Kidnappings d’influenceurs en France : comment la piste marocaine a pesé dans l’enquête
Confronté à une série de séquestrations violentes visant des influenceurs français, le parquet du Mans demande un procès aux assises pour un commando criminel dont le chef présumé a été arrêté à Tanger. Ce réquisitoire marque un tournant dans l’enquête sur ces enlèvements d’un genre nouveau, où les ravisseurs exigent des rançons en monnaie virtuelle.
Le dossier le plus spectaculaire remonte à août 2023, dans la commune sarthoise de Cures. Un homme d’une soixantaine d’années ouvre sa porte à un prétendu livreur Amazon avant d’être violemment projeté dans une camionnette. La victime n’est autre que le père de TeufeurS, un influenceur fortuné installé à Malte. Pour obtenir sa libération, ses ravisseurs ne réclament pas de billets de banque, mais des cryptomonnaies. Au total, l’équivalent de 1,7 million d’euros sera transféré sur des portefeuilles numériques avant que l’otage ne soit relâché.
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Les investigations, menées avec l’appui de la vidéosurveillance et de la téléphonie, ont mis au jour un groupe organisé dont les membres se seraient rencontrés pour la plupart en détention. Ce commando est également soupçonné d’avoir séquestré la mère d’un autre influenceur à Élancourt, dans les Yvelines, en utilisant le même stratagème du faux livreur. L’un des protagonistes, Djelloul C., est même soupçonné d’avoir piloté des opérations depuis sa cellule de la prison d’Angers à l’aide de téléphones portables.
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L’affaire prend une dimension internationale avec l’identification du commanditaire présumé, Badiss B. Après avoir dirigé les opérations à distance, ce dernier avait trouvé refuge au Maroc pour échapper aux enquêteurs français. Sa cavale a pris fin le 3 juin 2025 lors d’une interpellation musclée à Tanger. Bien que son nom apparaisse dans d’autres dossiers de rapts, comme celui du cofondateur de la société Ledger, l’homme ne sera pas extradé, ce dernier détenant également la nationalité marocaine. C’est désormais au juge d’instruction de décider si ce réseau sera renvoyé prochainement devant une cour d’assises.