Lettre ouverte à Yasmina Baddou, ministre de la Santé

- 13h30 - Maroc - Ecrit par : L.A

Madame la ministre, J’emploierai des mots fermes, vous m’en excuserez, mais cela bourdonne inlassablement dans ma tête depuis des années.. L’attaque sauvage devant votre cabinet hier n’a pas arrangé les choses. J’ai du mal encore à m’en remettre, alors je vous écris mon malaise.

Sachez madame que votre nomination à la tête du Ministère de la Santé, même si elle n’avait pas fait l’unanimité au sein du corps médical, a été accueillie par beaucoup de mes confrères avec sympathie : vous étiez avocate, votre métier vous dictant de toujours vous ranger du coté des opprimés et des sans-droits, ils vous voyaient déjà militer pour les droits des médecins, bafoués depuis des décennies. Et je faisais partie de ces quelques voix qui voulaient contredire la majorité. Malheureusement vous nous avez rendu la tâche difficile, pénible et aujourd’hui douloureuse. On disait votre sourire contagieux, et on souhaitait le partager. Aujourd’hui nous n’avons plus envie de rire. Nous pensions que vous alliez proposer votre art de tribun à des médecins en mal de vivre. Mais vous avez décidé de changer de camp. Vous avez quitté le barreau et vous vous êtes autoproclamée Procureur et Juge. On vous préférait avocate.

Vous occupez un des postes les plus vitaux du Royaume, qui nécessite des prises de décisions le plus souvent urgentes, mais votre réactivité à nos demandes - légitimes - ne semble pas vouloir sortir de sa léthargie.

Pourtant nos revendications sont justes et justifiées, votre Honneur : Nous voulons que notre doctorat, l’un des plus longs et les plus rudes à décrocher, soit reconnu d’Etat, comme tous les autres. Comment peut-il être concevable qu’un doctorat obtenu après 7 ans d’études supérieures ait la valeur d’un simple Master ? Nous exigeons aussi une couverture médicale. Madame, du fait de notre travail nous sommes exposés chaque jour aux infections les plus graves. N’est-il pas légitime que l’Etat se soucie de notre santé, comme nous risquons la notre pour sauvez celle de nos concitoyens ? Nous réclamons également que chaque année passée à travailler pour l’Etat en tant que spécialiste soit comptabilisée et que vous arrêtiez de faire fi de nos 24 premiers mois de labeur ! Aussi, Nous revendiquons de meilleures conditions de travail, et par meilleures je veux dire décentes, pour que l’on puisse prendre en charge les malades comme il le faut, comme ils le méritent et non pas comme le délabrement de nos hôpitaux le permet. Dans la même optique, il est indécent que les malades payent autant de frais, ne serait ce qu’aux urgences, parce que nos Hôpitaux, y compris ceux de la capitale, sont en perpétuelle rupture de stock en matériel médical des plus basiques : fils de suture, gants, champs stériles.. Encore, il est impensable que nous passions 24 heures de garde - et parfois plus - dans ces conditions apocalyptiques, sans que cette activité ne soit rémunérée. Dans quel corps de métier pourrait-on imposer 12 heures de travail de nuit en plus, sans que cela ne soit récompensé ? Et enfin nous désirons l’amélioration des modalités de formation et d’évaluation archaïques auxquelles nous avons droit au cours de notre cursus.

Le tableau était déjà bien noir avant votre arrivée. La barre n’était pas très haute, mais vous avez tout de même réussi à passer par-dessous. Vous mettant sur le dos l’ensemble du cadre médical, de plus en plus insatisfait de la qualité de vos plaidoyers.

Et après tout cela, vous vous interrogez devant nos médias nationaux - qui n’ont d’oreille que pour nos dirigeants - pourquoi les médecins ont osé organiser une marche, alors que vous vous êtes déjà entretenue et mis d’accord avec quelques uns de vos amis syndicalistes qui seraient nos représentants - alors qu’ils ne représentent qu’eux même vu que nous avons notre propre syndicat indépendant. Madame, votre autisme face à nos revendications criantes est de ceux pour lesquels on fait des révolutions, pas uniquement une marche !

Ensuite, vous êtes tombée encore plus bas, à essayer de retourner l’opinion publique contre nous. Malheureusement pour vous, les marocains sont bien plus intelligent que cela : les malades eux-mêmes organisent des sit-in dans les hôpitaux pour soutenir notre cause. A essayer de nous faire passer pour les ennemis des droits de l’Homme, vous avez fini par devenir l’ennemie de tous les marocains. Vous l’avez vu et entendu vous-même, quand vous nous avez rendu visite ce matin à l’hôpital. Brève visite de courtoisie pour vous enquérir de l’état de santé de notre collègue, gravement fracturé à la suite de l’intervention musclée et injustifiée des forces de l’ordre à notre encontre la veille. Saviez-vous Madame, que pour causer une telle fracture il faut être heurté par un véhicule qui roule à plus de 100 km/heure ? Je vous laisse imaginer la barbarie à laquelle nous avons été conviés hier alors que nous n’aspirions qu’à marcher pour notre dignité. Dans quel pays au monde, traite-t-on les médecins comme du bétail qu’on corrige à coups de bâton quand ils refusent de se limiter à être un troupeau. Madame, nous avons été marqués comme on marque des bêtes. Vous ne pouvez pas imaginer l’humiliation que je ressens quand mon regard croise ces souvenirs féroces dans le miroir.

Mais sachez que la violence policière ne nous effraie pas. Et comme nous l’avons déclaré à nos bourreaux hier, qui restent malgré tout nos concitoyens et qui ont mieux à faire que d’encrasser l’élite de ce pays avec leur matraque, nous ne leur en voulons pas d’avoir obéit aux ordres. Notre combat est indéfectible, c’est celui de la dignité. Et la dignité dicte de punir le maître et pas le chien. Voilà pourquoi nous vous informons, Madame, que nous comptons poursuivre en Justice les responsables de ce drame. Parce qu’il est hors de question qu’il se reproduise dans un Maroc aux élans démocratiques. Et nous exigeons par ailleurs des excuses publiques et médiatisées, de votre part ainsi que du gouvernement. C’est là, vous en conviendrez, la moindre des choses entre personnes civilisées, quand il y a mépris de s’en excuser et quand on prend une décision d’en assumer la responsabilité et les conséquences.

Vous nous avez appris que vous partiez bientôt, voilà pourquoi j’en appelle à votre loyauté, pour laisser derrière vous des réalisations que l’on évoquera à votre souvenir. Madame, les événements tragiques du 25 Mai 2011, resteront une énorme tache noire sur les pages de ce triste Ministère, hélas vierges d’accomplissements. Le dernier plaidoyer peut faire basculer l’issue d’une audience. Je ne vous apprends rien. Aujourd’hui Madame, les médecins en ont gros sur le cœur. Ils l’ont assez murmuré aux oreilles de responsables, confortablement sourds derrière leurs bouchons de cérumen. Ils ont su souffrir sans crier, eux qui sont censés écouter et calmer les cris des souffrants. Aidez nous à réformer ce secteur vital et à le sortir de l’arbitraire et du précaire. Ce ne sont pas des conditions de travail : les médecins en sont malades, et les patients se sont montrés assez patients comme ça.

Madame, j’espère n’avoir pas dépassé les limites du convenable. Je ne peux me permettre de vous manquer de respecter, mais je ne peux pas non plus, Madame, insulter la Dignité.

Docteur Nawfel Chana

Résident au service d’Ophtalmologie A - Hôpital des Spécialités - Rabat

  • Yasmina Baddou en justice pour "violation de la loi"

    Yasmina Baddou, ministre marocaine de la Santé, devrait être poursuivie en justice pour "violation de la loi et atteinte aux droits fondamentaux de l'Homme". Une plainte sera déposée dans ce sens lundi prochain par les directeurs de cinq cliniques privées menacées de fermeture.

  • Attentat de Marrakech : Al Qaïda avait prévenu le Maroc dans une vidéo

    Une vidéo publiée sur internet et attribuée à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avait menacé le Maroc trois jours avant le sanglant attentat du café Argana à Marrakech.

  • Des centaines de journalistes manifestent à Rabat et Casablanca

    Plusieurs centaines de journalistes se sont donné rendez-vous devant les sièges de 2M à Casablanca et de la SNRT à Rabat ce vendredi matin. Les manifestants réclament de meilleures conditions de travail et plus de liberté.

  • Une nuit blanche pour Yasmina Baddou

    La ministre de la santé Yasmina Baddou aurait passé la nuit de mercredi à jeudi devant le siège de la province d'Anfa, à Casablanca, sous une pluie torrentielle, pour être la première à déposer sa candidature aux élections législatives du 25 novembre.

  • Benkirane invite l'Europe à réduire son train de vie

    Le Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a conseillé aux pays européens en crise, de se montrer moins soucieux de leurs "intérêts économiques", lors du Forum mondial de la démocratie devant le Conseil de l'Europe à Strasbourg.

  • Un collectif marocain anti nucléaire s'inquiète

    La centrale nucléaire que le Maroc compte construire entre Safi et Essaouira soulève une forte polémique et suscite une grande inquiétude au sein de la société civile marocaine. "Maroc solaire, Maroc sans nucléaire", un groupe né sur Facebook il y a près d'un mois, sensibilise la population aux dangers du nucléaire.

  • Karim Debbouze aurait menacé l'humoriste Abderraouf

    Karim Debbouze, frère de Jamel Debbouze et gérant de la société organisatrice du Festival international du rire de Marrakech, aurait envoyé un texto à l'humoriste marocain Abderrahim Tounsi alias Abderraouf, le sommant de se taire sur la polémique soulevée par ce dernier dans la presse marocaine, à laquelle il avait indiqué ne pas avoir reçu l'intégralité de son cachet pour sa participation au Marrakech du rire.

  • L'Aïd Al Fitr célébré mercredi 31 août au Maroc

    L'Aïd Al Fitr marquant la fin du mois de Ramadan sera célébré mercredi 31 août au Maroc, vient d'annoncer le ministère des Habous et des Affaires Islamiques.

  • L'heure d'été à dates fixes dès 2012

    Le Maroc est passé dimanche 3 avril à l'heure d'été pour être plus proche de ses partenaires européens, explique Mohamed Saâd Alami, le ministre de la Modernisation des secteurs publics à l'hebdomadaire Tel Quel.

  • Les altercations entre forces de l'ordre et enseignants montent d'un cran

    Une dizaine de blessés, dont plusieurs dans un état grave et cinq tentatives d'immolations, voilà le résultat des affrontements entre des instituteurs du primaire venus de plusieurs régions du Royaume et les forces de l'ordre lors d'un sit-in en date du 1er avril à Rabat. La colère est à son comble.