Tout le gaz du Maroc passe encore par l’Espagne, mais les volumes chutent fin août
Les volumes de gaz acheminés d’Espagne vers le Maroc ont fortement diminué dans la deuxième moitié d’août. Une baisse de près d’un tiers qui intervient après le pic de consommation électrique de l’été, alors que le Royaume reste dépendant des infrastructures espagnoles pour importer son GNL.
Le recul apparaît nettement dans les relevés du gestionnaire espagnol Enagás. À l’interconnexion de Tarifa, porte d’entrée du gazoduc Maghreb-Europe (GME) vers le Maroc, les flux sont passés de 30,57 GWh le 14 août à 27,16 GWh le lendemain, puis 23,88 GWh le 16 août.
Ils ont encore diminué à 20,70 GWh le 18 août, avant de se stabiliser autour de 20,3 GWh par jour entre le 19 et le 23 août. En quelques jours, le volume acheminé vers le Royaume a donc reculé d’environ un tiers.
Cette évolution intervient alors que la dépendance énergétique du Maroc vis-à-vis de l’Espagne fait l’objet d’une attention particulière ces dernières semaines. Mais rien n’indique que Madrid ait décidé de réduire volontairement les livraisons.
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Selon des sources du secteur gazier citées par El Español, c’est principalement l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) qui détermine les quantités nécessaires en fonction des besoins du système électrique marocain.
Le Maroc ne possède toujours pas de terminal de regazéification
La baisse s’expliquerait ainsi par la fin du pic de consommation estival. La demande électrique marocaine avait atteint environ 8 400 mégawatts au début du mois de juillet, avant de retomber autour de 7 400 MW le 24 août. Les centrales à gaz de Tahaddart et d’Aïn Beni Mathar ont donc moins besoin de fonctionner à pleine capacité.
Le circuit reste cependant particulier. Le Maroc achète son gaz naturel liquéfié sur le marché international, mais ne dispose pas encore d’installation permettant de le regazéifier directement sur son territoire. Le GNL arrive donc par méthanier dans des terminaux espagnols, où il est transformé en gaz avant d’être injecté dans le réseau puis envoyé vers le Maroc par le GME.
Shell fait partie des principaux acteurs de ce dispositif et dispose d’un contrat avec l’ONEE. Le gaz peut provenir de différents fournisseurs internationaux : l’Espagne sert avant tout de plateforme de réception, de regazéification et de transit.
À Tarifa, Enagás fixe actuellement la capacité technique maximale d’exportation vers le Maroc à 32 GWh par jour. Le gazoduc fonctionne dans le sens inverse de celui utilisé jusqu’en 2021, lorsque le gaz algérien traversait le Maroc pour rejoindre la péninsule Ibérique.
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Cette dépendance aux infrastructures espagnoles devrait durer encore quelque temps. Le Maroc cherche à développer ses propres capacités gazières et avait notamment prévu une unité flottante de stockage et de regazéification à Nador West Med, mais ce projet a été suspendu début 2026.
La baisse observée en août ne traduit donc pas, à ce stade, une fermeture du « robinet » espagnol. Elle montre en revanche que, tant que le Maroc ne disposera pas de ses propres infrastructures de regazéification, le gaz qu’il achète à l’étranger continuera de faire un détour obligé par l’Espagne avant de traverser le détroit.