Le Maroc gagne du terrain au Sahel, l’Algérie tente de reprendre la main

- 16h00 - Maroc - Ecrit par : Nadia El Aoudani

L’Algérie cherche à reprendre pied au Sahel, où l’insécurité frontalière se double d’une rivalité avec le Maroc et les Émirats. Une enquête du Financial Times décrit un pouvoir inquiet de voir ses concurrents gagner en influence, tandis que ses voisins affrontent des groupes armés.

Protéger ses frontières, soutenir ses partenaires et préserver son influence : Alger multiplie les réponses aux bouleversements du Sahel. Le Financial Times décrit, dans une enquête publiée le 6 octobre, des dirigeants qui redoutent autant la progression des groupes djihadistes que celle d’acteurs perçus comme hostiles, notamment le Maroc et les Émirats arabes unis.

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« Ils ont le sentiment croissant d’être encerclés par des acteurs potentiellement hostiles », explique au quotidien britannique Yvan Guichaoua, chercheur au Bonn International Center for Conflict Studies. Au sud, les avancées des groupes armés au Mali exposent les frontières algériennes. Alger craint aussi que les revendications séparatistes des insurgés touaregs maliens trouvent un écho parmi ses propres populations touarègues.

Cette inquiétude a accompagné un rapprochement avec les régimes sahéliens, après plusieurs années de tensions. Le 30 août, quatre chasseurs Su-30 et un ravitailleur ont atterri à Niamey. Le ministère algérien de la Défense présentait cette mission de soutien au Niger comme une réponse à la demande des autorités locales, après une tentative de déstabilisation.

Les appareils sont restés plusieurs jours au Niger avant de regagner le sud algérien, indiquent deux diplomates occidentaux au FT. Le 3 octobre, Abdelmadjid Tebboune a justifié leur envoi en dénonçant une « provocation » d’un acteur non désigné. Il a également affirmé son soutien au Mali et au Niger dans la lutte contre le terrorisme.

Rabat et Abou Dhabi dans le viseur d’Alger

Pour Alger, la sécurité du Niger recouvre aussi des intérêts économiques. Le pays se trouve sur le tracé du gazoduc transsaharien, destiné à relier le Nigeria à l’Algérie. Tebboune défend ce corridor face au projet concurrent porté par le Maroc et le Nigeria, tourné vers la façade atlantique.

Le FT relève les préoccupations algériennes devant les gains d’influence marocains en Afrique de l’Ouest et le renforcement des liens militaires et de renseignement entre Rabat et Israël. La présence russe complique encore la situation : un diplomate à Niamey explique qu’Alger cherche à présenter son soutien comme plus respectueux des autorités locales que celui des paramilitaires russes.

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Avec les Émirats, la confrontation a débouché sur une rupture diplomatique. Tebboune accuse Abou Dhabi de chercher à « contrôler » l’Algérie. Mais aucune preuve d’une implication émiratie dans la tentative de coup d’État au Niger n’a été présentée, souligne le FT. Alger n’a pas directement formulé cette accusation.

Le ministère émirati des Affaires étrangères avait pris acte de la décision algérienne le 10 septembre dernier. Dans son communiqué, il souhaitait une rupture temporaire et réaffirmait son attachement aux liens entre les deux peuples.

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