Maroc : Réparer les hymens en secret

- 20h30 - Maroc - Ecrit par : L.A

Une gynécologue marocaine, qui souhaite garder l’anonymat, pratique depuis un peu plus d’un an la réfection d’hymen à Casablanca. Elle revient sur la pratique de cette intervention dans son pays, où les femmes en bénéficient le plus souvent dans le plus grand secret.

Sur Internet, le Dr E. fait notamment la publicité des opérations de chirurgie intime qu’il pratique. La réfection de l’hymen figure en première place des interventions proposées par ce chirurgien de Casablanca. De quoi contraster avec les gynécologues-obstétriciens du pays qui pratiquent discrètement l’hyménoplastie. Afrik a pu interroger l’un d’entre eux, qui opère en clinique pour « entre 2000 et 3000 dirhams ».

Depuis qu’elle a quitté la France, où elle a appris cette intervention, Dr Inès Berrada* a permis à une dizaine de femmes d’avoir un hymen comme neuf en prévision d’un mariage. Elle nous fait part de son expérience.

Pourquoi avez-vous décidé de pratiquer cette intervention ?

Pour répondre aux souffrances des femmes qui ne peuvent pas se marier si elles ne sont pas vierges. Même si elles vivent une réelle histoire d’amour, elles sont capables de rompre parce qu’elles ne sont pas vierges. Et ce, sans même en parler au partenaire. Elles font un véritable blocage. Mais pourquoi devrait-on priver ces femmes de faire leur vie ? Quand je suis rentrée au Maroc, jamais je n’aurais pensé que l’hymen pouvait être aussi important pour elles.

Comment avez-vous réagi en apprenant l’existence de l’hyménoplastie ?

Au départ, je pensais que c’était de la torture, mais je suis médecin et je me dois de répondre à la souffrance. Je voulais sauver les femmes sur le plan psychologique. On essaye bien de leur faire une petite thérapie, de les convaincre que refaire l’hymen n’est pas si important... Mais cela ne marche pas à cause du poids de la tradition.

Comment se passent les consultations ?

Les filles sont très angoissées. Se faire opérer est très important pour elles, alors que pratiquer l’intervention représente pour nous une bricole tant elle est simple. Généralement, elles viennent accompagnées d’une copine. Quelquefois, des mères viennent mais c’est exceptionnel.

La pratique de l’hyménoplastie est-elle légale au Maroc ?

Les IVG sont interdites, mais je ne pense pas que ce soit le cas des hyménoplasties, que l’ont fait rentrer dans la plastie du périnée. Mais on ne crie pas sur les toits que l’on fait cette opération par respect des patientes, qui disent bien qu’elles ne veulent pas que cela se sache.

Vous est-il arrivé de refuser des hyménoplasties ?

Une fois, une nana est venue et elle avait un cicatrice médiane et des vergetures au niveau du ventre. Je lui ai demandé ce que c’était et elle m’a répondu qu’à 17-18 ans elle avait été enceinte de trois ou quatre mois et qu’elle avait fait une IVG. Je lui ai dit qu’à ce stade on n’ouvre pas le ventre. Le bébé devait avoir en réalité six ou sept mois. Quand elle m’a dit ça, jamais je n’ai détesté quelqu’un comme ça. J’ai refusé de l’opérer parce que j’ai trouvé ce qu’elle avait fait criminel et qu’en plus elle venait faire une hyménoplastie plus de dix ans après pour embobiner quelqu’un d’autre. J’ai aussi refusé d’opérer une femme enceinte qui voulait une hyménoplastie. Quel toupet ! Non seulement elle est enceinte, mais elle veut faire croire qu’elle est vierge !

Afrik.com - Habibou Bangré

* Son nom a été changé

  • Le ramadan, un marathon pour les Marocaines

    Etre performante au travail, s'occuper des enfants, préparer de quoi nourrir sa petite famille… Ce n'est pas facile en temps normal. Ça l'est encore moins le ventre vide. Cependant, les femmes qui observent le ramadan se débrouillent, tant bien que mal. Explications de Nezha Alaoui, présidente de l'Union de l'action féminine, une association marocaine.

  • Divorcer ? Pourquoi pas !

    Elles sont de plus en plus de femmes à préférer le divorce à un mariage tronqué. Quitte à supporter le regard peu amène que porte sur elles la société. L'histoire d'amour de Dalila et Saïd a commencé devant la porte du lycée, pour durer quelques belles années et se concrétiser par un mariage.

  • Hymen recousu, honneur sauvé

    Pour pouvoir se marier, Hayat, jeune femme musulmane de la région parisienne, a reconstitué sa virginité. Un témoignage qui prend tout son sens, alors qu'un tribunal de Lille vient d'annuler une union pour « mensonge » sur chasteté.

  • Les Marocaines déterminées à peser sur la vie politique

    Si la législation marocaine réserve déjà à la gent féminine 10% des sièges qui seront attribués vendredi à l'occasion des élections législatives, les militantes estiment que le royaume doit poursuivre sa marche vers la parité en politique.

  • Comment s'habillent les Marocaines

    Un début de matinée qui s'annonce mouvementé. Le quartier du Mâarif n'échappe pas à son ambiance habituelle. Des vendeurs de cassettes et autres CD audio élèvent d'un cran cette ambiance, donnant ainsi à cet espace un air de fête.

  • Recul de la représentation féminine au parlement marocain

    Un nombre moins important de femmes ayant été élu au parlement lors des élections législatives de 2007 que lors des élections de 2002, nombre de personnes se posent la question de la représentativité des femmes dans la politique du pays.

  • Ces filles qui se refont une virginité à l'hôpital

    « Si je n'avais pas été vierge le jour de mon mariage, ma famille m'aurait tuée », martèle Myriam, 20 ans, qui a épousé cet été un Marocain au village de ses parents. Elle se défend d'exagérer, raconte les coups et les claques, évoque des cousines retenues à la maison ou renvoyées au bled pour avoir fréquenté un garçon : elle tremblait d'être découverte. Entendant parler de la réfection d'hymen, elle n'a pas hésité. Elle s'est rendue dans un hôpital du nord de Paris, a supplié le médecin... qui a cédé. Grâce à une simple opération, elle a taché de sang le drap lors de son mariage, sauvant « l'honneur de la famille ».

  • Maroc : Les enfants nés sous X, l'omerta

    Quatre mères sur cinq qui abandonnent leurs enfants sont célibataires. C'est là une réalité marocaine. Comme le sexe hors mariage l'est aussi. Des jeunes filles et des femmes se retrouvent enceintes, se cachent, accouchent et abandonnent leurs bébés. Certaines les tuent, d'autres les jettent dans des poubelles quand d'autres les vendent moyennant une somme dérisoire. Un marché pour les bébés dont bénéficient des mères stériles et des intermédiaires qui en ont fait une profession.

  • Les lois Sarkozy, un tue l'amour ?

    Un jeune français nous raconte son parcours du combattant pour s'unir à une marocaine. Le durcissement des lois françaises relatives à l'immigration et à l'intégration vient alourdir les démarches liées au mariage avec un étranger. Zoubair, jeune français d'origine berbère, est tombé fou amoureux d'une belle marocaine, Sahra. Le jour où il s'est décidé à faire sa demande coïncide avec le début d'une vraie galère administrative.

  • Marocaines, elles ont décidé d'habiter seules

    De plus en plus de femmes célibataires et financièrement indépendantes font le choix d'habiter seules. Selon le recensement de 2004, 3,5 millions de femmes de 15 ans et plus et 530 000 femmes de 25 à 29 ans étaient célibataires. Un facteur qui a sans doute encouragé ce choix. Malgré l'évolution des mœurs, le regard porté sur ces femmes reste négatif.