Ils empruntent 10 000 dirhams et doivent en rendre 12 000 quelques mois plus tard
À Tanger et Ksar El-Kébir, des ménages exclus du crédit bancaire se tournent vers un marché parallèle. Pour 10 000 dirhams obtenus immédiatement, certains doivent rendre jusqu’à 12 000 dirhams en quelques mois. Les autorités commencent à collecter des informations.
Le système est connu sous le nom de « talouâ ». Des particuliers disposant de liquidités prêtent directement de l’argent à des familles et à de petits commerçants, en dehors de tout cadre bancaire ou légal.
La majoration est presque tarifée. Pour chaque tranche de 10 000 dirhams prêtée, le débiteur doit verser entre 1 000 et 2 000 dirhams supplémentaires. Le remboursement est généralement exigé dans un délai ne dépassant pas quelques mois, rapporte Hespress.
À Tanger, ces prêts se développent dans plusieurs quartiers populaires. Ils visent surtout des chefs de famille confrontés à une dépense urgente, mais incapables de fournir les garanties réclamées par les banques. Des commerçants travaillant dans les marchés figurent également parmi les emprunteurs.
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Derrière la promesse de « faciliter » l’accès à l’argent, certains prêteurs ont transformé le système en véritable activité. Ils sont désormais suffisamment connus dans les quartiers pour que les personnes cherchant un prêt soient directement orientées vers eux.
Dans les quartiers, les prêteurs sont devenus une adresse
Le phénomène ne se limite plus aux arrangements entre proches. À Ksar El-Kébir comme à Tanger, la majoration de 1 000 à 2 000 dirhams pour 10 000 dirhams prêtés s’est presque imposée comme une règle.
Lorsque l’emprunteur ne parvient pas à rendre rapidement le capital et la somme supplémentaire, les tensions éclatent. Les sources interrogées font état de nombreux conflits entre les deux parties au moment du remboursement.
Des collectes de renseignements sont désormais menées sur ces pratiques. Cette première étape pourrait ouvrir la voie à des investigations plus larges sur les personnes ayant fait des prêts informels une activité régulière.
Les autorités ont déjà démantelé des réseaux similaires. En mai, à Tiflet, une femme soupçonnée de diriger une organisation spécialisée dans ce type de prêts avait été arrêtée. Ses membres auraient encaissé d’importantes sommes grâce aux majorations imposées aux emprunteurs.
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Cette économie parallèle se développe sur une fragilité bien réelle. En 2025, la dette des ménages marocains a atteint 456 milliards de dirhams, après la plus forte accélération enregistrée depuis treize ans. Les crédits à la consommation ont bondi de 13,2 %.
Les impayés atteignent parallèlement 47 milliards de dirhams : environ un dirham sur dix prêté aux ménages est déjà classé en souffrance dans le circuit bancaire.
Le « talouâ » occupe ainsi le vide laissé par les établissements classiques : il donne de l’argent à ceux qui ne disposent d’aucune garantie, mais transforme un besoin urgent de 10 000 dirhams en une dette de 12 000 à rembourser presque aussitôt.