Maroc : une étude pour démasquer la corruption
L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de lutte contre la corruption (INPPLC) se prépare à lancer une grande étude sur le phénomène de la corruption dans le secteur de la santé au Maroc. La réalisation de cette étude a été confiée au cabinet Forvis Mazars pour 2,3 millions de dirhams.
Après avoir révélé l’ampleur du phénomène dans sa dernière enquête nationale réalisée en 2022, l’INPPLC lance une vaste étude sur la corruption dans le secteur de la santé au Maroc. L’Instance vient de mandater le cabinet Forvis Mazars pour l’aider à élaborer une cartographie détaillée des risques de corruption dans trois domaines du secteur, à savoir les services de soins et relations citoyens-hôpital (parcours du patient), la chaîne des valeurs des produits de santé, notamment les médicaments et le secteur privé de la santé, et la régulation des cliniques privées et cabinets médicaux, et proposer des actions concrètes afin de restaurer la confiance dans le système de santé national.
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Les chiffres issus de l’enquête nationale menée entre octobre et décembre 2022 sont alarmants. Réalisée auprès de 5 000 citoyens marocains et 1 000 Marocains résidant à l’étranger, elle révèle que 56 % des résidents considèrent la qualité des services de santé comme l’une de leurs trois principales préoccupations.
Plus inquiétant encore, 68 % des citoyens estiment que la corruption est répandue, voire très répandue dans le secteur de la santé, un pourcentage qui grimpe à 76 % chez les Marocains de l’étranger et 75 % chez les entreprises. Concrètement, 17 % des personnes ayant eu contact avec la santé publique ont été confrontées à une demande de pot-de-vin, avec un taux d’incidence de 10 % par contact.
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L’étude révèle aussi le comportement des Marocains face à la corruption. Lorsqu’on leur demande un pot-de-vin, 57 % des citoyens acceptent de payer, tandis que seulement 25 % refusent et poursuivent leur démarche, et à peine 3 % refusent et portent plainte. La santé publique apparaît comme le secteur le plus fréquemment cité en matière d’exposition à la corruption, particulièrement dans les domaines des aides sociales et du recrutement.
Les jeunes de 25 à 34 ans et les personnes ayant un niveau d’instruction moyen sont les plus nombreux à percevoir la corruption comme très répandue dans ce secteur. Du côté des entreprises, les micro-structures se montrent particulièrement critiques, attribuant au secteur de la santé un score moyen de 8,24 sur 10 en termes de corruption.
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Les conséquences de cette corruption sont désastreuses pour l’ensemble du système de santé. Elle compromet l’accès aux soins, détériore leur qualité, crée des inégalités et nuit à l’efficacité globale des services. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : un cadre législatif insuffisant, la multiplication des intervenants sans coordination claire, un système de contrôle défaillant et une offre de services limitée.
La corruption se manifeste sous deux formes principales : la petite corruption quotidienne comme les pots-de-vin, et la grande corruption qui touche les marchés publics, les décisions stratégiques et l’attribution des autorisations. Face à l’urgence de la situation, la mise en œuvre rapide des recommandations du Nouveau Modèle de Développement devient une priorité pour répondre aux attentes de la population, particulièrement des jeunes, et atteindre les objectifs fixés pour 2035.