France-Algérie : le Maroc, déclencheur d’une crise diplomatique majeure

- 07h00 - France - Ecrit par : Bladi.net

La France et l’Algérie traversent une zone de turbulences. Paris dénonce une « posture d’hostilité » de la part d’Alger, et Emmanuel Macron réunira prochainement les ministres concernés « pour évaluer les suites à donner et les mesures à prendre ».

Ce refroidissement des relations fait suite à la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, une décision qui a suscité la colère d’Alger, soutien historique des indépendantistes du Front Polisario. L’emprisonnement de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en Algérie et l’arrestation en France de plusieurs influenceurs algériens ou binationaux pour « la tenue de propos publics haineux ou violents » ont envenimé la situation.

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« La relation entre la France et l’Algérie n’est pas une relation bilatérale comme les autres, c’est une relation d’intimité profonde », a rappelé Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, devant l’Assemblée nationale. « Mais pour une coopération, il faut être deux. Et les raisons qui ont conduit les autorités algériennes à adopter une posture d’hostilité n’ont rien à voir avec l’Algérie ni avec ses intérêts. La France est un pays souverain qui choisit les termes de ses alliances avec d’autres pays. Et ce que la France entend construire avec le Maroc n’enlève rien à ce que la France entend construire avec l’Algérie », a-t-il ajouté, précisant qu’il était prêt à se rendre en Algérie pour discuter de cette crise.

Malgré le maintien des canaux diplomatiques, des responsables français décrivent une relation proche de la rupture. Alger met en place, selon eux, une politique visant à effacer la présence économique française en Algérie et les échanges commerciaux ont chuté depuis l’été de près d’un tiers. Selon des sources diplomatiques citées par Reuters, l’Algérie a entrepris ces derniers mois un effort concerté pour durcir l’environnement économique des entreprises françaises en Algérie, notamment pour les exportateurs de blé, ignorés dans les appels d’offres.

Le bras de fer concerne aussi la sphère politique et culturelle. Le 6 janvier, Emmanuel Macron estimait que l’Algérie entrait « dans une histoire qui la déshonore » en détenant « de manière totalement arbitraire » l’écrivain Boualem Sansal, dont l’état de santé s’est détérioré ces dernières semaines. Jeudi dernier, le renvoi en France par Alger d’un influenceur que Paris souhaitait expulser a été largement commenté par la classe politique, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau estimant que l’Algérie cherchait à « humilier » son ancienne puissance coloniale. « C’est une violation des textes qui régissent notre relation et c’est un précédent que nous considérons comme grave », a estimé Jean-Noël Barrot.

Dans un communiqué publié samedi, le ministère algérien des Affaires étrangères a démenti chercher l’escalade avec la France et accusé une extrême droite française « revancharde et haineuse ainsi que ses hérauts patentés au sein du gouvernement français » de mener une campagne de désinformation à son égard. Dans un communiqué, La France insoumise (LFI) a de son côté accusé Bruno Retailleau d’« entretenir l’escalade et de tenter de forcer la confrontation », rappelant que des millions de Français « vivent une relation directe d’affection et de fraternité respectueuse avec le peuple algérien ».

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