L’implication des jeunes beurs dans le débat politique en France

- 12h24 - France - Ecrit par :

A la veille des élections présidentielles en France, une question revient comme un leitmotiv : y-a-t-il un vote franco-maghrébin et si oui à qui profitera-t-il ? Ce vote dit « beur » intrigue et suscite en effet des interrogations parmi les journalistes, les politologues et autres spécialistes de l’immigration.

« Tout dépend de ce que l’on entend par « vote des beurs » , relève Adil Jazouli, sociologue d’origine marocaine et spécialiste des questions de l’immigration. « S’il s’agit de constater que les « beurs » votent, je peux répondre oui, car effectivement nous observons depuis une dizaine d’années une croissance continue du nombre de votants issus de l’immigration », fait-il observer dans un entretien à l’agence MAP.

Ceci est dû à « deux phénomènes concomitants », explique Adil Jazouli : « D’un côté, au niveau démographique, des dizaines de milliers de ces jeunes sont arrivés à la majorité de 18 ans qui leur accorde le droit de vote. Par ailleurs, l’intérêt qu’ils portent à la chose politique et au débat politique national font que nombre d’entre eux « se politisent » plus fortement que par le passé ».

Selon l’analyse d’Adil Jazouli, les jeunes issus de l’immigration ont investi depuis très longtemps en France la vie associative et culturelle avec « un dynamisme et une vitalité reconnus par tous ». Mais, observe-t-il, « ce n’est que depuis une dizaine d’années à peu près qu’ils ont commencé à émerger progressivement dans le champ politique, en particulier au niveau local ».

« De nombreux conseils municipaux en France comptent en effet aujourd’hui en leur sein plusieurs jeunes issus de l’immigration maghrébine qui yprennent des responsabilités de plus en plus importantes », note-t-il.

Pour autant, explique le sociologue, « nous ne pourrons pas dire qu’ils constituent une force politique homogène. Leur vote (plus d’un million de votants potentiels), tant dans les scrutins locaux que nationaux, ne s’oriente pas selon des critères communautaires ou ethniques, bien au contraire il se répartit sur l’ensemble des forces politiques en présence ». Les prochaines échéances électorales présidentielles et législatives, poursuit-il, « vont nous donner de nouvelles indications précieuses sur ce sujet ».

« Cela ne veut pas dire qu’ils iront tous voter car le principal danger qui nous guette dans ce domaine, c’est l’abstention qui pourrait être importante si ces jeunes ne se reconnaissent pas dans les débats et les choix politiques qui leur sont proposés par les uns et les autres », prévient toutefois Adil Jazouli, par ailleurs, conseiller auprès du ministre délégué français à la ville.

Interrogé sur la déception qu’auraient de nombreux jeunes issus de l’immigration à l’égard de la gauche qu’ils accusent de trahison, Adil Jazouli nie ce ressentiment. « Nous voulons que les jeunes issus de l’immigration deviennent des citoyens à part entière et non des citoyens entièrement à part. Nous voulons qu’ils se sentent français tout en respectant la culture du pays d’origine de leurs parents, tout en aimant le pays d’origine ».

Depuis le début de la campagne électorale, les jeunes issus de l’immigration ont en effet multiplié les appels en direction des candidats leur réclamant de se prononcer clairement sûr, notamment, la question du vote des immigrés aux élections locales, le déficit important de représentativité dans les instances politiques et le respect des principes d’égalité et de justice.

L’engagement remarque des jeunes issus de l’immigration auprès du Président et candidat Jacques Chirac a en effet surpris à gauche. « Nous avons été instrumentalisés et utilisés par la gauche française. Des discours, nous nous en voulons plus. Nous attendons des actes concrets. C’est pour cette raison que nous faisons confiance à Jacques Chirac », expliquent des jeunes issus de l’immigration, membres du comité de soutien pour la candidature de Jacques Chirac.

Ces jeunes ont même lancé un site sur Internet pour expliquer les raisons de leur engagement derrière le Président sortant.

Parmi ces raisons, ils soulignent que « Jacques Chirac, contrairement à son prédécesseur à l’Elysée, n’a jamais instrumentalisé les beurs sur le plan politique ».

« En soutenant massivement Jacques Chirac, nous voulons témoigner notre attachement à la France et sortir de la discrimination dans laquelle vingt ans de socialisme et de paternalisme nous ont plongés ». « Jacques Chirac a toujours soutenu les pays du Maghreb ou encore « Jacques Chirac est un véritable amoureux de la culture arabo-musulmane ».

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