La faillite de l’enseignement public

- 10h56 - Maroc - Ecrit par :

"On ne peut plus continuer avec la logique du tout gratuit à l’enseignement supérieur du Maroc". C’étaient les déclarations de Lahcen Daoudi, ministre de l’enseignement supérieur au Maroc. Pour étaler plus de détails, ce dernier avait affirmé que "les plus aisés devraient contribuer au financement de leurs études puisqu’elles sont très coûteuses pour l’état".

Le ministre n’a pas cessé depuis de de retirer et de réaffirmer ses propos dont on aura un avant-goût avec la prochaine loi de finances … L’adoption de ces mesures risque d’en finir une fois pour toute avec l’enseignement public agonisant depuis des décennies.

Autrefois, Hassan II avait affirmé dans une interview accordée à Jean Daniel qu’il ne voulait pas instruire son peuple, parce que ceux instruits sont devenus des opposants de son régime. Pis encore, après les émeutes de 1965, il s’est adressé au peuple en disant : "Vous les pseudos-cultivés, si seulement vous étiez des ignorants".

Ces déclarations se sont transformées en des politiques désastreuses de l’enseignement visant à tuer l’éducation marocaine dans l’œuf. Le taux d’analphabétisme bien élevé a quasiment stagné durant trente ans, les écoles publiques ont vu leurs effectifs augmenter et la qualité des enseignements a drastiquement baissé, s’ajoute à cela une arabisation hasardeuse et bâclée des programmes suivie d’un encouragement excessif de l’enseignement privé au détriment de l’étatique. Ce sont les titres phares du règne d’Hassan II, un roi cultivé qui a consolidé l’ignorance de son peuple pour prévenir son éveil à l’égard de son despotisme.

Avec l’avènement de Mohamed VI, les choses ne se sont guère améliorées. Le taux d’analphabétisme dépasse encore 40% de la population. L’enseignement public souffre des multiples grèves des enseignants, grèves où les demandes sont souvent matérielles et négligent l’essence de l’éducation publique et son essor. Les programmes désuets et le surnombre des effectifs ne font qu’empirer la situation. C’est ce qui pousse maints foyers à opter pour un enseignement privé de qualité, tandis que les plus défavorisés n’ont guère le choix.

Un lycéen sur deux devient bachelier selon les statistiques officielles. La plus grande partie intégrera des facultés. Une minorité se dispersera sur des écoles de commerce, des écoles d’ingénieurs ou choisira une carrière de médecin. Ces voies constituent un ascenseur social pour les fils du peuple qui se sont démarqués lors de leur cursus estudiantin. Le coût de l’enseignement supérieur se résume dès lors à des frais d’inscription, d’internat et de restauration. Du moins jusqu’à ce que le ministre ne fasse ses déclarations et son intention d’intégrer ces décisions dans la prochaine loi de finances.

Le ministre El Ouafa a annoncé il y a quelques jours l’échec cuisant du plan d’urgence de l’éducation et de la formation. Un plan avec une enveloppe budgétaire de 3,3 milliards de dirhams. Une feuille de route bâclée et adoptée hâtivement qui n’a servi qu’à gaspiller l’argent du contribuable. Pour calmer l’opinion publique, on vous chante que le taux de scolarisation de la tranche d’âge 12 à 14 ans est passé de 71,3% à 79,1% … Cela veut dire qu’en 2012, un enfant sur cinq appartenant à cette tranche ne fréquente pas l’école. Cela pousse à avoir honte et non à se vanter monsieur le ministre. Cerise sur le gâteau : les programmes et les manuels scolaires seront une énième fois changés afin de « s’adapter » à l’échec du plan cité ci-haut.

Ajoutez à cela un dernier rapport de l’UNESCO qui regorge de statistiques bien effrayantes : le Cameroun, la Tanzanie et le Bénin nous dépassent en taux de scolarisation des enfants. En plus de cela, on est l’avant dernier pays arabe en taux de réussite au baccalauréat devançant… le Yémen. Le reste des statistiques ne nous lègue que les derniers rangs au sein du monde arabe.

Les seuils d’admissibilité au sein des instituts de l’enseignement supérieur a quant à lui atteint des records durant cette année : 18.30 pour la médecine militaire, 17.27 pour l’ENA et que des 16 à peu près partout. Certains étudiants munis de baccalauréats avec de très bonnes mentions ne sont même pas recevables pour passer les concours de sélection dans ces instituts … Cela a engendré une grogne parmi les élèves qui se sont regroupée dans « l’union des étudiants le changement du système éducatif » et ont manifesté dans plusieurs villes le 6 août.

Durant ce temps, notre gouvernement n’a guère trouvé le courage politique de s’attaquer à la corruption et à la gangrène qui touche le pays. Il a vite abandonné la lutte contre la rente et a enterré un projet de taxation des riches. Il continue cependant à louer une monarchie qui détient le pouvoir absolu par une constitution remaniée. Au lieu de mener de sérieuses réformes, on vise à détruire cet ascenseur social de la classe moyenne et des démunis. Des classes qui souffrent d’une baisse du pouvoir d’achat, ajoutez à cela une annulation de la gratuité de l’enseignement supérieur et de probables augmentations à venir et vous menacez directement la paix sociale du pays.

On subventionnera les plus démunis nous dit-on, mais depuis quand les riches fréquentent-ils les facultés publiques ? Les plus aisés envoient leurs fils depuis le primaire au sein d’établissements privés marocains ou français. Ces derniers continuent leurs études supérieures en France ou dans un établissement privé. Ils fuient l’enseignement public, car connu pour sa défaillance. Alors de qui se moque-t-on encore au Maroc ?

Heureusement que l’autodidaxie reste un refuge pour le marocain, jusqu’à ce qu’on la taxe elle aussi.

Mahdi Zahraoui

  • Le Master ? Fastoche au Maroc !

    Des diplômes de Master en "gouvernance locale" auraient été accordés par l'université de Mohammedia à de hauts cadres de l'Etat et à des ressortissants des pays du Golfe, sans qu'ils n'aient assisté à un seul cours, ni aux examens, d'après des étudiants de l'université.

  • La fille de Rebbah expulsée de la cité universitaire de Rabat

    La fille d'Aziz Rebbah, ministre de l'Equipement et du Transport, a été expulsée de la cité universitaire de Rabat-Agdal, sur ordre du ministre de l'Enseignement supérieur Lahcen Daoudi, qui estime que la priorité dans ces résidences doit être donnée aux étudiants moins aisés.

  • Lahcen Daoudi : "Le Maroc est au bord de la faillite"

    "Le Maroc est au bord de la faillite !". Preuve en est sa balance commerciale avec un déficit de 64 milliards de dirhams à fin avril dernier, a indiqué mardi Lahcen Daoudi, ministre de l'Enseignement supérieur, qui compare cette situation à l'époque où le Maroc avait adopté une politique d'ajustement structurel dans les années '80.

  • Lahcen Daoudi accuse les universités de "vendre des diplômes"

    Les diplômes universitaires sont facilement octroyés contre de l'argent. Plusieurs universités vont jusqu'à vendre des diplômes de "Master". C'est ce qu'a fait savoir le ministre de l'Enseignement Supérieur Lahcen Daoudi, lequel dénonce une pratique formellement interdite par la loi.

  • Notre gouvernement, cette risée

    Cela fait neuf mois que le gouvernement Benkirane s'est vu nommé par le roi. Neuf mois durant lesquels la scène politique a connu maintes péripéties puisant dans la confusion, le délire, voire dans le ridicule. Neuf mois où l'on introduisait chaque discours politique par une ode à l'exception marocaine, à sa présumée stabilité économique en comparaison avec la Grèce ou l'Espagne. Neuf mois où nos tympans ont mémorisé les louanges à l'égard de la monarchie et sa volonté sincère de réforme.

  • La jeunesse marocaine, une descente aux enfers

    Autant vous l'annoncer dès le début : la situation est critique, alarmante et désolante. Si la situation de l'éducation est bien sinistre, qu'en sera-t-il de la culture ? Strate bien supérieure qui suppose une éducation en bonne et due forme. Surtout si l'on sait que statistiques à l'appui, le dernier rapport de l'UNESCO démontre que parmi 100 Marocains, 13 seulement décrocheront le baccalauréat.

  • Le gouvernement Benkirane "est incapable d'éradiquer le chômage" au Maroc

    "Désormais, l'éradication du chômage n'est plus l'une des missions du gouvernement Benkirane. L'exécutif s'emploiera tout juste à en atténuer l'effet", a expliqué la semaine dernière dernier Lahcen Daoudi, ministre de l'Enseignement supérieur à Rabat.

  • De l'Uranium produit au Maroc à partir de 2015

    Le Maroc compte extraire de l'uranium à partir du phosphate dès 2015, a révélé cette semaine Lahcen Daoudi, ministre de l'Enseignement supérieur, qui intervenait dans le cadre d'un séminaire organisé par le Rotary club, à Casablanca, sous le thème : "l'enseignement supérieur et le développement économique durable".

  • FMI/Maroc : ligne de crédit de 6,2 milliards de dollars

    Le Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé le 3 août 2012 un accord de 24 mois en faveur du Maroc au titre de la ligne de précaution et de liquidité (LPL), d'un montant de 6,21 milliards de dollars.

  • Raïssa Tabaamrant parle en tamazight au parlement

    La députée et chanteuse amazighe Raïssa Fatima Tabaamrant, de son vrai nom Fatima Chahou, a posé lundi la première question en tamazight dans l'histoire du parlement marocain.