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Putsch de Skhirat : Leçons d’un putsch raté

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1er novembre 2002 - 17h29 - Culture

L’Association des familles des Victimes des événements de Skhirat a publié le livre “Crime contre l’humanité” et sollicité les témoignages. Après avoir relaté l’attaque du château, Jawad Kerdoudi tire les conclusions et donne sa vision des actions à entreprendre pour que plus jamais le pays n’ait à vivre un tel événement.

La tentative de putsh de Skhirat est une page noire de l’histoire de notre pays, dont il faut tirer les leçons, pour que jamais plus il ne puisse se répéter. Plusieurs conditions sont nécessaires pour cela.
Il est démontré aujourd’hui que seule l’institution de la démocratie dans un pays peut lui assurer une stabilité durable.
En effet, le système démocratique, basé sur les libertés individuelles, l’Etat de droit, le système des élections libres pour le choix des dirigeants, est seul à même de satisfaire les aspirations du peuple, et contenir les extrémismes de tous bords.
Notre pays, sous l’impulsion de notre jeune, S.M le Roi Mohammed VI, s’est engagé sur cette voie. Il appartient à toutes les forces vives de la Nation (gouvernement, partis politiques, et société civile) d’œuvrer d’arrache-pied pour la consolidation du système démocratique dans notre pays.
Démocratie
Tous les démocrates marocains doivent unir leur efforts pour barrer la route aux extrémismes de tous bords. Pour barrer la route à l’aventure, d’où qu’elle vienne, il faut des institutions solides.
Dieu merci, notre principale institution, la Monarchie, est solide et fait l’unanimité de tous. Elle est la garante de l’unité de la Nation, et de la défense du territoire national. Mais les autres institutions doivent également être consolidées.
Le Parlement, élu par le peuple, doit pouvoir bénéficier de pouvoirs renforcés. Il doit être composé d’éléments compétents, honnêtes, dévoués à l’intérêt général. D’où la nécessité d’entreprendre des élections libres et saines, en dehors de toute manipulation, et soustraites à l’influence de l’argent. Les autres Institutions : Conseil constitutionnel, Cour suprême, doivent avoir des pouvoirs renforcés, et leurs décisions respectées.
Plus globalement, la Justice dans notre pays doit être réformée, être parfaitement équitable et efficace. De toutes les institutions, la Justice est certainement la plus importante. Elle garantit les droits des personnes physiques et morales, assure leur sécurité et leur tranquilité, conformément à la Loi.
Notre pays a entrepris des réformes dans ce secteur de la Justice, mais qui sont encore insuffisantes. Tout gouvernement à venir doit avoir pour priorité la réforme et la consolidation de la Justice. Un autre principe intangible à respecter : c’est la subordination du pouvoir militaire au pouvoir civil.
Cette petite expression est lourde de significations. Elle veut dire que nul n’est au-dessus de la loi. Que chaque citoyen a les mêmes droits, est soumis aux mêmes obligations. Elle s’oppose notamment à l’abus de droit, ressenti par le citoyen comme une injustice. Il faut que, progressivement, toutes les couches de la société et toutes les sphères du pouvoir s’imprègnent de cette notion et l’appliquent. S.M. Mohammed VI, en instituant le nouveau concept de l’autorité, va dans ce sens, et renforce l’Etat de droit.

État de droit

La corruption est un fléau qui a gangrené la vie nationale depuis l’indépendance. Elle a des effets pervers à plusieurs titres.
D’abord, le sentiment d’injustice devant des individus qui s’enrichissent sans cause, et qui font étalage de leur richesse. Sur le plan économique, elle peut influencer des décisions, qui ne sont pas dans le sens de l’intérêt général. Enfin, les investisseurs étrangers répugnent, de plus en plus, à investir dans les pays où la corruption est pratiquée.
Il faut donc une lutte implacable contre la corruption, par des sanctions exemplaires, des campagnes de sensibilisation, des réglementations qui la rendent sinon impossible, du moins très difficile à pratiquer et très dangereuse.
Les déséquilibres sociaux sont un ferment d’instabilité, et même de révolte. Au Maroc, il est reconnu qu’il y a officiellement 6 Millions de pauvres, soit un marocain sur cinq. La société marocaine pourrait être classée en quatre catégories : une petite minorité très riche ; ne minorité aisée correspondant à la strate supérieure de la classe moyenne ; une classe moyenne en progressio ; une masse pauvre vivant surtout dans le monde rural, et autour des grandes villes.
Pour réduire ces déséquilibres sociaux il y a lieu d’entreprendre une politique courageuse et déterminée.
Il faut prendre toutes les mesures pour assurer une croissance forte et durable, notamment par la promotion des investissements, aussi bien nationaux qu’étrangers, à même de réduire sensiblement le taux de chômage. Une politique active des infrastructures, surtout dans le monde rural pour désenclaver les campagnes.
Une politique de redistribution des richesses, par l’extension de l’assiette de l’impôt, une plus forte progressivité de l’impôt en fonction des revenus, une plus grande sélectivité de l’impôt pour ne pas frapper les catégories les moins favorisées.
Une politique de formation active, visant la suppression de l’analphabétisme, et l’approfondissement des qualifications.
Le défi de la prochaine décennie pour notre pays est de façonner un citoyen marocain, imbu des valeurs morales universelles, instruit selon les critères internationaux, respectant la dignité des autres et discipliné dans ses jugements et son comportement. Ce n’est qu’à ce prix que le Maroc pourra tenir une place honorable dans le concert des nations.

Citoyenneté

Pour cela, l’éducation doit commencer à la base, d’abord par les parents, qui doivent inculquer à leurs enfants les valeurs essentielles de la vie, et qui doivent leur donner l’exemple. Ensuite par l’école, qui doit les instruire, leur inculquer les connaissances, et en faire des citoyens conscients et responsables. Enfin par l’environnement familial et sociétal qui doit contribuer à leur épanouissement.Le role des partis politiques est déterminant pour la consolidation de la démocratie. La Constitution leur reconnaît le droit d’encadrer la population. Il leur appartient de se restructurer, d’appliquer la démocratie interne, de se doter de cadres de haut niveau.
Tous les problèmes de la Nation doivent être étudiés par les cadres des partis politiques, et faire l’objet de propositions concrètes dans l’intérêt général. Une fois au pouvoir, les partis politiques doivent exécuter les programmes pour lesquels ils ont été élus. A côté des Institutions, la Société Civile joue un rôle de plus en plus important.
Ce sont des personnes de bonne volonté, qui ne font partie ni du Gouvernement, ni des partis politiques, et qui s’investissent, bénévolement, dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale. Si les conditions évoquées sont remplies, il n’y aura plus au Maroc, à l’avenir, un événement comparable à celui qui s’est produit à Skirat,le 10 juillet 1971.

Maroc Hebdo

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