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Le Maroc convoité par les étudiants subsahariens

11 décembre 2007 - 12h42 - Maroc

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Le Maroc serait devenu une destination de formation universitaire convoitée. Tout porte à le croire lorsqu’on regarde de près les chiffres avancés par l’Agence marocaine de coopération internationale. De 7038 étudiants en 2005/2006, ils étaient plus de 7500 à être inscrits dans nos cycles de formation pour l’année universitaire 2006/2007. La majorité des étudiants étrangers accueillis sur notre sol, soit 70%, proviennent des pays subsahariens. Les pays arabes et asiatiques sont également représentés mais dans une moindre proportion. Ces chiffres montrent que l’affluence des étudiants étrangers sur les établissements d’enseignement supérieur marocains connaît une croissance régulière durant ces dernières années.

Si ces statistiques témoignent d’une attraction pour notre pays, il n’en demeure pas moins que pour certains étudiants, le quotidien est loin d’être facile et ce, notamment dans le Nord du Royaume où l’Université Abdelmalek Essaâdi reçoit un nombre important de ces universitaires. Que ce soit à Tanger, à Martil ou à Tétouan, la majorité souffre d’un « amalgame » qui est fait entre eux et les clandestins subsahariens. C’est ce que nous explique Josias, étudiant togolais à Tétouan : « Le problème majeur, c’est l’amalgame qui vise à nous attribuer cette étiquette de clandestin (…) Les préjugés existent et nous en faisons les frais car bon nombre de Marocains pensent que notre principal objectif est de passer les frontières pour rejoindre l’Espagne… »

Il est vrai que le Maroc n’attire pas seulement des étudiants dont le but est de retourner chez eux après leur cycle d’études mais, vu sa position géographique, notre pays est devenu un important espace de transit pour des milliers de migrants provenant d’Afrique subsaharienne. Et si la situation des clandestins au Maroc est peu réjouissante, celle des étudiants africains, par amalgame, l’est aussi.

Le premier écueil qu’ils rencontrent n’est pas des moindres puisqu’il concerne le logement. Les étudiants peuvent rencontrer des problèmes avec des propriétaires qui, pour échapper aux différentes taxes de location, préfèrent repousser continuellement la remise du contrat de bail. Résultat : le processus d’attribution de carte de séjour se retrouve entravé. C’est le cas de cet étudiant nigérian : « L’année dernière, j’ai changé quatre fois d’appartement. Mais le problème persistait avec les propriétaires. J’ai pris beaucoup de retard dans mes études alors que, dans mon pays, je faisais partie des premiers de ma promotion. A la fin de l’année, j’ai dû consulter régulièrement mon médecin car je faisais une dépression (…) ». Une carte de séjour qui devient nécessaire, voire primordiale, lors des sorties. Les contrôles d’identité se multipliant… « Je comprends tout à fait que l’on me contrôle au sein d’une gare ou dans la rue mais de là à nous demander nos papiers d’identité dans une buvette, en face de la Faculté, cela devient de l’acharnement, par délit de faciès », poursuivra Josias. Il continue en nous racontant qu’un de ses amis se serait fait arrêter sans sa carte de séjour. Après moult explications, c’est dans un poste de police que cet étudiant a élu domicile pour une nuit. Il aurait été relâché, le lendemain, après l’intervention de l’Agence de Coopération… D’autres se font arrêter aux portes des moyens de transport pour contrôle d’identité improvisé…

Dans l’enceinte des Universités, les étudiants africains circulent généralement en groupe. Et très peu de Marocains en font partie : « Il y a un problème sérieux qui nous empêche de vivre en mixité. Nous parlons exclusivement le français et pas l’arabe alors que nos amis marocains ne communiquent qu’en arabe et ont du mal à le faire en français (…) », selon Muriel, étudiant béninois. De plus, ajoute-t-il, « nous avons également des difficultés en cours. Certains professeurs oublient trop souvent que la langue d’enseignement, à l’Université, est le français. Les explications sont teintées de mots arabes que nous ne comprenons pas… ».

Dans ces conditions, à la question de vouloir rester au Maroc pour y travailler, ils nous répondront sans sourciller : « Nous préférons tout de même rentrer chez nous… »

Libération - Amel Nejjari

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