Marocains, où va votre argent

- 21h32 - Maroc - Ecrit par : L.A

Que dépensent les Marocains, donc que consomment-ils ? Quels sont les produits qui pèsent encore lourd dans le panier (progressivement remplacé par le caddy) de la ménagère ? Qui consomme quoi, c’est-à-dire quel type de dépenses effectue chaque couche sociale ?...

Autant de questions auxquelles il est désormais possible de trouver des réponses actualisées, grâce à l’enquête nationale sur le niveau de vie des ménages, réalisée par le Haut commissariat au plan (HCP) en 2007, et dont certaines grandeurs, notamment le taux de pauvreté ont été publiées la semaine dernière.

Entre 2001 et 2007, la dépense annuelle moyenne par ménage est passée de 49.333 DH à 57.925 DH, soit un accroissement annuel moyen de 2,7%. La décomposition de cette dépense par milieu de résidence montre que c’est en milieu rural où l’évolution a été la plus importante : +4,1% soit une dépense de 43.334 DH contre 33.994 en 2001. Normal, puisque le dénominateur y est plus faible. En milieu urbain, la dépense annuelle moyenne par ménage était déjà de 58.900 DH en 2001, elle passe à 66.723 DH en 2007, soir une progression de 2,1%.

On retrouve la même configuration s’agissant de la dépense annuelle moyenne par personne : +5,1% en accroissement annuel moyen entre 2001 et 2007 au niveau national (soit 11.222 DH contre 8280 DH), alors qu’en milieu rural cette évolution a été de 6,6% (7752 DH contre 5288 DH) et en milieu urbain de 4,5% (13.894 DH contre 10.642 DH).

Moins de céréales, plus de produits laitiers

Quel type de biens et services ces dépenses permettent-elles d’acquérir ? Très « logiquement », l’alimentation constitue, et de loin, le premier groupe de dépense des Marocains. En effet, chaque Marocain consacre annuellement 4553 DH en moyenne pour se nourrir, soit 379,40 DH par mois (ou encore 12,65 DH par jour). En 2001, cette dépense était de 3418 DH, soit 284,80 DH par mois. Cela représente donc une évolution de la dépense alimentaire annuelle moyenne de 4,9%. Faut-il répéter qu’il s’agit là de moyennes, et celles-ci, on le sait, cachent des réalités diverses.

Mais le plus important en réalité, ce sont les changements qui ont affecté la structure même des dépenses alimentaires. Et cela traduit bien évidemment une évolution des habitudes alimentaires en liaison avec l’amélioration du niveau de vie. En effet, dans les dépenses du Marocain, les céréales représentent aujourd’hui le troisième groupe de produits avec 17,9% des dépenses, contre 20,4% en 2001 et 23,1% en 1985. Dans le même temps, les dépenses dédiées à la viande et aux volailles ne cessent de progresser, passant de 21,4% en 1985 à 22,7% en 2001 puis à 25,1% en 2007.

Les fruits et légumes, qui constituaient le troisième poste de dépenses par le passé, sont passés à la deuxième place avec 19,4% des dépenses, contre 16,9% en 1985. En revanche, les corps gras, le sucre et les produits sucrés, souvent consommés par les couches les moins aisées, voient leur poids quelque peu diminuer dans les dépenses alimentaires.

C’est surtout le cas du sucre et des produits sucrés qui ne représentent plus que 4,1% des dépenses en 2007, contre 4,4% en 2001 et 6,8% en 1985, et, à un degré moindre, des corps gras avec respectivement 8,9%, 8,6% et 9,2%. Les produits laitiers et les œufs, bien que représentant encore peu dans les dépenses des ménages, voient leur part augmenter, en passant de 6,6% en 1985 à 7,7% en 2001, puis à 8,1% en 2007. Quant aux poissons, très peu de dépenses leur est consacrée, sans doute pour des raisons de prix et de distribution : 2% en 1985, 2,7 % en 2001 et 3,7% en 2007.

En plus de deux décennies, la consommation des produits de la mer ne paraît pas avoir évolué significativement. Et à propos de poisson justement, les 20% les plus aisés y consacrent 4,8% de leurs dépenses, contre 2,8% pour les 20% les plus démunis. Et a contrario, le quintile le plus aisé ne dépense que 3,1 % pour le sucre et les produits sucrés, alors que le quintile le plus démuni y met 6,6% de ses dépenses. Les produits les plus chers et qui répondent aux normes sanitaires et/ou esthétiques étant évidemment davantage consommés par les ménages aisés que les ménages démunis.

Et ce n’est pas un hasard si les céréales sont davantage consommés dans le milieu rural (19,8% des dépenses) que dans le milieu urbain (16,7%) ; le rural étant le lieu de concentration des ménages les plus démunis.

Les dépenses d’énergie augmentent, celles de l’habitat reculent
Après l’alimentation, le deuxième poste de dépenses des Marocains, comme en 2001 d’ailleurs, c’est l’habitation et l’énergie : 2272 DH par personne et par an en 2007, contre 1831 DH en 2001. Et ce classement est valable aussi bien en milieu urbain (2937 DH contre 2400 DH) qu’en milieu rural (1408 DH contre 1110 DH).

Cela paraît bien cadrer avec « la fièvre acheteuse » que connaît le secteur de l’immobilier et les augmentations du tarif de l’électricité, en particulier dans les grandes villes (si toutefois, par énergie, le HCP vise principalement la facture d’électricité).

Mais dans ce groupe de dépenses, et comme on peut facilement le deviner, les dépenses d’habitat sont les plus importantes (63,2%) par rapport à celles dédiées à l’énergie (36,8%). Fait intéressant à relever, quoique encore importantes en 2007, les dépenses d’habitat ont tout de même régressé par rapport à celles révélées par l’enquête de 2001 où elles représentaient 69%.

Peut-être, faudrait-il expliquer cela par le recul significatif des taux d’intérêt appliqués au logement de manière générale, et à la promotion du logement social en particulier. A contrario, les dépenses d’énergie ont, elles, augmenté en passant de 31% en 2001 à 36,8% en 2007 ; et cette hausse a concerné aussi bien le rural que l’urbain. Le troisième groupe de biens et services que consomment les Marocains, contrairement à 2001, ce sont les transports et communications : en moyenne, 1311 DH par personne et par an en 2007, contre 617 DH en 2001. La progression est très importante : plus que le double (112,4% exactement).

Et le phénomène concerne aussi bien le rural que l’urbain où ces évolutions ont été respectivement de 136,5 % et 104,5 %. La décomposition de ce groupe de produits et services montre que les dépenses liées au transport sont plus importantes (75,8% en 2007 contre 73,8 % en 2001) que celles dédiées à la communication (24,2 % en 2007 contre 26,2 % en 2001).

Là encore, l’enquête du HCP nous donne à voir que si les dépenses de transport ont augmenté entre les deux périodes considérées, sans doute en raison de la hausse des prix des carburants, celles affectées à la communication, en revanche, ont, elles, baissé ; ceci résultant, comme chacun a le loisir de le constater, de la baisse continue à la fois des appareils téléphoniques et des tarifs de communications, en particulier.

Mais comme à peu près pour tous les groupes de produits et services (à l’exception notable de l’alimentation, de l’habitation et de l’énergie), ce sont les 20% les plus aisés qui dépensent plus en transport et communication (17%), que les 20% les plus démunis qui, eux, n’y consacrent que 4,5%. Plus généralement, en effet, la concentration de la masse des dépenses de consommation en 2007 est restée la même qu’en 2001 : 48,1% de ces dépenses est le fait des 20% les plus aisés, tandis que les 20% les plus démunis n’y participent que pour 6,5%.

Hygiène et soins médicaux : 809 DH par an et par personne
Quatrième groupe de produits et services où vont les dépenses des Marocains, l’hygiène et soins médicaux : 809 DH en 2007 contre 627 DH en 2001 en moyenne par personne et par an. Exprimé comme cela, le niveau de cette dépense est évidemment insignifiant : 67,40 DH par mois et par personne. En fait, c’est le niveau de dépense pour ces produits dans le milieu rural (490 DH en 2007 contre 298 DH en 2001) qui a tiré vers le bas le niveau moyen.

Car, dans le milieu urbain, ces dépenses sont passées de 886 DH par personne et par an en 2001 à 1056 DH en 2007. L’accès aux soins étant évidemment plus facile en ville que dans les campagnes !

Le cinquième groupe de dépenses n’étant pas détaillé (l’enquête du HCP se contente de le désigner sous l’intitulé de « autres dépenses de biens et services »), citons ici le sixième groupe qui comprend l’enseignement, la culture et les loisirs : 491 DH par an et par personne en 2007, contre 300 DH en 2001. Comme ailleurs, l’évolution est perceptible, tout en étant, on s’en doute bien, plus marquée dans le milieu urbain (722 DH, contre 462 DH) que dans le milieu rural (192 DH, contre 96 DH en 2001). Une fois de plus, et comme le commente le HCP lui-même, cette enquête met au jour l’amélioration du niveau des dépenses de façon globale, mais dans le même temps révèle une stagnation dans la répartition inégale de ces mêmes dépenses.

Source : La vie éco - Salah Agueniou

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