Le mauvais rêve canadien

- 21h16 - Monde - Ecrit par : Bladi.net

Cadres performants, médecins, avocats, ingénieurs... Le Maroc est déserté par son gotha. Direction : le Canada. Une fois arrivés à destination, le rêve prend souvent une allure bien décevante... "T’es pas au courant ? Flane s’est installé avec sa femme à Montréal... Flana ? ça fait trois ans qu’elle est au Québec.... Lhaj a investi à Toronto".

Les Marocains n’ont plus qu’un rêve : le Canada. Soixante dix mille d’entre eux ont déjà traversé l’Atlantique pour s’y installer. Et chaque année, près d’un millier d’étudiants s’y rendent pour poursuivre leur cursus universitaire. Résultat, le Grand nord est aujourd’hui le septième pays d’accueil de l’émigration marocaine. En la seule année 2000, l’ambassade du Canada à Rabat a émis 2800 visas d’émigration
.La politique de séduction qu’entretiennent les autorités canadiennes à l’étranger s’avère payante. "Comment ne pas être séduit quand on vous propose de vous installer dans un état de droit qui offre une des meilleures qualités de vie au monde, et qui propose un système éducatif et de santé des plus performants ?", demande Karim, jeune cadre de 35 ans, déterminé à entamer les démarches nécessaires pour "fuir ce pays incertain".

Deuxième destination mondiale des migrations après l’Australie, le Canada fait des ravages, provoquant une sérieuse fuite des cerveaux et privant de nombreux pays de précieux talents. La "crise" est telle que certains pays, comme l’Afrique du sud, en sont arrivés à protester auprès des autorités canadiennes. Au Maroc par contre, on ne semble pas très concernés par la chose ou du moins, selon cette source gouvernementale, "on ne sait encore comment y faire face".à côté de cela, une fois installés dans ce "paradis", nombre de ces migrants expriment leur profonde déception. Ce pays censé permettre aux personnes qualifiées de s’épanouir personnellement et professionnellement, ne tiendrait pas ses promesses edéniques. "Ce qu’on nous a vendu avant notre départ est loin d’être conforme à la réalité" affirment-ils. Dès leur arrivée, les "nouveaux citoyens canadiens" se retrouvent confrontés à des situations pour le moins inattendues. "On m’a fait croire qu’on avait besoin de mes compétences. Mais une fois sur place, on n’a même pas reconnu ma formation", s’insurge ce médecin casablancais installé à Montréal depuis maintenant 3 ans, et n’ayant toujours pas obtenu l’autorisation d’exercer. Avant ce grand départ, il avait évidemment tout vendu : cabinet, appartement, objets de valeur... "J’y ai cru comme beaucoup d’autres médecins marocains. J’aurais préféré qu’on m’informe correctement avant mon départ !".

Manifestement, les autorités canadiennes ne communiquent que très vaguement sur ce point particulier de la reconnaissance des diplômes étrangers. "On étudie ailleurs. On obtient des diplômes. On acquiert une expérience professionnelle pour ensuite arriver au Canada et faire des boulots trois fois au-dessous de notre compétence !"Selon les données officielles, le quart des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur occupent des postes pour lesquels un baccalauréat, voire moins, suffirait. Bon nombre parmi les plus qualifiés, soit la moitié de ceux qui choisissent de s’exiler, se retrouvent chauffeurs de taxi, vigiles, ouvriers dans des usines... On ne s’étonnera pas de trouver un architecte dans les habits d’un ouvrier agricole ou un médecin reconverti en vendeur dans un magasin de chaussures... Des situations extrêmes que les futurs candidats à l’immigration canadienne sont loin de soupçonner.Cette désillusion, le ministre de la citoyenneté canadien en rejette la responsabilité sur les ordres traditionnellement hermétiques qui régissent la plupart des métiers au Canada, et qui sont vraisemblablement des lobbies très puissants. "Notre infrastructure d’organisations professionnelles est tellement compliquée qu’elle dessert plus qu’elle ne favorise l’intégration immédiate des immigrés très qualifiés. Il est inadmissible que nous n’ayons pas suffisamment de médecins, alors qu’il y en a dans le pays et par milliers, formés à l’étranger, dont nous ne reconnaissons pas les diplômes".à en croire Hassan Serraji, conseiller en emploi à Montréal, "les nouveaux arrivants doivent également faire face à un début de racisme depuis le 11 septembre, quoique assez discret pour le moment.

L’employeur canadien privilégie la candidature de celui qui a étudié et mis en pratique ses compétences au Canada". Le cas de Kamal El Batal est édifiant. Immigré au Québec en 1993, et expert en économie rurale, il décide de postuler pour un poste prestigieux de gestionnaire dans une grande entreprise de l’agroéconomie. Sa demande ne reçoit aucune réponse. Il récidive peu de temps après sauf que cette fois-ci, il envoie deux candidatures : une première sous son vrai nom et une autre accompagnée du même CV mais sous le nom fictif de Marc Tremblay. Encore une fois, Kamal El Batal est ignoré. Et l’imaginaire Marc Tremblay est chaleureusement invité à un entretien d’embauche. "Ici on vit malheureusement assez souvent ce genre de situation". conclut Kamal, indigné.L’aventure de Hamid, médecin réputé au Maroc, vient corroborer ce constat. Après avoir passé des tas d’examens avec brio, des stages de pratique, il s’est vu refuser le droit d’exercer par un évaluateur qui lui a lâché froidement au visage : "Vous n’êtes pas comme nous !" Il n’en fallait pas plus pour que Hamid ramasse ses affaires et rentre au pays. "J’étais dégoûté".Heureusement, cette tendance à l’échec ne s’étend pas à la deuxième génération d’immigrés. Le désenchantement des parents est, pour ainsi dire, largement compensé par l’épanouissement de leurs enfants.

"Au Maroc, mes deux filles étaient tout le temps recroquevillées sur elles-mêmes. Ici, elles s’épanouissent de jour en jour. C’est tout un système qui contribue à cela". Quelques autres "succes stories" invitent à plus d’optimisme. Ayoub et Samia, un couple installé à Montréal depuis des années, en sont un exemple révélateur. Lui la trentaine, lauréat de l’école Mohammedia, fait ses preuves chez Ericsson Canada. Elle, spécialisée en biotechnologie, travaille pour une grande firme du secteur. Tous deux ont la même certitude : "Professionnellement, on n’aurait pas pu évoluer comme on le voulait au Maroc". D’ailleurs, ils ne sont pas prêts d’y retourner. "Pourquoi ? Pour vivre à nouveau dans l’intolérance et le poids du regard de l’autre ? ça ne m’intéresse pas" répond Samia. Aujourd’hui, ces "nouveaux canadiens" parfaitement intégrés sont mis en avant par leur pays d’accueil comme argument de vente. Et nombre d’entre eux sont actifs au sein d’un groupe de travail, mandaté par les autorités canadiennes - désormais décidées à se rattraper auprès des déçus - pour trouver des solutions pour une meilleure et plus rapide intégration. Quant aux nôtres d’autorités, elles se confortent dans leur position de spectatrices.

TelQuel

  • La ruée vers le Canada

    L'émigration vers le Canada connaît actuellement une vigueur sans précédent. De plus en plus de Marocains, issus notamment de la classe moyenne, s'installent dans ce pays de l'Amérique du nord. Le Maroc, semble-t-il, ne suffit plus à leurs ambitions légitimes.

  • Parcours réussi des étudiants marocains au Canada

    Partout dans les universités au Canada, on trouve des étudiants et des enseignants marocains. 4,5 % des étudiants étrangers au Québec à titre d'exemple sont marocains, sans compter ceux qui ont la double nationalité maroco-canadienne.

  • Le Canada facilite l'immigration des jeunes diplômés

    Le Canada a annoncé des mesures de nature à accroître la compétitivité de son industrie de l'éducation, mais aussi à inciter les étudiants étrangers, une fois diplômés, à rester au pays. Jusqu'à présent, les étudiants étrangers ne peuvent pas travailler à l'extérieur des campus.

  • Les Marocains du Canada

    Plusieurs Marocains quittent le pays pour le Canada. Ils payent même des intermédiaires, sachant très bien qu'entre les candidats à l'immigration et le gouvernement du Québec ou du Canada, ils n'ont pas besoin de payer pour ce service.

  • Emigration : Ces Marocains qui partent au Canada

    Il s'appelait Mohamed El Moro. En 1886, il fut le premier Marocain à mettre le pied en sol canadien, au port de Montréal. Cependant, très peu de compatriotes imitèrent cet aventureux marin. La première vague d'émigration marocaine vers l'Amérique du Nord s'est effectuée après l'Indépendance.

  • Vote des MRE : réaction de l'Association des femmes Marocaines du Canada'

    L'association des femmes marocaines du Canada se réjouit de la décision de sa majesté le Roi Mohammed VI d'octroyer aux Marocains résidents à l'étranger la possibilité de se faire représenter à la Chambre des Représentants et sa volonté de créer des circonscriptions législatives électorales à l'étranger pour nous permettre à nous citoyens de l'étranger de choisir nos députés dans la première Chambre du Parlement.

  • Le Marocains du Canada protestent contre Al Qaïda

    Des membres de la communauté marocaine vivant au Canada ont manifesté, dimanche à Montréal, pour exprimer leur solidarité avec Abderrahim Bouâlem et Abdelkrim El Mouhafidi, les deux compatriotes retenus en otages en Irak depuis le 20 octobre dernier par la branche irakienne d'Al Qaïda.

  • Najat Atabou en concert à Montréal

    La fédération marocaine du Canada et ses associations affiliées sont fières de s'associer au festival du monde arabe pour la présentation de la grande soirée de Najat Aatabou le 5 novembre 2005 au Medley à 20H00.

  • Deux fois plus de chômage chez les immigrants au Canada

    11,5%. C'est le taux de chômage observé chez les immigrants au Canada, soit deux fois plus que chez leurs homologues nés au pays (4,9%). Selon la dernière enquête de Statistiques Canada, le pays du froid n'est peut-être pas si paradisiaque qu'on le croit, en tout cas pour les travailleurs immigrés. Comment les Marocains s'en sortent-ils ? Pour l'instant, les résultats de l'enquête ne fournissent pas ce genre de détail.

  • La nationalité dans le biberon !

    Il fait bon d'être Canadien ! Une belle perspective pour les enfants. A priori, il suffirait d'un rien (ou presque) pour le devenir. Quelques millions de centimes, de l'organisation et un visa visiteur pour le Canada…