Les singes du Maroc illégalement exportés en France

- 12h03 - Maroc - Ecrit par :

L’association de protection des singes, SOS-Magots, affirme que des braconniers participent à la vente illégale de ces animaux. Le zoo de Aîn Sbaâ tremperait également dans ce trafic. Les magots sont pourtant une espèce protégée.

« Les singes s’approchent, l’odeur de la nourriture étalée sur plusieurs mètres carrés est trop forte, trop alléchante pour ces magots affamés. Ils se laisseront prendre d’autant plus facilement qu’ils ont appris à côtoyer les humains ». Pour m’expliquer le b-a ba du trafic de magots, joignant le geste à la parole, le montagnard s’approche d’un petit singe et lui tend un morceau de pain, que le primate happe avec une habilité extraordinaire. C’est ici, entre les cèdres Gouraud que se concentre la population des magots. A quelques kilomètres de la ville d’Ifrane, c’est de là que partent les bébés magots qui feront la joie des jeunes des banlieues marseillaises ou lyonnaises.

Objet d’un trafic odieux, ces primates sont utilisés comme bêtes de combat, ou tout simplement comme animaux de compagnie. Ces bébés singes achetés entre trois cents et quatre cents dirhams sont exportés illégalement et revendus près de 3.000 euros en France. En passe de devenir un véritable phénomène de mode, avec ses implications néfastes : élevage clandestin, trafic et combat, le trafic de magots a remplacé celui des pitbulls désormais particulièrement réglementé en Europe.

Protestation

C’est régulièrement que des magots sont signalés dans plusieurs villes de l’Hexagone. Ce type de macaque, dont l’importation en France est rigoureusement interdite, a connu une vogue sans précédent qui inquiète d’autant plus les pouvoirs publics qu’à l’âge adulte l’animal est particulièrement agressif.
La Fondation 30 Millions d’Amis avait lancé un appel le 16 mars 2002 pour sensibiliser au sort de ces milliers de magots qui rentrent clandestinement en France.
Prenant prétexte du rappeur Joey Starr -du groupe NTM qui a horrifié les téléspectateurs, au cours d’une émission sur M6, en frappant avec une violence insoutenable son jeune magot-, l’association a rappelé que près d’un millier de magots ont été introduits illégalement en France ces dernières années.

Selon la fondation, les singes magot qui n’auraient jamais dû quitter leurs territoire d’origine, le Maroc ou l’Algérie, étaient devenus les souffre-douleurs des jeunes de banlieue... Dans le même ton, l’association SOS-Magots avait adressé au département marocain des Eaux et Forêts une lettre de protestation contre ce trafic.

L’association SOS-Magots, qui a pour but de protéger ces primates, rappelle que des braconniers organisateurs de spectacles employant des singes magots participaient à la vente illégale de ces animaux. Le zoo de Aîn Sbaâ, à Casablanca, tremperait également dans le trafic de singes magots.

SOS-Magots expliquait également que ce parc animalier s’approvisionnait en singes magots auprès de braconniers. « Comment est-il possible que les responsables de l’Environnement ne fassent pas fermer cet établissement et n’interdisent pas ce genre de pratiques ? », s’interrogeait le président de l’association.

Convention

A l’époque, la lettre avait reçu une réponse vague du Secrétariat général du département de l’Environnement, qui signalait que « la requête a été transmise aux autorités locales en leur demandant de faire cesser toutes les pratiques signalées dans le courrier susmentionné ».

D’autant plus que cette espèce est particulièrement menacée de disparition, selon la convention de Washington, qui interdit l’achat illégal de ces primates, l’emploi de braconniers pour s’approvisionner en animaux en voie d’extinction. Les termes de la convention de Washington sont clairs : “l’achat, l’offre d’achat, l’acquisition à des fins commerciales, l’utilisation dans un but lucratif, l’exposition au public à des fins commerciales, la vente, la détention pour la vente, la mise en vente de spécimens” constituent des violations de l’article 8 de la Convention. Le plus grave, c’est qu’une fois adultes, les singes magots, doux et inoffensifs en liberté, deviennent d’une férocité incroyable en captivité, ce qui oblige, dans la plupart des cas, le propriétaire à lâcher l’animal dans la nature. D’où les nombreux incidents signalés çà et là par la presse.

La Fondation 30 Millions d’amis cite le cas du refuge de l’Arche, à Château-Gontier (France). Il a été l’un des premiers à récupérer des magots et autres primates abandonnés. Le centre, qui en a déjà une quarantaine, est désormais dans l’obligation de les refuser. Du côté marocain, il est certain qu’on ferme les yeux sur un trafic qui arrange beaucoup de monde.

En premier lieu les braconniers qui vivent de ce trafic et les autorités de tutelle qui cherchent, elles, à se débarrasser à n’importe quel prix de ce primate sympathique, mais bien nuisible pour les cédraies de la région d’Ifrane.
Un rapport sur la dégradation de la cédraie dans la région d’Ifrane, rendu public en avril 2003, énumérait les multiples dangers que la prolifération des singes magots faisait courir à la cédraie d’Ifrane.

Protection

Selon cette étude, 12% des cédraies connaissent un dépérissement très rapide causé par les effets conjugués de la sécheresse, de certaines maladies et des attaques perpétrées par la chenille processionnaire et surtout de cet hôte de plus en plus indésirable, le singe magot.
Un recensement effectué récemment dans la zone du futur parc national d’Ifrane, d’une superficie de 54.000 ha, a révélé une population de singes magots de l’ordre de 5.000 individus.

La densité moyenne dans la cédraie est de 27 individus au km2. Dans la zone à forte concentration, telle la commune d’Aïn Kahla, la densité peut dépasser 50 individus/km2. Tenaillés par la faim, les primates, qui ne trouvent rien à se mettre sous la dent, se sont rabattus sur l’écorce des cèdres.

La prolifération de ces magots est un véritable casse-tête pour les autorités de tutelle qui hésitent à choisir entre plusieurs options pour tenter de stabiliser les effectifs de magots, et par là réduire les dégâts causés aux cédraies. Parmi les solutions préconisées, des campagnes de régulation par voie de stérilisation ou d’élimination pure et simple ou le transfert d’une partie de ces singes vers d’autres destinations. Quatre lieux ont été choisis : Il s’agit du Jbel Bouhachem, près de Chefchaouen ; du Jbel Beni Iznassen, près de Berkane ; du Jbel Tazerkount, à l’amont du barrage Bin El Widane ; et de la forêt de l’Aghbar, à proximité de Tizi N’test.

On le conçoit aisément, de ce côté-ci de la Méditerranée, les urgences et les priorités sur cette question ne sont pas les mêmes qu’en Europe, et il serait particulièrement difficile de concilier le point de vue des défenseurs du primate et celui des administrateurs des Eaux et Forêts.

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