Gazoduc Nigeria-Maroc : un rapport juge le projet “inutile” et non rentable avant 288 ans
Le Maroc présente le Gazoduc Afrique Atlantique comme une infrastructure majeure pour l’intégration régionale et l’approvisionnement de l’Europe, mais une analyse récente dépeint une réalité économique bien plus sombre. Selon le cabinet North Africa Risk Consulting (NARCO), ce mégaprojet reliant le Nigeria au Maroc serait un gouffre financier dont l’amortissement nécessiterait près de trois siècles.
L’étude remet en cause la viabilité économique de l’infrastructure, qualifiée d’« éléphant blanc ». Si le coût initial est estimé à 25 milliards de dollars, les experts anticipent une facture finale pouvant grimper jusqu’à 38 milliards. En se basant sur des comparaisons avec le gazoduc Medgaz, le cabinet calcule que le retour sur investissement prendrait 288 ans.
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De plus, la capacité réelle d’exportation vers l’Europe semble compromise par le déclin de la production nigériane et les prélèvements effectués par les onze pays traversés. Sur les 30 milliards de mètres cubes annuels prévus, seuls 12 milliards pourraient finalement être disponibles pour l’exportation, une fois la consommation des États de transit et les besoins propres du Maroc déduits.
Un projet politique pour asseoir la souveraineté sur le Sahara
Si la rentabilité économique paraît douteuse, l’intérêt de Rabat résiderait ailleurs. Geoff Porter, l’auteur du rapport, analyse cette initiative comme un levier politique visant à asseoir la souveraineté du Royaume sur le Sahara occidental, notamment via l’intégration de Dakhla comme hub énergétique. Ce projet s’inscrit également dans une logique de confrontation diplomatique avec l’Algérie, qui défend son propre gazoduc transsaharien.
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Bien que l’option algérienne soit jugée techniquement plus réaliste car terrestre et plus courte, le Maroc mise sur une stratégie de communication efficace. En présentant son gazoduc comme un vecteur de stabilité régionale et un frein à l’immigration illégale, Rabat espère capter des financements européens, là où Alger compte sur ses fonds propres pour un projet qu’elle ne présente pas comme une solution miracle au développement.