« La ministrabilité de Rachida Dati, un des enjeux présidentiels 2007 »

- 00h55 - Maroc - Ecrit par : L.A

Né au Maroc dans la commune de Tinghir (région de Ouarzaztate), Ahmed Qerrouani est Maire adjoint de Dreux depuis 2001. Il a décidé de s’engager en politique pour, dit-il, « voir les choses de l’intérieur ».

D’après bon nombre d’observateurs avertis, la récente vague d’inscriptions électorales n’augure rien de bon pour Nicolas Sarkozy ?

Effectivement, une certaine effervescence a été observée fin 2006. Les derniers jours du mois de décembre ont été particulièrement chargés pour les employés communaux de service des élections. S’inscrire en mairie, participer, faire valoir son droit en tant que citoyen, est une excellente chose pour toute démocratie qui se respecte. L’intérêt de plus en plus croissant manifesté par les Français issus de l’immigration est un signal fort envers l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle.

Vous n’avez pas idée, une intuition, sur le message à décrypter de cette mobilisation ?

Pour qui voteront-ils et dans quelle proportion ? Bien malin, celui qui s’avancera sur ce terrain électoral des plus aléatoires… La France a besoins d’une vraie prise de conscience de sa classe politique qui, dans sa quasi-totalité, est déconnectée de la base, des habitants des quartiers, où plutôt ne s’y intéressent pas. Ce qui intéresse nos décideurs, c’est la sécurité et la paix sociale. Pour cela, ils sont disposés à mettre des moyens afin d’éviter que les quartiers s’embrasent, que la révolte sonne. Cependant, les moyens mis en place sont aléatoires et sans lendemain, car le seul acte politique reste l’envoi de la police.

Comment expliquez-vous que la France accuse un retard certain par rapport à ses pays voisins comme la Belgique sur ces questions d’intégration ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer cet état de fait, ce retard. On a l’impression qu’il est interdit, incorrect, d’appliquer la discrimination positive. La citoyenneté française ne prend pas en compte les origines de chacun. En outre, les politiques portent un regard nuancé sur la communauté maghrébine et africaine. Selon eux, elles ne pèsent pas suffisamment et elle est identifiée comme un électorat volatile. Or, ce qui intéresse les politiques, c’est le potentiel de voix. En clair, pour que les politiques s’intéressent aux populations issues de l’immigration, il faut que cette dernière s’intéresse à la politique…

Nicolas Sarkozy semble ne pas être très apprécié par les jeunes issus des quartiers. Cela inquiète-t-il votre parti, l’UMP ?

C’est un peu vrai. On entend ici et là, « tout sauf Sarko ! » et non « tout sauf l’UMP ! ». Il faut tout de même préciser que ce public n’est un électorat naturel pour la droite. Quant à donner un sens au pseudo phénomène Ségolène Royal, c’est un vote contre « Sarko » et non pour « Ségo ».

Et les MRE ? Proche de Chirac, loin de Sarkozy, c’est un peu ça non ?

C’est un peu vrai. Autant, nombreux se retrouvés dans Jacques Chirac, autant ceux-ci ont du mal à s’identifier à Nicolas Sarkozy. Chez Jacques Chirac, les MRE apprécient sa proximité avec le Maroc et le monde arabo-musulman en général.

Pour autant, le poids électoral des MRE est difficilement mesurable au niveau national pour pouvoir prétendre à une représentativité parlementaire. Néanmoins, sa force de frappe au niveau local et régional est bien réelle. Ainsi, je suis extrêmement optimiste pour les consultations qui se dérouleront en 2008, à savoir, un scrutin communal, cantonal et régional. Je suis convaincu que nous arriverons en force et que les portes des différents exécutifs seront ouvertes. 2008 sera l’année de la diversité et de la représentativité politique !

Un mot sur la nomination de Rachida Dati comme porte-parole de Nicolas Sarkozy ?

Pour avoir eu la chance de croiser son chemin, pour avoir pu échanger avec elle, je peux assurer de sa bonne foi, de son professionnalisme et de sa fidélité aveugle à Nicolas Sarkozy. Elle n’est pas une femme d’appareil politique, elle est issue de l’école de la magistrature. Très discrète, Rachida Dati ne demeure pas moins une femme de fer.

Quant à la communauté MRE, elle a accueillie la nouvelle avec beaucoup de joie. On pouvait lire sur les visages, y compris sur ceux des opposants politiques, de la fierté car elle est devenue un symbole fort auprès de la communauté. C’est aussi une bonne nouvelle pour le Maroc. Nous allons nous employer à l’aider à accéder aux responsabilités. Sa « ministrabilité » est un des enjeux du scrutin présidentiel. Alors, « allez Sarko ! ».

La Nouvelle Tribune - Rachid Hallaouy

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