Français un jour, immigrés toujours

- 16h53 - France - Ecrit par :

Beaucoup de jeunes Français issus de l’immigration maghrébine ont du mal à trouver un emploi. Aussi retournent-ils au Maroc, qui les accueille à bras ouverts.

Fille d’un mécanicien qui a quitté le Maroc pour tenter sa chance en France, Nawal El-Kahlaoui a grandi dans la banlieue parisienne. Mais, dès la fin de ses études, elle est retournée au Maroc pour y chercher un emploi. “J’adore le Maroc : c’est le pays qui m’a donné ma chance”, explique cette consultante de 35 ans, spécialisée dans la vente au détail, qui vit maintenant à Casablanca. “C’est un pays où tout est possible.” Un nombre croissant de Français instruits, issus de l’immigration, choisissent de retourner dans leur pays d’origine. Il n’existe aucune statistique officielle et, selon les autorités françaises, les experts et les agences d’intérim, ils ne représentent qu’une petite minorité. Malgré tout, ce phénomène de “retour au pays” reflète un regain d’intérêt pour certains pays en développement par rapport à l’Europe.

Selon certaines sources, ceux qui décident de repartir sont pour la plupart d’origine marocaine. Mais un petit nombre d’individus issus d’autres anciennes colonies françaises – comme l’Algérie ou le Vietnam – optent également pour le retour. En 2002, Rabat a mis sur pied un ministère de la Communauté marocaine résidant à l’étranger pour encourager les émigrés et leurs enfants à revenir mettre leurs compétences au service du Maroc, où la qualité de vie peut être supérieure à celle qu’ils ont connue en France. Des études démontrent en effet que, dans l’Hexagone, un candidat dont le nom a une consonance arabe ou africaine a trois fois moins de chances d’obtenir une réponse qu’un candidat ayant un nom bien français.

En France, on les rejette ; au Maroc, on les bichonne

Au Maroc, les anciens émigrés sont les bienvenus. Selon Jamal Belahrach, directeur général de la branche Afrique du Nord de l’agence d’intérim Manpower, les grandes entreprises européennes recrutent activement, depuis trois ou quatre ans, des candidats formés en France. Les nouvelles recrues se rendent compte qu’elles peuvent grimper plus rapidement les échelons qu’elles ne l’auraient fait en France – et sont surprises de découvrir un pays différent de celui que leurs parents ont quitté. “Il existe une génération qui n’a jamais vu le Maroc tel qu’il était avant et qui retrouve maintenant un Maroc moderne”, explique-t-il.

Les parents de Barka Biye ont quitté le Maroc pour la France alors qu’elle avait à peine deux mois. Mlle Biye, qui a obtenu un diplôme de droit à Paris, a travaillé pendant plusieurs années dans le secteur des assurances. En 2007, elle a décidé de tenter sa chance au Maroc. En moins de deux semaines, elle a obtenu un travail dans une compagnie d’assurances française installée à Casablanca. “Je me suis dit que je pouvais contribuer à l’évolution de ce pays, qui traverse de grands changements, raconte-t-elle. Le Maroc se développe rapidement, et les entreprises qui s’y installent recherchent des gestionnaires formés en Europe, mais tout de même capables de comprendre la culture du pays.”

Pour Nawal El-Kahlaoui, trouver un emploi intéressant en France à la fin des années 1990 s’est révélé extrêmement difficile malgré un diplôme universitaire de chimie et un autre en marketing de l’ESSEC, école de commerce prestigieuse. La conseillère d’orientation de l’université à qui elle avait demandé de lui expliquer pourquoi elle avait tant de mal à trouver un travail lui a fait quelques recommandations étonnantes. “Elle m’a suggéré de changer de nom et d’adresse”, raconte Nawal El-Kahlaoui. Pourquoi ? Parce que son nom et son adresse révélaient aux employeurs potentiels son origine nord-africaine. A Casablanca, la jeune femme a d’abord travaillé pour l’entreprise pharmaceutique française Pierre Fabre, puis pour le groupe de cosmétiques allemand Beiersdorf, avant de rejoindre un petit cabinet-conseil. Elle s’est épanouie professionnellement au Maroc, mais se sent tout de même très française. “Je reviendrai, confie-t-elle, mais seulement lorsque le système acceptera sans réserve les gens comme moi.”

Source : Courrier International - Sebastian Moffett

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