Des Marocains paient des milliers d’euros pour travailler en Italie… puis tombent dans les filets de l’« agromafia »
Des candidats au départ recrutés au Maroc versent parfois des milliers d’euros pour obtenir un travail légal en Italie. Une fois endettés, certains découvrent que l’emploi promis n’existe pas et deviennent dépendants des mêmes intermédiaires qui ont organisé leur arrivée.
Le système italien d’exploitation de la main-d’œuvre agricole ne commence plus nécessairement dans les champs. Les réseaux chargés de recruter les travailleurs remontent désormais jusqu’à leur pays d’origine, notamment le Maroc.
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C’est ce que décrit la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) dans une nouvelle analyse consacrée à l’emprise du crime organisé sur l’agriculture italienne. L’organisation cite explicitement le Maroc parmi les pays où des intermédiaires recherchent de futurs travailleurs, aux côtés du Pakistan, de l’Inde et du Bangladesh.
La promesse faite aux candidats est particulièrement attractive : entrer légalement en Italie pour travailler grâce au « Decreto Flussi », le dispositif qui permet chaque année à des travailleurs non européens d’obtenir une autorisation dans le cadre des quotas fixés par Rome.
Mais l’accès à cette promesse peut coûter très cher. Selon GI-TOC, de nombreux candidats versent des milliers d’euros en commissions et frais d’intermédiation. Ils commencent ainsi leur parcours avec une dette importante, avant même d’avoir atteint l’Europe.
L’emploi promis peut ne jamais exister
Le mécanisme peut aller beaucoup plus loin qu’une simple commission abusive. En 2024, les autorités italiennes ont démantelé un réseau qui utilisait le système des « click days », durant lesquels les demandes de permis de travail sont déposées en ligne, pour envoyer des milliers de demandes frauduleuses.
Dans cette affaire, des migrants auraient payé jusqu’à 2 000 euros pour obtenir une place dans le dispositif. Une fois arrivés au bout de la procédure, certains découvraient que l’entreprise censée les embaucher avait disparu, était introuvable ou n’avait jamais eu l’intention de leur donner du travail.
Sans emploi régulier et avec une dette à rembourser, les travailleurs peuvent alors se retrouver dépendants des intermédiaires qui avaient organisé leur venue. C’est à ce stade que le recrutement légal promis peut basculer vers le « caporalato », le système d’intermédiation clandestine de main-d’œuvre particulièrement implanté dans l’agriculture italienne.
Ces réseaux ne se contentent pas nécessairement de trouver du travail. Certains contrôlent aussi le transport jusqu’aux exploitations, le logement ou encore l’accès aux documents. Les travailleurs peuvent payer des tarifs gonflés pour être transportés vers des champs isolés ou hébergés dans des installations précaires. Lorsque le contrôle du logement et des déplacements empêche réellement un travailleur de partir, la situation peut, selon GI-TOC, relever du travail forcé.
Le phénomène dépasse désormais largement le sud de l’Italie. Des réseaux de ce type ont également été identifiés en Lombardie, en Vénétie, en Émilie-Romagne, en Toscane et dans le Piémont. L’organisation estime que le « caporalato » fonctionne aujourd’hui comme un véritable système national d’exploitation.
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Il s’inscrit dans une économie criminelle encore plus vaste, qualifiée d’« agromafia », qui englobe également fraude alimentaire, manipulation des prix, détournement de fonds publics, extorsion ou appropriation de terres. GI-TOC rapporte une estimation de quelque 25 milliards d’euros de revenus illicites annuels pour cet écosystème criminel.