L’“émir” qui préparait l’“Etat islamique indépendant de Chefchaouen”

- 13h13 - Maroc - Ecrit par :

Robert, Abou Abderrahmane ou Yacoub, est l’un des “clients” de choix qui comparaîtront ce lundi devant la Cour d’appel de Rabat en compagnie de 33 autres présumés terroristes.

Selon ceux qui ont eu à l’approcher, il s’agit du plus “arrogant” des accusés et qui ne trouve aucune difficulté à s’exprimer dans une excellente langue arabe en plus du dialecte marocain quand il ne se “drape” pas dans sa “francité”, selon les “besoins”.
Robert est né le 30 janvier 1971 à Saint-Etienne de Jacques et Jeanine. De son enfance, l’on ne saura pour l’instant pas grand-chose, mais le jeune homme entreprendra un virage à 180 degrés une fois atteints ses vingt ans.
Entre 1991 et 1992, il est salarié d’une usine de coton dans la banlieue de Saint-Etienne. Il y tissera des liens d’amitié avec deux hommes d’origine turque. C’est à partir de ce moment que datera la conversion à l’Islam de celui qui aspirera à être plus “catholique que le pape”. Ses convictions se renforcent au contact de la communauté turque et des mosquées de Saint-James. Ce sera grâce d’ailleurs aux dons collectés dans ces mosquées qu’un certain Ihsan pourra lui octroyer les 10.000FF qui lui permettront d’aller à Istanbul en 1994. C’est dans cette ville que celui qui apprendra plus tard la totalité du Coran assiste aux “leçons” d’un salafiste pur jus du nommé Khalid. Un autre salafiste, Abdullah, jaugeant les penchants jihadistes du jeune français, lui conseillera de passer à l’action en Algérie ou en Afghanistan. Ses paroles ne tomberont pas dans l’oreille d’un sourd et Robert ne tardera pas à rejoindre Téhéran, puis le Pakistan où il est accueilli, en compagnie d’un algérien et quatre Turcs, à “Dar Chouhada’e” dirigée par un Saoudien. L’étape suivante sera le camp de Khuldun au pays des Taliban où, sous la direction du Palestinien Abu Bakr, Robert passe quatre mois à s’entraîner au maniement des armes et à la confection d’explosifs. Selon ses propres aveux, les Kalachs, R.P.G et autres Makarov n’ont pas de secrets pour lui comme d’ailleurs les composantes du TNT. Il fera d’ailleurs plusieurs expériences sur des maisons désertes avant de se mettre à la pose des mines anti-personnel.
En Afghanistan toujours, il rencontre Chems Eddine (ou Kuskan), un Turc marié à une Marocaine de Tanger. Robert demande de l’aide pour trouver une épouse selon ses principes salafistes et ce sera finalement chose acquise grâce à l’entremise de l’épouse de Chems Eddine.
En 1997, Robert arrive au Maroc et épouse K.B. après avoir rempli toutes les démarches auprès de la Cour d’appel de la même ville. Il repart, avec son épouse, en France chez ses parents. Avant de regagner le Maroc, une fois son épouse tombée enceinte, il se livre au commerce de voitures d’occasion, il laisse K.B. au Maroc et retourne en France où il se livre, avec des intégristes, à des vols sur les territoires français et belges. Il reconnaîtra d’ailleurs avoir dévalisé une banque française pour en tirer finalement 20.000FF.
Il décidera après de rentrer à Tanger où il fera la connaissance de milieux salafistes jihadistes marocains. Ce sera d’abord un certain Hassan et son ami Hicham. Ces derniers le mettront en contact avec d’autres figures du mouvement. C’est ainsi que, grâce à Hassan El Fassi, il fait la connaissance de Ahmed Berrouine et Mostafa Hamdoune. Chez El Fassi, il rencontrera El Houat, Laâski et Mohamed Zaïdi à qui il parle de ses projets de faire exploser la raffinerie de Lyon, une synagogue et de s’attaquer à des transports de plutonium. Il proposera à ses embrigadés de les faire émigrer de manière clandestine vers la France. C’est ce jour-là qu’il sera fait émir (avec serment sur le Coran et baise-main)...
Cette option sera délaissée après la rencontre d’un certain Abdellah qui lui dit qu’il valait mieux commencer par “militer” au Maroc. Robert se verra demander de fournir une matière appelée “C4”.
Robert fera aussi la connaissance de Rachid Laâroussi qui s’est livré, en sa présence, à des expériences sur des explosifs commandés par GSM. Avec l’inévitable Hassan El Fassi, Robert ira à Fès à la rencontre de Jalal El Moudden, Khalid Tajri et Redouane Abdelhak et il sera finalement convaincu de laisser tomber l’idée de s’attaquer à des objectifs en France pour se consacrer à un “début” en terre d’Islam.
Son groupe planifiera des attaques contre l’usine qui employait Hassan El Khaddaoui, les barrages de la Gendarmerie sur la route menant à Fès et Marjane-Tanger, entre autres.
Tout le groupe se soumet à de rudes entraînements dans des grottes près de Fès et au domicile de Khalid El Haddad. Entre autres exercices effectués, figurent des expériences sur des explosifs mis au point par le groupe.
En mars dernier, Robert et ses adeptes élisent comme camp la région montagneuse de Chefchaouen où ils envisageaient attaquer les forces de l’ordre pour s’emparer de leeurs armes, mais aussi s’en procurer grâce aux trafiquants de drogue pour donner l’assaut final contre des casernes. L’objectif final, selon les propres révélations de Robert, était l’instauration d’un “Etat islamique indépendant dans la région de Chefchaouen”...et pousser les citoyens du Nord à l’insurrection.
C’est aussi en ce mois de mars 2003 que Dechraoui l’informe que des membres d’Al Qaïda étaient en contact avec Abdelaziz El Berrak. Dechraoui et Robert se voient d’ailleurs deux jours avant le 16 mai et le premier demande à tous les membres de son groupe de geler leurs activités vu qu’un groupe de “moujahidine frères” allaient entreprendre des actes de Jihad au Maroc.
Le 14 mai, Robert se trouvait à Casa pour rencontrer un certain “Chrif”. La rencontre était organisée par un dénommé Adil et il y était question de coopération entre les deux groupes.
Quant aux multiples contacts avec les figures de proue du salafisme criminel marocain, Robert affirme avoir rencontré Kettani en octobre 2001 à Rabat pour une Fatwa. Le prêcheur de la mosquée “Mekka” l’orienta vers Abou Hafs (Rafiki junior) qui lui demande d’être le chef de sa branche armée...
Après le 16 mai, Robert, pourchassé par tout ce compte le Maroc comme enquêteurs, se voit refuser une planque par un certain Ali. Il se réfugiera dans la forêt “California” d’où il sera “déniché”.
Robert, dans sa cellule de Salé, attend d’être jugé en compagnie de 33 autres co-accusés. Ceux qui avaient “osé” lui demander s’il regrettait ce qui était arrivé à Casa en gardent un souvenir exécrable.

Mohammed Boudarham - Libération

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