En sept ans, il avait éliminé quatre membres de sa belle-famille

- 09h34 - Belgique - Ecrit par :

LA COUR D’ASSISES de Bruxelles se donne trois semaines pour résoudre l’une des plus mystérieuses intrigues criminelles qu’ait connue la capitale belge. Mohammed Lahboubi, 51 ans, répond depuis ce matin de l’assassinat de quatre membres de sa belle-famille (dont son épouse), des crimes commis entre 1985 et 1992.

L’homme a toujours nié et le mobile n’a jamais pu être véritablement établi. Même si la haine que vouait Lahboubi pour sa famille semble être à l’origine de cette tragédie. Le 1 e r septembre 1985, un chauffeur de taxi dépose une lettre au domicile de Mohammed Garti-Malaki, le patriarche d’une famille de trafiquants de drogue, disparu quinze jours plus tôt. La lettre indique l’endroit où son corps a été abandonné. La famille Garti affirme qu’il a été victime de trafiquants. Il n’aurait pas pu payer une livraison de 36 kilos de haschish. De nombreuses lettres anonymes adressées aux enquêteurs depuis l’Italie, le Maroc et la Colombie confirment cette hypothèse. Il avait d’ailleurs été détenu à Bayonne en 1984 après la découverte de plusieurs dizaines de kilos de haschish dans sa voiture. Deux ans plus tard, en mars 1987, les corps de la fille du patriarche, Naïm, et de son mari, Abdellah, sont retrouvés sur un talus de chemin de fer, près de Bruxelles. Tous deux ont eu la gorge tranchée : signature de la pègre marocaine. Une fois de plus, la piste de la vengeance des trafiquants est retenue. De nouvelles lettres anonymes sont envoyées aux enquêteurs.
Intimidations du commissaire
Le 19 mai 1992, Kahdija Garti-Malaki, l’épouse de Mohammed Lahboubi, disparaît. Une semaine plus tard, le corps d’une femme, entravé et enfermé dans un sac de toile, est remonté des eaux de la Meuse. Mohammed Lahboubi est conduit à la morgue, mais ne reconnaît pas le corps de son épouse. Il affirme que la disparition de celle-ci pourrait avoir été causée par la Mafia italienne. En décembre 1998, le juge d’instruction décide de tenter une dernière fois d’identifier le corps retrouvé dans la Meuse. L’émission policière « Appel à témoins » diffuse des photos. Ce jour-là, le commissaire Philippe Pourbaix, qui a enquêté autrefois sur l’assassinat du patriarche, est devant son poste. Il bondit. Il vient de reconnaître Kahdija. La machine policière est relancée. Philippe Pourbaix reprend l’enquête de zéro. Des analyses ADN révèlent que Mohammed Lahboubi est bien l’auteur des lettres anonymes accréditant la thèse d’une vengeance de trafiquants. Ses alibis, revisités, tombent un à un. Et un de ses amis avoue avoir transporté le corps de l’épouse assassinée jusqu’en bord de Meuse où Lahboubi l’a immergé. Durant toutes ces années, Lahboubi a bénéficié de l’appui du commissaire Théo Vandyck, également en charge de l’enquête sur l’assassinat du patriarche. Les deux hommes étaient devenus amis et le commissaire renseignait Lahboubi sur l’évolution de l’enquête. Tous deux avaient également demandé à un Albanais d’intimider le dérangeant commissaire Pourbaix. Il était chargé de menacer la fille du commissaire et « d’en arriver à une solution plus radicale » pour éviter l’arrestation de Lahboubi. Le commissaire Pourbaix et sa famille avaient été placés sous protection. Son collègue Vandyck a été mis en examen pour violation du secret professionnel. Mohammed Lahboubi avait été impliqué en 1973 dans un meurtre commis à Strasbourg. Détenu huit mois, il n’avait finalement pas été renvoyé devant les assises du Bas-Rhin.
Paul Bertrand

Le Parisien, lundi 17 mars 2003

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