. L’une est médecin à Strasbourg, l’autre travaille au CNRS, à Cronenbourg. Je représentais MCDA. J’ai le sentiment d’être allé au bout de mon devoir, d’avoir servi à quelque chose, malgré le handicap. Finalement, je remercie le consul général pour son choix. Je suis fier. »

Valérie Walch pour dna.fr

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