Maghreb virtuel, jusqu’à quand ?

- 00h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

La mondialisation n’attend personne. Le Maghreb se décidera-t-il pour un espace économique réel ou virtuel ? Pour l’heure, les Africains du nord rêvassent encore ! Pourtant « qui dit globalisation dit régionalisation », commente Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil français d’analyse économique (CAE).

Dans ce contexte, la constitution d’un pôle économique régional est plus qu’une évidence. Des choix s’imposent. La réflexion prospective « Maroc 2030 » lancée par le Haut commissariat au plan (HCP) s’inscrit dans ce sens (Voir encadré). Le but est d’élaborer une feuille de route pour une nouvelle géographie économique au Maghreb.

L’Afrique du Nord est en sursis depuis 30 ans. Les querelles politiques hypothèquent son avenir. « C’est une question de vision mais surtout de volonté », commente le Haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami. La désunion politique a un tribut économique. « L’unilatéralisme des pays du Maghreb face à l’UE affaiblit ses capacités de négociations », souligne l’ex-négociateur au commerce international de l’UE, Tran Van-Thin Paul. Que faire, « face à cette absence de vision commune du futur » ?

Le monde a changé depuis la création de l’UMA en 1989. L’idée est donc de repenser l’intégration maghrébine à travers le codéveloppement. Entreprises et organisations patronales sont en premières lignes. La création, en février 2007 à Marrakech, de l’Union maghrébine des employeurs (UME) est déjà un premier pas. Le secteur privé crée ainsi des liens en développant des intérêts communs (investissement, emploi…)

La création d’une banque maghrébine pour l’investissement et le commerce extérieur renforce à son tour cette intégration. « Une plate-forme régionale réduit les risques d’instabilité financière. L’Europe devrait émettre des emprunts obligataires pour la renforcer », argumente le représentant du CAE.

Toutefois, les réformes du secteur bancaire devraient s’inspirer d’une vision Maghrébine. Les pays européens l’ont déjà démontré. Pas d’union sans concertation.

L’économie nord-africaine est peu diversifiée : agriculture, tourisme, textile, industrie pétrolière. De plus, les exportations sont principalement destinées à l’UE. Les produits maghrébins se trouvent ainsi en « rude concurrence » avec eux-mêmes avant de l’être avec les autres (Chine, Turquie, Inde…). Comment s’en sortir ? Une complémentarité économique s’impose. Alger fournit l’énergie à des tarifs préférentiels. Rabat fait de même en matière de produits agricoles. Promouvoir le tourisme intra-maghrébin est possible aussi…

Les formules ne manquent pas. Evidement, cela suppose au moins la baisse des barrières douanières. « Pas de cohésion sectorielle sans collaboration universitaire », précise Rachid Ben Mokhtar, président de l’université Al Akhawayn. L’insertion dans l’économie de la connaissance est de mise. « La fracture économique va de pair avec la fracture numérique », explique le haut responsable chargé de l’intelligence économique, Alain juillet.

L’information est un atout de compétitivité. Les TIC sont des outils de premier ordre. Là aussi le Maghreb doit faire des efforts pour réduire les écarts. « Formation, recherche et entreprenariat sont donc indissociables », insiste le HCP.

Agence maghrébine de l’eau

La gestion commune des ressources naturelles est garante de la pérennité du codéveloppement. « A l’horizon 2025, la pression sur les ressources met en évidence une géographie contrastée », s’alarme l’ex-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, chargé de l’UMA, Driss Alaoui Mdaghri. Certains pensent même à créer une agence maghrébine de l’eau. D’autres, à mettre en place un couloir d’énergie renouvelable tout au long du détroit de Gibraltar. Mais la question géostratégique de cette intégration économique demeure posée.

Comment le Maghreb doit-il la gérer ? L’espace euroméditerranéen est incontournable. Même si le partenariat entre Nord et Sud soulève des critiques virulentes. Par ailleurs, « le Maghreb est un trait d’union entre le vieux continent et l’Afrique », souligne l’amiral jean Dufourcq, chef de l’académie de recherche de l’Otan. Il doit ainsi bonifier « son rôle de passerelle » vers le continent noir et le Machreck.
L’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) offre aussi des voies d’intégrations. N’oublions pas aussi l’Asie et les Etats-Unis. Les choix sont divers, reste à faire le bon et rapidement. Le risque ? « Devenir des objets géostratégiques au lieu d’être des sujets », prévient le directeur de l’IFRI(1), Dominique David.

Les futurs possibles !

Explorer les futurs possibles ! « Nous avons dégagé trois scénarios sectoriels basés sur des critères comme le poids d’un secteur dans notre économie et son potentiel de développement durable », souligne le Haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami. L’agriculture, le tourisme et l’énergie sortent du lot. Ce sont-là des secteurs stratégiques. Reste à savoir quel type d’ouverture le Maroc devrait adopter ? Trois visions se côtoient : ultra-libérale, maîtrisée (l’Etat a un rôle de régulateur) ou réactive (les mesures sont prises en fonction des conjonctures).

« Le 2e scénario semble le plus adéquat pour notre économie », précise le HCP.

Vaste programme. Trois sessions sont prévues pour y réfléchir. La 1er session du Forum prospective « Maroc 2030 » a réuni, les 12 et 13 mars à Skhirat, les pays euroméditerranéens et latino-américains (Mexique, Colombie, Brésil…). L’Afrique et les pays maghrébins seront présents respectivement à la 2e et la 3e session.

L’Economiste - Faiçal Faquihi

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