Musulmans de France : Quel vote aux présidentielles 2007 ?

- 00h00 - France - Ecrit par : L.A

Il faudra compter avec eux ! En effet, les Musulmans de France, au même titre que les citoyens quartiers populaires qui avaient pris pour habitude de déserter les urnes, sont bien décidés, cette fois, à faire entendre leur voix.

Estimée à 5 millions de personnes établis dans l’Hexagone, cette communauté représenterait, selon des données d’enquête, 2 voir 3% des suffrages. C’est dire « l’enjeu » du vote de ces citoyens de confession musulmane, dont le poids électoral s’affirme à chaque consultation.

Pour mieux s’imprégner du « vote » de cette population, l’Institut français d’opinion publique (Ifop), entreprise de marketing dont l’activité est la vente de sondage d’opinion à des partis politiques et à des entreprises, qui est dirigée par la présidente du « patronat » français (MEDEF), Laurence Parisot (eh oui !), vient de réaliser une enquête/étude intitulée « L’orientation politique des musulmans de France à la veille de la campagne électorale ».

La méthodologie de travail a reposé sur des enquêtes récurrentes de l’Ifop dans lesquelles la question de la « proximité religieuse » est posée. Ces données ont été cumulées sur la période 2003/2006. Le cumul a été pratiqué sur 80 vagues d’enquêtes effectuées, à chaque fois, auprès d’échantillons nationaux représentatifs de 1000 personnes, la représentativité des échantillons étant assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage, stratification par région et catégorie d’agglomération). Au total, l’échantillon cumulé s’élève à 80 335 interviews ! « Dans la présentation figure certains résultats croisés par la « confession religieuse », c’est-à-dire la religion dont les interviewés se sont déclarés proches. Grâce à notre cumul d’enquêtes, nous avons pu obtenir un sous échantillon de 2495 interviewés se déclarant de religion musulmane » précisent les services de l’Ifop.

« Islam de France et non Islam en France »

Avant de découvrir les résultats de l’enquête de l’Ifop, il convient d’analyser la (nouvelle) réalité politique de cette France où diversité rime avec complexité, intégration avec échec et immigration avec insécurité. C’est un peu, « je t’aime moi non plus » entre certains français, dits de souche, et des franco maghrébins (ou des personnes d’origine africaine).

Face à ce constat, certains diront qu’il faut positiver et que l’intégration se fera avec le temps, d’autres soutiennent la thèse que « pour tendre vers une intégration réussie, il faut être deux à fournir des efforts pour une meilleure cohabitation ». Et d’autres, plus septiques et se voulant réalistes, déclarent que « l’échec des politiques publiques liées à l’intégration des jeunes issus de l’immigration est la résultante de plusieurs facteurs et qu’il semble impossible, à ce jour, de trouver une issue constructive à cette problématique sociétale ». Néanmoins, le temps presse et l’enjeu est de taille, c’est ni plus ni moins que la consolidation d’une communauté nationale avec comme chape de plomb le respect des valeurs de la Vème République.

Pour toutes ces raisons, la tournure politique que prend l’affaire « Charlie Hebdo » n’est pas pour favoriser la « communion » entre les populations. En effet, et contrairement à d’autres sujets, l’union a été exprimée par les différentes organisations des Musulmans de France, dont le Conseil français du culte musulman (CFCM), pour « condamner » la décision du Procureur de La République de requérir la relaxe pour les éditeurs du journal satirique. Quant à la classe politique française, elle a également fait bloc au coté de la direction de Charlie Hebdo, au nom de la liberté d’expression de la presse. Cette « situation » a précipitée la toute récente diffusion d’un communiqué où le CFCM, présidé par Dalil Boubakeur (également recteur de la mosquée de Paris), censé s’occuper uniquement des questions liées au culte, semble refuser aux partis politiques français le droit de faire sa critique et même de traiter la question de l’Islam de France dans le cadre de la campagne présidentielle 2007.

En clair, la situation semble confuse. Dès lors, on s’interroge sur l’attitude que va adopter le candidat de l’UMP Nicolas Sarkozy (également créateur du CFCM), qui avait déclaré vouloir « un Islam de France et non un Islam en France), celle de Ségolène Royal, candidate PS (qui a laisser le soin à François Hollande de soutenir Charlie Hebdo), de François Bayrou, chef de file de l’UDF, et de Jean-marie Le Pen (FN), qui, pour sa part, doit…se frotter les mains car ce scénarii idéal va dans son sens.

La crise des banlieues “profite” au PS

Que nous révèle donc l’enquête conduite par l’Ifop au travers d’investigations de terrain entre 2003 et 2006 ? Tout d’abord, que si le parti socialiste (PS) a quelque peu profité, en 2004, des débats sur la loi sur la laïcité pour renforcer son assise au détriment d’une droite largement minoritaire, dont les positions de certains de ses membres avaient pu paraître à l’époque « hostiles » aux musulmans, le mouvement le plus significatif est intervenu en novembre 2005 et la crise des banlieues. En effet, la proximité du PS a ainsi progressé de 9 points (de 44,8% à 53,8%) entre la période avril/octobre 2005 et la période novembre 2005/avril 2006.

Cette forte progression s’est faite au détriment du parti Communiste (PC), de l’extrême gauche et des Verts. Que faut-il en déduire ? Et bien, que la crise des banlieues et la réponse qui lui avait été apporté par le Gouvernement Villepin avait suscité un réflexe de « vote utile », concept cher à la formation politique dominante à gauche, le PS, seule force politique a même de tenir tête efficacement au candidat, Nicolas Sarkozy, aux yeux de cette partie de la population qui est concernée par les évènements et par les projets de loi sur la sécurité et l’immigration.

Emergence d’un vote « communautaire musulman » ?

En outre, il ressort que les courants de pensées de gauche (non socialistes) étaient surreprésentés au sein des personnes de confession musulmane. A la fois, pour des raisons historiques, du fait de la mobilisation de ces formations au moment de la décolonisation, du combat anti-raciste et des luttes contre les expulsions mais, également, pour des raisons sociologiques. Sur ce dernier chapitre, les catégories populaires et les jeunes générations, statistiquement plus acquises à la gauche, leur part s’est réduite depuis novembre 2005. De plus, la droite et l’extrême droite, déjà très largement minoritaires dans ce segment de l’électorat, ont également vu leur influence se rétrécir plusieurs mois après les émeutes d’automne 2005 mais, dans une proportion moindre que la gauche de « la gauche ».

Cette forte progression du parti socialiste auprès de la population musulmane, dopée au lendemain des affrontements dans les banlieues, est d’autant plus spectaculaire que ce phénomène ne se retrouve pas au niveau de l’ensemble de la population, la proximité au PS n’ayant que très légèrement augmenté durant cette période (de 28,7% à 29,9%).

Alors que bon nombre d’observateurs avertis s’interrogeaient sur l’impact des débats sur le port du voile (et celui de la laïcité) et le spectre de voir « émerger » un vote « communautaire musulman », il apparaît, toujours selon les résultats de l’enquête Ifop, que les violences des banlieues et les suites qui y ont été données, ont eu un impact autrement plus important sur le positionnement politique de ces personnes.

Autant dire que dans le cadre de la campagne à l’élection présidentielle, à l’issue incertaine, on comprend mieux l’enjeu que représente le vote des citoyens de confession musulmane. D’ailleurs, le parti socialiste ne s’y est pas trompé, en lançant, notamment dans le Département de Seine-Saint-Denis, une vaste campagne d’affichage incitant à faire barrage à Nicolas Sarkozy. Néanmoins, force est de reconnaître que si le PS jouit d’une côte de popularité auprès des Musulmans de France, il n’en reste pas moins que chez les jeunes “des quartiers et cités”, la mainmise est moindre . Autre lecture entre les lignes, la candidate du parti de la rose, Ségolène Royal, ne bénéficie pas pleinement de cette “dynamique”. Conscient de ce phénomène, Nicolas Sarkozy s’apprête à “investir” les quartiers dans les prochains jours. Sa visite programmée à Argenteuil (où il a lâché le mot “karcher” a été suspendu au dernier moment mais un calendrier “de visites”est en cours d’élaboration

Quartiers : « Sarko » et « Ségo » au coude à coude !

Selon un récent sondage BVA/Agir pour la citoyenneté, publié dans le Journal du Dimanche, 96% des personnes inscrites sur les listes électorales ont affirmé leur intention d’aller voter les 22 avril et 06 mai 2007 (1er et 2ème tour des présidentielles). Et quand ils se prononcent clairement sur leur intention de vote, leur choix apparaît contradictoire. En effet, 45%

des habitants résidents dans les Zones urbaines sensibles (ZUS) déclarent qu’ils pensent plutôt voter pour un candidat de gauche, contre seulement 19% qui penchent à droite. Néanmoins, ils sont 27% à désigner Nicolas Sarkozy comme le candidat qui « prend le mieux en compte les problèmes des banlieues, alors que Ségolène Royal est crédité de 23% d’intention de vote et Le Pen seulement 1%.

Si on ausculte de plus près l’électorat favorable à « Ségo », ceux sont les plus jeunes qui la soutienne avec 39,6% contre 24,9% pour « Sarko » chez les 15/19 ans et 29,1% contre 20,3% chez les 20/24 ans. Il semblerait que les termes de « karcher » et de « racaille », prononcés par le candidat UMP lors des émeutes des banlieues, demeurent en travers de la gorge des habitants des quartiers.

La nouvelle Tribune - Rachid Hallaouy

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