Le ministre de l’Intérieur français relance le débat sur l’immigration

- 10h24 - France - Ecrit par :

Alors qu’une nouvelle manifestation de clandestins s’est déroulée samedi 7 septembre à Paris, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a profité d’un déplacement à Auron, dans les Alpes-Maritimes, pour recadrer la position du gouvernement et fixer clairement les limites des concessions qu’il avait faites deux jours plus tôt.

« La France a besoin d’immigrés mais la France ne peut ni ne doit accueillir tous les immigrés », a-t-il souligné, comme en écho à la célèbre phrase de Michel Rocard : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde. » Et de poursuivre : « Mon idée est qu’il ne doit exister que deux catégories d’étrangers.

D’une part, ceux qui ont vocation à s’intégrer en France et à qui nous devons donner les moyens de sortir de la clandestinité ; d’autre part, ceux qui n’ont pas vocation à rester et sont sous le coup d’une décision d’expulsion qui doit être exécutée. »

Les propos du ministre de l’Intérieur ont été interprétés comme un message de fermeté adressé à l’opinion, après les gestes d’ouverture des jours précédents.

Tout en rejetant l’hypothèse d’une régularisation générale qui « créerait un appel d’air et entretiendrait la xénophobie », Nicolas Sarkozy avait en effet adressé auparavant une circulaire aux préfets leur ordonnant de réexaminer tous les dossiers déposés en tenant compte du « caractère particulier de certaines situations ».

Il avait également annoncé la création d’une mission confiée à Anne-Marie Escoffier, ancien préfet de l’Yonne, et chargée d’identifier « les situations juridiques ou sociales mal réglées par la législation actuelle, et de veiller à un traitement homogène » des dossiers.

Une concession saluée par la Ligue des droits de l’homme et le Mrap, mais aussitôt dénoncé comme un leurre par la coordination nationale des sans-papiers et le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Pour ces derniers, en effet, l’objectif est bel et bien d’obtenir l’abrogation de la loi Chevènement de 1998 sur l’entrée et le séjour des étrangers, encore trop restrictive à leurs yeux.

Malgré ces divergences, La Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière, le Mrap et la Ligue des droits de l’homme ont tous participé à la manifestation organisée le 7 septembre dans la capitale.

Sur certaines pancartes, on pouvait lire : « Nous vaincrons les lois fascistes, nous vaincrons les lois racistes. » D’autres manifestations ont également été organisées en province, rassemblant de 200 à 300 personnes à Rennes, et de 100 à 300 personnes à Lyon.

A Paris, le porte-parole du mouvement, Romain Binazon, a de nouveau demandé la régularisation de tous les clandestins. « Les manifestants sont ici pour répondre à Sarkozy qu’on ne veut pas du cas par cas », a-t-il déclaré.

Mais en dépit de la mobilisation persistante de la rue, les divisions entre associations favorables aux sans-papiers ne cessent de s’accentuer. Le président de SOS-Racisme, Malek Boutih, s’est en effet prononcé dans Libération contre une « régularisation globale ».

Tout en déclarant que, « dans le bâtiment, l’industrie, la confection, la restauration, les sans-papiers travaillent aujourd’hui comme des esclaves modernes, sans droits ni protection ».

Malek Boutih a en effet estimé qu’une régularisation globale « créerait un appel d’air, au moins parmi les immigrés présents dans l’espace Schengen ». Une position qui suscite l’ire de ses « amis ».

« Si on voit Malek Boutih, on le vire de la manifestation », a fulminé Romain Binazon. « Malek Boutih est assez isolé, ce n’est pas un hasard si SOS-Racisme n’est pas là aujourd’hui », a commenté quant à lui Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l’homme.

Le mouvement peine aussi à trouver des relais au Parti socialiste. Aucun de ses leaders n’a participé aux manifestations. Seul Jack Lang, ancien ministre de la Culture, s’est prononcé dans une interview au Journal du dimanche en faveur d’une régularisation générale.

Au-delà des réactions à chaud, le gouvernement Raffarin va devoir, dans les semaines à venir, préciser sa philosophie en matière d’immigration. Le ministre de l’Intérieur a ainsi esquissé sa propre doctrine.

Se démarquant des « fanatiques de l’immigration zéro qui n’a aucun sens car la France s’est construite sur la diversité », Nicolas Sarkozy a fustigé « les extrémistes de la régularisation automatique qui ne se rendent pas compte qu’ils appellent une nouvelle vague migratoire et contribuent à entretenir l’exaspération et parfois même la xénophobie d’une partie de la population ». Un « ni-ni » qui reste à préciser...

Guillaume PERRAULT pour le Figaro international

  • M. Sarkozy affirme sa volonté de mener à bien la consultation sur l'islam

    Le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy a affirmé dans un entretien à la revue musulmane La Médina à paraître jeudi sa volonté de mener à bien la consultation sur l'organisation de l'islam engagée par ses prédécesseurs.

  • A la recherche de délégués pour l'islam de France

    On a connu Nicolas Sarkozy plus entreprenant. Sur la question de l'islam de France, il avance à pas prudents, à grand renfort de diplomatie. Il sera ce samedi en visite officielle à la grande mosquée de Paris d'où il souhaiterait s'adresser à « tous les musulmans de France ».

  • Double peine en France : L'expulsion d'un Marocain relance la polémique

    Un ressortissant marocain condamné pour viol a été expulsé de Besançon en application de la double peine, a-t-on appris auprès de la préfecture du Doubs.

  • Les musulmans de l'Hexagone à la recherche d'une voix commune

    Pour répondre aux « amalgames entre Islam, islamisme, fondamentalisme, extrémisme, terrorisme et totalitarisme », Nicolas Sarkozy, ministre français de l'Intérieur, dresse le projet de création d'un Conseil français du culte musulman (CFCM) en priorité.

  • Sarkozy « n'a pas à s'occuper » du statut juridique des Marocaines en France !

    Le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, « n'a pas à s'occuper du statut juridique de la femme marocaine », selon Mohamed Bechari, président de la Fédération nationale des Musulmans de France (FNMF).

  • Les musulmans de France enfin représentés dans une structure unique

    Les cinq millions de musulmans de France vont pour la première fois être représentés au sein d'une structure unique pour défendre les intérêts de la deuxième religion de France auprès des autorités, au terme d'un accord signé entre les trois principales organisations musulmanes.

  • Stupéfiante audace de Chirac sur l'immigration

    Droit de vote, double peine, lutte contre la discrimination. Ce ne sont pas là des revendications d'associations ou des questions qu'un gouvernement de gauche promet d'étudier, mais tout simplement les sujets que la majorité de droite française tente de traiter.

  • Immigration : la politique des faux-semblants

    Nicolas Sarkozy concède quelques avancées pour mieux mettre en œuvre une politique répressive : stopper l'arrivée des étrangers, les expulser plus vite, précariser ceux qui vivent en France.

  • France : Sarkozy prône la « discrimination positive »

    Nicolas Sarkozy estime toujours que le problème du voile à l'école ne doit pas être réglé par la loi, mais, sans renoncer à sa « vérité », il a manifesté hier soir un respect inédit pour la « vérité des autres ».

  • Création d'un centre des droits des migrants au Maroc

    L'idée a germé depuis le mois de mars 2002 et est passée à la phase de concrétisation en juillet. L'Observatoire pour les droits des migrants a fait l'objet d'un partenariat entre le ministère des Droits de l'Homme et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mardi à Rabat, une table ronde a été consacrée à l'examen des tâches qui incombent à cette nouvelle structure.