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Un médecin maghrébin en France : « On me traite de sale bougnoule et il ne se passe rien »

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16 juin 2020 - 19h30 - Monde

La vie d’Ali*, un médecin généraliste du Dunkerquois n’a pas été un long fleuve tranquille. Il raconte ses déboires.

En quinze ans de vie professionnelle, Ali a dû faire face à des humiliations en tous genres. Au début de sa carrière, « la Sécurité sociale s’amusait à me renvoyer mes feuilles ; ça prenait du temps et je n’étais pas payé », se souvient ce médecin généraliste. Cette surcharge administrative le conduit vers burn-out, et ruine son moral. Le jeune médecin qui avait contracté des dettes pour ouvrir son cabinet n’était pas pour autant au bout de ses peines.

L’ordre des médecins exige de lui une expertise psychiatrique. « On veut savoir si je suis dangereux, alors que je leur ai simplement demandé à être payé. On a refusé de me dire pourquoi j’allais être expertisé », raconte-t-il à Le Phare du Dunkerquois. Une situation inexplicable et paradoxale. « C’est terrible, parce que, dans le même temps, des médecins pédophiles et violeurs dans le Dunkerquois peuvent exercer à nouveau », dit-il faisant ainsi référence à deux affaires judiciaires en cours à Dunkerque.

Un peu plus tard, Ali ouvre un nouveau cabinet avec une capacité d’accueil ne dépassant pas 20 patients la journée. Il devra à nouveau faire face à des railleries et à d’autres problèmes. « Trois médecins de Cappelle prenaient leur retraite. J’ai accueilli quelques patients », relate-t-il. Parmi eux, se trouvaient des patients qui avaient des arrêts de travail longs comme le bras. « Un jour, un mec de la Sécu débarque et me dit que je prescris trop d’arrêts. » Il l’invite alors à augmenter sa patientèle pour réduire son ratio d’arrêts. « On m’a même menacé de me mettre sous tutelle », se souvient-il.

En septembre dernier, ses ordonnances ont été volées. Une jeune fille serait la présumée voleuse. À en croire Ali, elle utilise les sésames en imitant l’écriture. Les problèmes se multiplient. « Récemment, une patiente me demande un rendez-vous, mais je n’ai plus de place. Alors elle m’insulte de sale bougnoule. Et me menace de mort », relate le médecin du Dunkerquois. Il a beau déposer plainte mais rien n’y fera. « Quand le bougnoule fait appel à la loi, elle ne s’applique pas pour le protéger », se désole le spécialiste.

« Je suis emmerdé par la Sécu, par certains de mes confrères, je suis agressé et volé dans mon cabinet. Tout ça, sans pouvoir faire appel à personne ; c’est trop difficile à gérer, se lamente Ali. (…) On me traite de sale bougnoule et il ne se passe rien. Quoi que je fasse, je serai toujours le bougnoule. […] Mes parents sont en pleurs et ma famille est éclatée. »

*Le prénom a été modifié

Mots clés: Dunkerque , Racisme , France

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