GenZ 212 au Maroc : les défaillances du secteur de la santé mises à nu
Rachid Hamouni, le président du groupe du Parti du progrès et du socialisme (PPS, opposition) à la Chambre des représentants, a dressé un tableau peu reluisant du secteur de la santé au Maroc, notant une prolifération des cliniques privées au détriment des hôpitaux publics qui se meurent.
Intervenant devant la commission des secteurs sociaux (CSS), Hamouni a indiqué que « la langue des chiffres ne trompe pas : un groupe de cliniques privées coté en bourse [fondé en 2011 et qui opère désormais un réseau qui dépasse quarante établissements] a connu une croissance historique, surpassant l’industrie automobile et les banques, en générant plus de deux milliards de dirhams en six mois ». Le député du parti d’opposition a rappelé que « durant ce même semestre, plus de quarante établissements ont surgi, dotés de médecins et d’équipements comparables à ceux d’un centre hospitalo-universitaire, tandis que des hôpitaux publics ont été annoncés sans jamais être achevés ».
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Pour le parlementaire, « le gouvernement a exploité la loi sur l’investissement au bénéfice des cliniques privées ». Pendant ce temps, « le secteur public demeure enlisé dans une lenteur accablante », déplore Hamouni qui a regretté que « ce modèle, qui aurait dû inspirer l’hôpital public, n’ait été appliqué qu’au privé ». « Au lieu d’ériger des hôpitaux dans les régions reculées, ce sont Casablanca et Rabat qui voient surgir de nouvelles cliniques, au détriment des zones délaissées », s’est-il insurgé, avant de se demander : « au profit de qui bloque-t-on la réforme, sinon de ceux qui tirent avantage de la défaillance du public ? ».
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Le député PPS a en outre affirmé que « l’opposition n’a jamais perçu le moindre signe de réceptivité aux avertissements lancés sur l’état du secteur », accusant la majorité de « se contenter de répéter des expressions comme “non précédentes”, comme s’il s’agissait d’exploits indiscutables, alors que la réalité démontre le contraire ». Il a poursuivi en précisant que « le ministre de la Santé, lorsqu’il se présente seul devant le Parlement, subit des critiques de toutes parts, issues aussi bien de l’opposition que de la majorité ». En revanche, « la présence du chef du gouvernement pour traiter du même sujet ne soulève aucune objection dans les rangs majoritaires », a-t-il relevé.
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Hamouni n’a pas manqué d’évoquer les récentes manifestations des jeunes du GenZ 212, soulignant que « les défaillances de la santé s’accumulent depuis de longues années, liées à des contraintes législatives, financières et humaines », ce qui « a conduit le roi Mohammed VI à appeler à une refonte intégrale de la structure sanitaire ». Le député de l’opposition a invité le gouvernement à privilégier « le dialogue et l’écoute » et à éviter « l’interdiction ou la répression », exhortant par ailleurs les jeunes à ne pas commettre des actes délictuels lors de leurs manifestations. « Seul le caractère pacifique des protestations permet de préserver la légitimité et la crédibilité des revendications ».