Renault retarde une Dacia fabriquée au Maroc pour ne pas faire d’ombre à la Clio

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Renault aurait repoussé le lancement de la Sandero hybride produite au Maroc afin de protéger les débuts de sa nouvelle Clio. La décision montre la reprise en main de Dacia, devenue particulièrement rentable mais aussi de plus en plus concurrente de sa maison mère.

La Sandero devait recevoir dès janvier 2026 le nouveau moteur 1.8 Hybrid également proposé sur le Dacia Jogger. Son lancement a finalement été reporté à l’été, alors que les deux modèles sont fabriqués au Maroc.

Officiellement, Dacia expliquait ne pas pouvoir déployer simultanément cette motorisation sur deux véhicules produits dans la même usine. Mais la véritable raison serait commerciale, selon une enquête du Journal de l’Automobile publiée le 15 septembre.

Fabrice Cambolive, directeur général de Renault et responsable de la stratégie produit de Dacia, aurait décidé de repousser la Sandero hybride afin qu’elle ne concurrence pas la nouvelle Clio durant sa phase de lancement. Le moteur 1.8 Hybrid constituait précisément l’un des principaux arguments commerciaux de la citadine Renault.

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La décision touche un modèle essentiel pour les usines marocaines. La Sandero est principalement assemblée dans le royaume et occupe depuis 2024 la première place des ventes automobiles en Europe. Le Jogger fait également partie des véhicules produits à Tanger, où ses versions électrifiées entrent progressivement en fabrication.

Le Maroc se retrouve ainsi au centre d’un arbitrage entre les deux principales marques de Renault Group. Le constructeur ne renonce pas à la Sandero hybride et ne remet pas en cause sa production marocaine : il a simplement retardé son arrivée afin de laisser davantage d’espace commercial à la Clio.

Dacia devient trop concurrente de Renault

Cette décision s’inscrit dans une reprise en main plus large de Dacia par Renault. Longtemps cantonnée au low cost, la marque roumaine a amélioré ses modèles, augmenté ses prix et lancé des véhicules plus grands comme le Duster et le Bigster. Elle est ainsi devenue l’une des activités les plus rentables du groupe.

Son succès a cependant créé une concurrence interne. La Sandero peut détourner des acheteurs de la Clio, tandis que certains projets de Dacia risquent d’empiéter sur les segments occupés par les modèles Renault.

La nouvelle organisation mise en place par le groupe doit désormais établir une séparation plus nette entre les deux marques. Dacia sera recentrée sur l’entrée de gamme, avec moins d’équipements et des coûts réduits, tandis que Renault conservera un positionnement plus élevé.

Le groupe avait déjà abandonné un projet de nouveau SUV Dacia destiné à remplacer la Sandero Stepway. Cette décision aurait permis d’économiser environ 200 millions d’euros, mais aussi de protéger le futur Renault Captur. La présentation de la nouvelle Dacia Spring a également été retardée pour ne pas perturber le lancement de la Twingo électrique.

Cette stratégie confirme l’importance des usines marocaines dans le modèle économique particulièrement rentable de Dacia. Tanger et la Somaca de Casablanca assemblent une part importante des véhicules du groupe grâce à des coûts de production très inférieurs à ceux des sites européens.

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Le report de la Sandero hybride révèle toutefois l’autre face de cette réussite : les véhicules produits au Maroc ne concurrencent plus seulement les marques rivales. Leur rapport qualité-prix est devenu suffisamment menaçant pour obliger Renault à organiser leur calendrier afin de protéger ses propres modèles.