France-Algérie : le Maroc, un acteur clé dans la crise diplomatique ?

- 13h00 - France - Ecrit par : P. A

Évoquant la crise entre l’Algérie et la France, Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, a déploré la position ferme et hostile du ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, envers l’Algérie après l’attaque de Mulhouse survenue samedi, ainsi que le rôle supposé des lobbies marocains en France dans cette crise.

« Le ministre de l’Intérieur français semble décidé à engager un rapport de force avec Alger. Cependant, au-delà des reproches qu’il peut formuler contre le gouvernement algérien, c’est le rythme de ses attaques et la forme qu’elles prennent qui interrogent. Tous les médias français reviennent sans cesse sur cette crise en chargeant sans retenue l’Algérie. Pour le commun des Français, tous les problèmes sécuritaires et de migration se confondent maintenant avec les Algériens. Il n’y a plus de nuances. Les raccourcis entre dictature, islamisme, terrorisme, délinquance avec l’Algérie… sont devenus légions bien que ridicules », a déclaré Soufiane Djilali dans un entretien à TSA Algérie.

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Bruno Retailleau n’est pas la seule personnalité politique française à s’en prendre publiquement à l’Algérie, fait observer Djilali, notant que « cette attitude n’annonce pas une volonté de résoudre des problèmes objectifs entre deux partenaires mais plutôt un bras de fer pour faire plier un adversaire ». Cette posture hostile de la France envers l’Algérie peut avoir des conséquences fâcheuses sur « les Algériens de France, dont l’écrasante majorité est en situation régulière et se comportent dignement », et qui « se voient d’un seul coup mis sur le banc des accusés », a-t-il indiqué.

De l’avis du président de Jil Jadid, « il y a comme un faisceau de raisons qui ont fait que l’Algérie soit ciblée par divers lobbies et groupes de pression. […] Au plan géopolitique, la France s’est trouvée en porte-à-faux entre les exigences du Maroc sur la reconnaissance de son occupation du Sahara occidental et d’un autre côté ses pertes de marchés en Algérie. Il y a clairement une frustration. En sacrifiant la relation avec l’Algérie et en la désignant comme la source des problèmes de son pays, M. Retailleau et ses amis veulent récupérer les voix de l’extrême-droite et consolider la position de la France au Maroc au détriment de l’Algérie ».

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Soufiane Djilali a également souligné la différence de traitement médiatique des questions concernant le Maroc et l’Algérie en France. « Il y a pratiquement autant de Marocains que d’Algériens en France. Leurs difficultés socio-économiques et d’insertion se recoupent. D’ailleurs, en France, on parle de Maghrébins les considérant comme de la même origine. Cependant, le traitement médiatique n’est pas le même. Pour l’exemple, lorsqu’il y a eu les attentats terroristes du Bataclan avec au moins 129 morts et près de 400 blessés, il n’y a eu aucune accusation contre l’État marocain. L’origine marocaine des terroristes est à peine mentionnée », a-t-il relevé.

Et de poursuivre : « Mettez maintenant en parallèle la réaction hystérique contre un youtubeur algérien. Celui-ci s’était probablement adressé trop brutalement à un concitoyen algérien, mais n’a mis personne en danger et n’a commis aucun acte délictueux envers la France. Les médias l’ont carrément lynché et se sont attaqués au gouvernement algérien l’accusant de complot ! ». Face à ces situations, « l’Algérie doit agir avec beaucoup de sang-froid. Ses relations avec la France sont importantes mais sa dignité, sa diaspora et ses intérêts nationaux doivent être protégés », a conseillé Djilali, appelant de ses vœux une normalisation des relations entre Alger et Paris. « Maintenant, si les vicissitudes de l’histoire causent un déchirement plus grave, alors l’Algérie regardera vers d’autres horizons ».

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