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« L’exorcisme à la saoudienne explose en France »

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24 février 2020 - 10h20 - Monde

La journaliste Lou Syrah* a consigné dans un livre, le fruit de son enquête sur le décès de Louisa, 19 ans, exorcisée par un imam, en 1994, à Roubaix, en France. Cet exorcisme à la saoudienne aura duré cinq heures.

"J’ai appris un jour qu’un très proche de ma famille avait été exorcisé. […] J’étais sidérée. C’est trop violent, absurde. L’exorcisme, c’est de la matière à blockbuster hollywoodien, pas le début d’un roman familial", raconte au magazine Le Point, Lou Syrah. Le déclic nécessaire viendra lorsqu’elle découvrit sur le net un fait divers. Il s’agit du décès de Louisa à Roubaix, après une séance d’exorcisme.

Selon les faits, pendant près de cinq heures, on a fait boire à Louisa, plusieurs litres d’eau, on l’a secouée, on lui a flagellé les pieds, on l’a tenue par la gorge. Après plusieurs heures de maltraitances, elle est tombée dans le coma, et finit par décéder le lendemain. Cause évoquée : noyade pulmonaire, provoquée par l’ingurgitation massive d’eau salée.

La personnalité de l’exorciste interpelle. Cet homme, originaire de l’Algérie, faisait partie des premiers Français à revenir en France avec le bagage théologique saoudien. Il pratiquait l’exorcisme que les Saoudiens appellent "roqya charia". "L’exorcisme à la saoudienne s’inscrit dans le hanbalisme, l’une des écoles juridiques de l’islam qui inspirera le wahhabisme", fait savoir la journaliste.

Elle dira que la roqya charia s’est rapidement développée en France. Y compris la hijama. "C’est une pratique qui ressemble aux saignées par ventouses que faisaient nos grands-parents, à la différence qu’il est question d’invoquer Dieu pendant la séance", explique Lou Syrah. Selon elle, la pratique de l’exorcisme à la saoudienne a explosé en trente ans. Et dans certains pays comme l’Algérie, il y a eu tellement de victimes que le gouvernement a envisagé, à un moment donné, de l’interdire. Sauf qu’ "en France, on parle souvent de l’islam pour évoquer les défaillances de ses institutions ou les franges les plus radicalisées", souligne l’auteure.

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