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L’incroyable boom des investissements arabes

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29 septembre 2007 - 19h30 - Economie

Une pluie de capitaux arabes s’abat sur le Maroc. Cru exceptionnel en 2006. C’est ainsi que « soixante-seize projets, d’un investissement global de 62 milliards de DH et 30.703 emplois directs ont été enregistrés », selon le directeur des Investissements extérieurs, Hassan Bernoussi. Les capitaux arabes ont occupé la première place avec plus de 17 milliards DH et une création d’emplois 11 fois supérieure à celle enregistrée en 2005. Une frénésie qui semble continuer sur sa lancée depuis le début de l’année… « Pour 2007, les intentions d’investissement provenant des pays de Golfe sont de 20 milliards », souligne le directeur des Investissements. Qu’est-ce qui explique l’engouement de ces investisseurs ?

Il y a d’abord les réformes entreprises par le Royaume. La « politique des grands chantiers » provoque des échos à l’étranger. On peut citer parmi eux le port de Tanger-Med, l’aménagement de la vallée de Bou Regreg, Casa Offshore….

La plupart de « ces projets structurants vont arriver à maturation entre 2008 et 2010. L’engouement des investisseurs provient en partie de cette dynamique », précise Jamal Ba Amer, président du Club des investisseurs arabes. Cette armada de projets vise à positionner le Royaume comme plate-forme d’exportation vers les pays européens et africains. Pour y parvenir, d’autres mesures ont été enclenchées.

C’est le cas du programme Génie, lancé pour alimenter les secteurs à haute technicité. Il vise ainsi à livrer 10.000 ingénieurs d’ici à trois ans. Il y a aussi le Plan Azur 2010 et le boom immobilier qui l’accompagne. Accueillir 10 millions de touristes, c’est d’abord les loger. La refonte financière d’établissements comme le CIH ou l’Office chérifien des phosphates pousse à penser que l’Etat veut jouer la carte de la transparence. Ce qui ne laisse pas indifférent les bailleurs de fonds. La ventilation sectorielle des projets approuvés en 2006 fait ressortir une prédominance du secteur du tourisme (voir Infographie). En tête des régions d’accueil des investissements figure Marrakech-Tensift-Al Haouz avec 18,82 milliards de DH.

Elle est suivie de Tanger-Tétouan (13,4 milliards DH) puis Souss Massa Drâa (3,5 milliards DH) et Doukkala Abda (2,8 milliards DH). A noter que c’est la commission interministérielle des investissements qui étudie et approuve les projets éligibles à la signature d’une convention ou ceux dont le coût dépasse les 200 millions de dirhams.

Les propos du PDG de Somed (groupe maroco-émirati), Mouatassim Belghazi, versent dans ce sens. « Le Maroc a des atouts qui séduisent les investisseurs. Il a globalement un cadre macroéconomique relativement stable : inflation maîtrisée, déficit budgétaire contenu… »

Effet boule de neige

En 2006, les « performances » de l’économie nationale ont été soutenues par une année agricole exceptionnelle (90 millions de quintaux de blés) et un flux d’investissement majeur. Le gouvernement Jettou n’a pas manqué de la souligner lors de son bilan. L’année dernière, le déficit budgétaire a oscillé entre 1,6 et 1,8%.

Les analystes tablaient sur 2,3%. Le taux de chômage a été ramené à 9,1%. Un chiffre qui n’a pas manqué d’ailleurs de déclencher une polémique sur les bases du calcul. Quant à l’inflation, elle a été contenue à moins de 3%. Le Maroc a renfloué ses réserves en devises à hauteur de 21 milliards de dollars. Les recettes fiscales de la TVA ont augmenté de 20% de la TVA. La consommation a battu son plein. Elle a été « boostée par le lancement de grandes surfaces, l’installation des grandes marques, franchises.... », commente l’ex-Premier ministre, Driss Jettou. Le tourisme et les transferts des MRE ont généré des recettes de 12 milliards de dollars.

Même analyse chez les hommes d’affaires nationaux. C’est le cas du PDG de Jet Group, Karim Amor. Sa société a d’ailleurs signé un partenariat dans l’immobilier avec les Bahreïnis de Real Capita.

« Le Maroc a démontré à la communauté internationale sa capacité à opérer une remise en question. Il met à niveau ses infrastructures, sa politique sociale, économique… », précise-t-il.

11 Septembre

La géopolitique a joué également. Cynisme ou pas, la tragédie du 11-Septembre a livré son lot de bienfaits… économiques ! « Les mesures antiterroristes ont contribué à la réallocation d’une partie des actifs initialement investis dans les pays européens et américains vers les pays arabes », précise les financiers Kamal Sebti et Hassan Matai.

Les deux experts s’y connaissent, vu leur grande expérience dans ce milieu. « Les pays du Moyen-Orient bénéficient aujourd’hui de revenus pétroliers sans précèdent et cherchent des investissements alternatifs à l’Occident, particulièrement après les sueurs froides du 11-Septembre », avancent pour leur part le PDG de Jet Group et de Somed. La mésaventure financière, vécue par Dubai Ports World, marque encore les mémoires.

La firme émiratie a fini par abandonner son projet d’acquisition de 6 ports américains. Le Congrès, fortement opposé à cette transaction, a brandi plusieurs prétextes : sécurité nationale, patriotisme économique. La société dubaïote a fini par revendre ces ports. Cet épisode montre pourquoi les capitaux arabes se tournent vers d’autres destinations.

« Grâce aux revenus pétroliers, nous avons d’immenses liquidités. Il est normal de les placer dans les pays arabes plutôt qu’ailleurs », précise Essam Janahi, président du groupe bancaire bahreïni Gulf Finance House (GFH). Et ce sont les pays musulmans qui en ont surtout profité.

Leur marché est composé près d’un milliard de consommateurs. « Les échanges commerciaux entre les pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) ont dépassé les 100 milliards de dollars en 2004. Il devrait s’accroître de 20% d’ici à 2015 », a estimé le directeur général du Centre islamique de développement du commerce (CIDC), Allal Rachdi. Une prévision qui laisse supposer que les investissements entre pays arabes et/ou musulmans iront crescendo.

Pécule et confession

Les affinités religieuses sont un maillon de l’engouement des investisseurs arabes. Le Maroc est un pays sunnite à l’instar des six monarchies du Golfe. Les chiites, majoritaires au Bahreïn, ne représentent que 12% des 24 millions d’habitants des pays du Golfe (Bahreïn, Arabie Saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït et Oman).
Dans ce contexte, « les liens diplomatiques entre le Maroc et les pays du Golfe sont au beau fixe », avancent les dirigeants du Consortium maroco-koweitien de développement (CMKD). Ce qui n’a pas toujours été le cas avec des pays voisins, chiites de surcroît, comme l’Iran. L’histoire regorge d’exemples de rivalité entre Perses et Arabes. En Irak, la situation actuelle exacerbe à son tour les tensions entre chiites et sunnites.

Golfe : Les émissions d’actions quintuplées

D’après une étude du cabinet Trowers and Hamlin, en 2006 les émissions d’actions nouvelles ont « plus que quintuplé sur les marchés financiers du Golfe par rapport à l’année précédente ». Les entreprises de la région ont émis, de juillet 2005 à juin 2006, pour 14,7 milliards de dollars de droits de souscription. Elles ont permis « d’acquérir des actions nouvelles lors d’une émission d’actions secondaire, contre 2,64 milliards sur la même période de 2004/05 », précise l’étude.

Les augmentations de capital font de plus en plus concurrence aux traditionnels emprunts bancaires. Cette forte demande est le signe d’une solide confiance des investisseurs envers les marchés financiers du Golfe. Elle leur permet d’investir leurs pétrodollars dans les marchés locaux et pas seulement à l’étranger.

L’Economiste - Faiçal Faquihi

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