Maroc : sous pression, le gouvernement passe à l’action après la vague GenZ 212
Le gouvernement d’Aziz Akhannouch a été contraint à apporter des réponses concrètes aux revendications (santé, l’éducation et la lutte contre la corruption) du collectif de la jeunesse marocaine « GenZ 212 ».
Après la contestation populaire, le discours du roi Mohammed VI devant le Parlement, le gouvernement pose enfin des actes concrets. Aziz Akhannouch a exhorté ses ministres à améliorer la coordination avec l’Institution du Médiateur du royaume, dans une démarche visant à montrer que l’État écoute les citoyens et réagit à leurs plaintes, révèle Jeune Afrique. Son gouvernement a été interpellé par une avalanche de questions orales directement inspirées des slogans des manifestants dans la rue. Le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, en a reçu 11. Lors de son intervention, il a reconnu l’existence « d’erreurs » dues à l’absence de données précises et fiables au sein du ministère. Il a lui-même qualifié l’absence d’évaluation des programmes précédents d’« inacceptable », avant de présenter une série d’engagements chiffrés. Il s’agit de la réduction du taux d’échec scolaire au collège de 50 %, du maintien de 14 000 élèves supplémentaires dans les établissements scolaires, de la recherche de solutions pour 1,5 million de jeunes sans formation ni emploi, ainsi que du traitement de la crise du transport scolaire.
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De son côté, le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, a présenté un bilan de son secteur. Il a annoncé une augmentation de 83 % du nombre de diplômés des facultés de médecine entre 2021 et 2025, la création de 6 500 postes d’emploi et une hausse globale de 30 % du nombre de fonctionnaires et l’ouverture de quatre nouvelles facultés de médecine. Son département prévoit d’achever le réseau hospitalier avec plusieurs centres hospitaliers universitaires d’ici 2027. Il a reconnu le profond mécontentement ressenti par la majorité des usagers des hôpitaux publics, imputant cela au manque de « professionnalisme et de spécialisation » de plus de 70 % des entreprises de sécurité, de nettoyage et d’accueil, fait savoir la même source. Il s’est donc engagé à renforcer le contrôle et à imposer des normes minimales à ces marchés sensibles. Pour sa part, la secrétaire d’État chargée de la réforme administrative, Amal El Fallah Seghrouchni a annoncé la refonte de la stratégie nationale de lutte contre la corruption à travers un atelier de coordination avec l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, afin d’identifier les failles du plan adopté en 2015.
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Le gouvernement s’attaque aussi au secteur du logement. Fatima Zahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, a fait savoir que 36 576 jeunes Marocains de moins de 40 ans avaient bénéficié du programme d’aide directe au logement lancé en 2024. La valeur immobilière totale des bénéficiaires dépassait 15,2 milliards de dirhams, soutenue par l’État à hauteur d’environ 2,9 milliards de dirhams, a-t-elle précisé, ajoutant que la plateforme numérique du programme avait reçu 166 680 demandes, dont 63 % émanant de jeunes de moins de quarante ans. Se prononçant sur les retards dans le traitement des permis de construction, elle a expliqué que « les documents d’urbanisme ne sont pas de simples plans techniques, mais visent à organiser le développement des villes et des territoires et à offrir un cadre de vie décent aux citoyens ». Environ 90 % des communes du royaume disposent d’au moins un document d’urbanisme, a assuré la ministre, soulignant l’adoption de 405 documents depuis le début de sa prise de fonction.
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La mort à l’hôpital public d’Agadir de huit femmes enceintes admises pour césariennes est à l’origine du déclenchement de ces manifestations sociales. Les troubles ont fait 3 morts et 400 blessés à travers le pays. Des incidents isolés de pillage et d’incendie ont été signalés dans certaines villes. Plus de 400 personnes avaient été arrêtées à travers le Maroc pour des actes de vandalisme liés aux manifestations. Certaines d’entre elles ont été placées en garde à vue pour enquête. Un tribunal d’Agadir a infligé une peine totale de 162 ans de prison à 17 accusés pour vandalisme. Ces troubles sont les plus importants depuis les manifestations du Printemps arabe de 2011. Ils sont également les plus violents depuis les manifestations de 2016 dans la région du Rif. « Gen Z 212 » a vu ses abonnés passer de 3 000 à plus de 200 000 sur Discord, plateforme de lancement du mouvement.