Emigration clandestine : Le Maroc entre le marteau et l’enclume

- 19h34 - Maroc - Ecrit par :

Depuis le début de l’été, il ne se passe pas une semaine sans que les autorités marocaines n’annoncent des arrestations massives d’émigrés clandestins, aussi bien des Marocains que des ressortissants de pays de l’Afrique subsaharienne.

Cette tâche est de plus en plus difficile à assumer pour le Royaume chérifien qui manque de moyens pour endiguer les flux migratoires illégaux. Durant l’année 2002, les forces de sécurité marocaines ont arrêté quelque 29.490 candidats à l’émigration clandestine, dont 14.860 Marocains et 14.630 ressortissants de différents pays de l’Afrique subsaharienne.
Les bilans des opérations de lutte contre l’émigration clandestine annoncés par les différents services de sécurité marocains depuis le début de l’année en cours laissent croire que le nombre des émigrés illégaux est en net accroissement. Entre l’exacerbation de ce phénomène qui commence à prendre une ampleur considérable, la pression des Européens, notamment le voisin espagnol, qui réclament des mesures plus sévères pour endiguer les flux des migrants illégaux, et le poids de la facture de la lutte contre les mafias des passeurs, les autorités marocaines ne savent plus à quel saint se vouer.
Pour lutter plus efficacement contre l’émigration clandestine, le Royaume vient de se doter d’une nouvelle législation qui durcit les conditions d’accès et de séjour sur son territoire et aggrave les sanctions contre les trafiquants d’émigrés. Selon le ministère marocain de la Justice, la nouvelle loi permettra au Maroc de se conformer aux conventions internationales relatives aux obligations et droits des migrants et des étrangers légalement établis.
En substance, les dispositions de la nouvelle législation visent à codifier les délits, les infractions et les sanctions liées aux tentatives d’émigration clandestine et au trafic des clandestins à travers une qualification pénale précise. La nouvelle loi prévoit en effet une peine de dix ans de réclusion à l’encontre de ceux qui organisent ou facilitent l’entrée ou la sortie des nationaux de manière clandestine. En cas d’incapacité permanente ou de décès des ressortissants lors du voyage, les passeurs risquent quinze à vingt ans de réclusion pour le premier cas et la perpétuité pour le deuxième.
Après l’adoption de cette loi, certaines voix se sont élevées de l’intérieur même du Royaume chérifien pour critiquer la gestion de ce dossier et l’alignement des autorités sur la politique du “tout sécuritaire” adoptée par l’Union européenne. Pour l’universitaire marocain et spécialiste du phénomène migratoire, Abdelkrim Belguendouz, la nouvelle loi sur l’immigration est critiquable sur plusieurs points.
“Tout d’abord, elle a été présentée au Parlement en même temps que le projet de loi antiterroriste. Cette coïncidence n’est pas fortuite. L’immigré n’est pas un terroriste. Il faut prendre en compte les droits de l’Homme en matière économique, sociale et culturelle. Sur ce point, la loi sur l’immigration clandestine n’est pas du tout équilibrée”, a-t-il affirmé dans un récent article paru dans la presse marocaine. M. Belguendouz a fait part de sa conviction que “l’aspect répressif n’a jamais rien solutionné”.
Pour mettre un terme à l’immigration clandestine, qu’elle soit subsaharienne ou non, “il faut s’attaquer aux raisons qui poussent ces gens à se hasarder en plein désert. Ces raisons sont essentiellement d’ordre économique, politique et social”, a-t-il estimé.
D’autre part, Rabat et l’Union européenne négocient depuis plusieurs mois un accord sur le rapatriement des immigrés illégaux arrêtés sur le territoire communautaire. Des négociations qui se sont avérées difficiles en raison des divergences des points de vue des deux parties sur un certain nombre de “normes d’origine”.
Les Européens veulent “arracher” un engagement du Royaume chérifien d’accepter le rapatriement des clandestins partis à la “conquête de l’Eldorado” depuis les côtes marocaines. Rabat veut des preuves irréfutables que les clandestins arrêtés sur le sol des pays de l’Union sont bel et bien partis du Maroc, sachant que certaines mafias utilisent des bateaux de pêche pour le transport des émigrés illégaux et débarquent leur “cargaison” au large des côtes européennes.
“Il ne faut pas que le Maroc tombe dans le piège européen. En effet, l’UE tente de faire signer le plus vite possible au Maroc un accord de réadmission des clandestins marocains et de ceux qui sont devenus illégaux sur le territoire de l’UE. Cet accord risque de faire du Maroc une immense salle d’attente”, a commenté le Pr Belguendouz, connu pour ses multiples recherches sur le phénomène migratoire.

LIBération

  • Maroc : -65% de tentatives d'émigration clandestine

    Les tentatives d'émigration clandestine à partir du Maroc ont connu une baisse significative en 2006 en raison d'un contrôle très strict des frontières et de la lutte contre les réseaux de passeurs.

  • Mohamed Bakkach publie l'émigration clandestine

    Le livre ; regroupe 9 nouvelles qui traitent de la problématique de l'émigration clandestine, ses affres et ses répercussions, en partant d'un ensemble de situations humaines où le candidat à l'émigration clandestine est souvent pris dans un engrenage infernal d'épreuves et de souffrances.

  • Emigration clandestine : Un trafic plus florissant que la drogue

    L'émigration clandestine fait gagner beaucoup d'argent. Bien plus que le trafic de drogue. Le numéro deux du ministère de l'Intérieur espagnol vient de le confirmer encore une fois devant le parlement de son pays.

  • Arrestation à Tanger de 429 subsahariens candidats à l'immigration clandestine

    Les éléments de la police de Tanger ont procédé, durant les mois de mai et de juin, à l'arrestation de 429 subsahariens candidats à l'immigration clandestine, indique-t-on de source policière.

  • Arrestation de 357 candidats à l'émigration clandestine

    357 candidats à l'émigration clandestine ont été arrêtés durant la période du 18 au 28 mars.

  • Le Maroc a démantelé 60% des réseaux d`immigration clandestine

    Le ministre marocain de lIntérieur Al Mostafa Sahel a indiqué que 60% des réseaux démigration clandestine ont été démantelés dans le pays entre 2003 et 2004 et que 26.000 tentatives pour joindre illégalement le sud de l`Europe ont été mises en échec.

  • RME : Stratégie du ministère

    Priorités • Défendre les causes nationales stratégiques et en premier lieu notre intégrité territoriale. • Moderniser les systèmes d'éducation et d'enseignement au profit des enfants de la communauté marocaine résidant à l'étranger.

  • L'année 2005 au Maroc marquée par la "crise" de l'émigration clandestine

    Ce drame restera l'un des faits marquants de l'année : à l'aube du 5 octobre, quelque 400 clandestins d'origine subsaharienne, extrêmement déterminés et armés d'échelles confectionnées de branchages, tentent de franchir la double barrière métallique qui sépare le territoire marocain de l'enclave espagnole de Melilla, dans le nord-est du Maroc. Cette fois-ci aucun d'entre eux ne parviendra à se rendre de l'autre côté en territoire espagnol. Face à la violence de l'assaut, les soldats marocains, débordés et paniqués, ouvrent le feu. Six clandestins y laisseront leur vie, tués par balles ou morts d'étouffement après avoir été piétinés.

  • Immigration clandestine : le tout sécuritaire n'est pas une solution

    Renforcer les mesures sécuritaires n'arrivera en aucun cas à mettre fin à la question de l'immigration clandestine, a estimé le ministre délégué chargé de la communauté marocaine à l'étranger, Mme Nouzha Chekrouni.

  • Emigration clandestine : Sahel expose son plan à Bruxelles

    Depuis la création par SM le Roi de la Direction de la migration et de la surveillance des frontières et de l'Observatoire de l'émigration clandestine, la détermination du Maroc pour lutter contre ce phénomène n'est plus à démontrer. Le périple du ministre de l'Intérieur qui l'a conduit à Bruxelles puis à Madrid a donné aux partenaires européens une idée plus précise sur le dispositif que le Maroc a mis en place pour lutter contre l'émigration clandestine.