Madrid refuse de lâcher le Maroc, 11 000 agriculteurs espagnols disent en payer le prix
Le gouvernement espagnol refuse de suspendre l’accord commercial avec le Maroc malgré la crise de Sebta. Une organisation représentant 11 000 agriculteurs accuse en retour Madrid et Bruxelles de sacrifier les producteurs européens, particulièrement face aux tomates marocaines.
Pour le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et le Maroc serait « une immense erreur » et « une véritable absurdité ». Il considère cette relation comme stratégique pour les intérêts économiques et sécuritaires de l’Espagne.
« Le Maroc ne va pas changer de position géographique », a-t-il déclaré mercredi 16 septembre, en appelant au maintien d’une relation « constructive et positive » avec Rabat. Selon lui, cette coopération est indispensable pour gérer les questions migratoires, maintenir la frontière ouverte et organiser le retour des personnes qui ne remplissent pas les conditions d’asile, rapporte EFEAgro.
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Cette position provoque la colère de Coexphal, l’association qui rassemble plus de 140 entreprises agricoles et 11 000 producteurs du sud-est de l’Espagne. Son directeur, Luis Miguel Fernández, accuse les responsables politiques d’utiliser l’agriculture comme « monnaie d’échange » dans leurs relations avec le Maroc.
L’organisation ne rejette pas le principe d’un accord avec Rabat, mais demande des conditions de concurrence identiques. Elle affirme que les contingents prévus pour les tomates marocaines ne sont pas respectés et que les droits de douane correspondants ne sont pas toujours perçus.
Les tomates marocaines au cœur du conflit
Coexphal dénonce également des coûts de main-d’œuvre très différents et assure que les producteurs marocains ne sont pas soumis aux mêmes contraintes phytosanitaires et environnementales que leurs concurrents européens. Ces affirmations, rapportées par Europa Press, sont contestées par le ministre espagnol.
Luis Planas affirme que les produits marocains doivent respecter les normes européennes pour pouvoir entrer sur le marché communautaire. Il souligne également que l’Espagne affiche une balance commerciale favorable avec le Maroc et que plusieurs secteurs espagnols bénéficient directement de cette relation.
Le ministre cite notamment les exportateurs de viande ovine et bovine congelée, ainsi que les pêcheurs de Cadix et de Huelva. Il souhaite d’ailleurs que le protocole de pêche entre le Maroc et l’Union européenne, actuellement suspendu, soit renouvelé « le plus tôt possible ».
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Les producteurs d’Almería estiment néanmoins que l’agriculture européenne paie le prix de cette stratégie. Ils évoquent la disparition progressive de la production de haricots verts pendant l’hiver et la forte diminution des surfaces consacrées aux tomates. Après avoir déjà dénoncé les importations jugées incontrôlées de tomates marocaines, ils redoutent désormais que les concombres et les courgettes suivent la même trajectoire.
Coexphal réclame donc la suspension de l’accord actuel et s’oppose à toute nouvelle concession commerciale au Maroc sans mécanismes de contrôle plus efficaces. Madrid choisit au contraire de préserver un partenariat qu’il juge indispensable, quitte à affronter la colère d’une partie de ses propres agriculteurs.