Pénurie de médecins au Maroc : Le système de santé à bout de souffle

17 février 2024 - 07h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

La pénurie de médecins persiste au Maroc. Par ailleurs, la réduction de la durée de formation en médecine suscite actuellement une vive protestation de la part des étudiants.

Le Maroc continue d’être frappé par la pénurie de médecins. Le royaume a besoin de 47 000 médecins et le déficit pourrait atteindre les 53 000 d’ici à 2035, estimait en 2023 la Cour des comptes. Les causes ? Selon la Cour des comptes, un tiers des diplômés en médecine part chaque année à l’étranger, alors que le pays est confronté à un déficit de 47 000 praticiens, fait savoir Le Monde. Le sociologue Hicham Jamid, auteur d’une thèse sur les migrants hautement qualifiés évoque une « fuite des cerveaux ». Selon la fondation des enseignants médecins libéraux, ils sont estimés « entre 600 et 700 », jusqu’à un tiers des praticiens formés annuellement au Maroc. Près de 1 200 médecins marocains diplômés dans le royaume étaient inscrits au tableau de l’ordre, selon les chiffres publiés par le conseil national de l’ordre des médecins en 2017. Et, le gouvernement français planifie de recruter des praticiens dans des pays étrangers dont le Maroc. Une mission que le président Emmanuel Macron a confiée au Premier ministre Gabriel Attal. Ce dernier devra à son tour nommer un émissaire chargé d’aller chercher à l’étranger des médecins pour combler « le vide abyssal » dans les services d’urgences.

À lire :Le Maroc ouvre ses portes aux médecins étrangers

Les conditions de travail des médecins de santé publique au Maroc sont en cause. La rémunération « ne favorise pas la motivation au sein de l’hôpital public », affirmait la commission spéciale sur le modèle de développement qui avait souligné dès 2021 le besoin d’une meilleure valorisation des métiers de la santé. « Un jeune résident contractuel dans un CHU touche environ 800 euros par mois. En fin de carrière, après trente ou trente-cinq ans d’exercice, c’est autour de 2 500 euros. En France ou en Allemagne, il toucherait trois ou quatre fois plus », confie Loubna El Mansori, qui exerce à Tanger. Autre cause : une législation qui interdit la mobilité dans le royaume. « Aujourd’hui, un médecin à Rabat n’a pas le droit d’exercer à Casablanca, même un jour par semaine, à moins de fermer son cabinet », explique l’infectiologue et économiste de la santé Jaafar Heikel. Il ajoutera : « C’est comme si un médecin à Paris ne pouvait pas exercer à Lille, ça n’a pas de sens. Si on facilitait la mobilité des médecins à l’intérieur du Maroc, on pourrait combler rapidement des déficits dans certaines spécialités, en fonction des besoins dans chaque territoire et en coordination avec les autorités de tutelle. »

À lire :Vers une vague de recrutements de médecins marocains en France ?

Pendant ce temps, la nouvelle réforme des études de médecine, la durée de la formation en médecine qui passe de 7 ans à 6 ans, passe mal. En témoigne le boycott, depuis bientôt deux mois, des cours, stages et des examens du premier semestre par la majorité des quelque 24 000 étudiants qui sont inscrits dans les facultés publiques de médecine, précise la commission nationale des étudiants en médecine. « Une réforme mal préparée qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses », assure Imad Hamidine, le président du bureau des étudiants en médecine de Tanger. Il déplore le manque de visibilité entourant le sort réservé au contenu de la septième année de formation, jusqu’alors consacrée aux stages hospitaliers pour les internes à plein temps.

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Santé - Education

Aller plus loin

Vers une vague de recrutements de médecins marocains en France ?

Alors que de nombreux Marocains figurent déjà parmi les médecins exerçant en France, l’hexagone cherche à décupler les recrutements.

La France accusée de voler les médecins marocains

Le premier accord de partenariat relatif aux visas signé entre le Consulat général de France à Rabat et le Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM) le 25 mars 2024 pour...

Au Maroc, le manque de médecins accentué par leur fuite à l’étranger

Abdellatif Miraoui, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation a communiqué des chiffres pour le moins inquiétants sur la fuite des...

Le Maroc forme 2800 médecins et 5600 infirmiers pour la médecine de famille

Afin de développer et consolider la médecine de famille en facilitant l’accès aux soins et services de santé aux Marocains, le gouvernement entend former 2800 médecins et 5600...

Ces articles devraient vous intéresser :

Après le séisme, le défi éducatif du Maroc sous les tentes

Après le puissant et dévastateur tremblement de terre du 8 septembre, les enfants marocains se rendent à l’école et reçoivent les cours sous des tentes. Certains ont du mal à s’adapter, tandis que d’autres tentent d’« oublier la tragédie ».

L’anglais s’impose peu à peu dans l’école marocaine

Petit à petit, l’insertion de l’anglais dans l’enseignement se généralise au Maroc. Après le primaire, c’est au tour du collège, selon un communiqué du ministère de l’Éducation nationale dès la prochaine année scolaire.

L’apprentissage de l’anglais dans l’enseignement supérieur, une priorité pour le Maroc

Le Maroc accorde une place de choix à l’apprentissage de l’anglais dans l’enseignement supérieur. Une réforme est en cours.

Maroc : vers une hausse des taxes sur la chicha et les cigarettes électroniques

Le Maroc entend augmenter les taxes sur la chicha et les cigarettes électroniques. Une décision motivée, dit-on, par le souci de préserver la santé des consommateurs, notamment les jeunes Marocains.

Cancer : le premier test de dépistage 100% marocain bientôt commercialisé

Les premiers kits de dépistage du cancer, produits localement au Maroc, seront bientôt mis sur le marché. Le pays procède actuellement aux derniers tests de cette innovation afin de s’assurer de leur efficacité.

Maroc : l’enseignement de l’anglais au collège généralisé

L’enseignement de l’anglais sera généralisé dans les collèges au Maroc dès la rentrée scolaire 2023-2024, a annoncé dans une note Chakib Benmoussa, le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports.

Covid-19 : les Marocains désertent les centres de vaccination

Au Maroc, ce n’est plus la grande affluence dans les centres de vaccination. La stabilité de la situation épidémiologique semble expliquer ce désintérêt des Marocains pour la vaccination contre le Covid-19.

Malade, Aïcha Mahmah expulsée par une clinique

Grâce à l’intervention du ministère de la Culture, de la Jeunesse et de la Communication, l’actrice marocaine Aïcha Mahmah a été admise à l’hôpital mardi pour recevoir un traitement et subir une opération.

Le Maroc prolonge encore l’état d’urgence sanitaire

Réuni jeudi lors de sa séance hebdomadaire, le conseil de gouvernement a adopté le projet de décret portant prorogation, à nouveau, de l’état d’urgence sanitaire.

Au Maroc, l’été rime avec piqûres de scorpion

La recrudescence des piqûres de scorpion dans certaines régions du Maroc, en cette période de canicule et de saison estivale, inquiète. Les spécialistes appellent les citoyens à prendre les précautions pour prévenir ces piqûres mortelles.