Liberté de la presse : RSF nuance

- 19h13 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

« Souvent mes propos sur la liberté de la presse au Maroc sont traités de manière caricaturale. Certains confrères rapportent mal ce que je dis. C’est vrai que je viens au Maroc dans des périodes de crise, des moments difficiles, mais, aujourd’hui, je tiens à nuancer mes propos ». D’emblée, et avec des termes sans équivoque et devant une assistance nombreuse, Robert Ménard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières (RSF), a planté le décor.

C’était lors d’une conférence de presse, tenue jeudi 6 avril à Casablanca, autour du thème : « L’état de la liberté de la presse au Maroc ». Une conférence tenue par RSF dans le cadre d’une mission de consultation et de dialogue au Maroc. Une mission, précise Ménard, menée auprès des professionnels des médias marocains et des officiels du pays. C’est pour la première fois en 20 ans que RSF est reçue par les autorités marocaines, souligne Ménard, au lendemain d’une rencontre avec Nabil Benabdallah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Cette rencontre a abordé les grandes réformes que connaît le Maroc en matière de transition démocratique et d’élargissement du champ des libertés, notamment la liberté de la presse, la liberté d’expression et le pluralisme.
RSF souhaitait recevoir des éclaircissements, notamment sur les procès récents dans lesquels certains supports de presse écrite étaient partie prenante ces derniers mois. Au-delà de cette rencontre avec les autorités, le constat de RSF est que les choses sont en train de bouger au Maroc. « Il serait stupide de dire que le Maroc ne change pas », a-t-il martelé tout au long de la conférence.

« Si aujourd’hui je suis là, c’est parce qu’il s’est passé un certain nombre d’événements et de procès, mais surtout parce qu’il y a un grand changement d’attitude dont RSF se réjouit aujourd’hui », a tenu à préciser Ménard, pour qui « les lignes rouges reculent », devant un parterre de journalistes étonnés. En revanche, il insiste sur le fait qu’il y a un certain nombre de problèmes et de dérives qui persistent mais aussi une volonté de « discuter sans tabous ». Le secrétaire général de RSF a tenu à apporter quelques précisions sur ses déclarations sur le Maroc. Selon lui, l’affaire Ali Lamrabet a donné un coup de canif à la liberté de presse au Maroc. Le traitement de cette affaire était préjudiciable à l’image du Maroc à l’international. « Une mesure d’interdiction fut-elle légale, l’interdiction professionnelle est d’un archaïsme moyenâgeux ». Ménard estime que le Maroc « n’a pas à recourir à des procédés qui relèvent de pays totalitaires ou de républiques bananières ».

Par ailleurs, Ménard précise aussi qu’il n’a jamais appelé au boycott du tourisme au Maroc. Par contre en Tunisie, il rappelle qu’il avait dit aux touristes : « Sachez où vous mettiez les pieds dans ce pays policier ».
Parmi les questions qui ne font pas l’unanimité, le classement de RSF. Rappelons que le Maroc est classé 119e. Ce qui fait dire à de nombreux marocains que RSF a des partis pris contre le Maroc. Ménard s’en défend. Selon lui, ceux qui contestent le classement ne savent pas qu’il y a une cinquantaine de critères scientifiques. « Il ne s’agit pas d’être pour ou contre le Maroc », souligne-t-il. Et il en veut pour preuve, « je suis Français, mais la France est classé moins bien que la Birmanie ».

Sur la situation de la liberté de la presse, Ménard estime qu’elle progresse au Maroc : « Il y a plus de liberté au Maroc que dans n’importe quel autre pays arabe ou musulman. Le pays est en position d’être un exemple pour les pays arabes ». Mais il y a aussi des problèmes, poursuit-il. A leur tête, le cadre juridique : « La loi sur la presse est mauvaise. Et tout le monde est d’accord là-dessus y compris des ministres », précise-t-il. RSF pense qu’il faut changer radicalement la loi sur la presse. Selon Ménard, quand on m’explique que les cas de peines d’emprisonnement vont diminuer. Je rétorque : « Il faut supprimer tout ce qui mène un journaliste à la peine d’emprisonnement ».

Mais attention, la dépénalisation ne veut pas dire que le journaliste n’est pas justiciable. « Je ne dis pas qu’il ne faut pas punir les journalistes qui diffament les gens ». Evidemment, il faut respecter la loi. Mais cette dernière se doit d’être claire. Pour Ménard, il n’y a pas un pays au monde où il n’y a pas d’interdictions. Il en veut pour exemple, la Grande-Bretagne qui interdit le blasphème.
Toujours dans le registre de la loi sur la presse, Ménard estime que l’article 41 est un florilège d’interdits. « Il est tellement flou qu’il peut comporter plusieurs interprétations », signale Ménard pour qui : autant la loi est le plus clair possible, autant elle réduit la marge de manœuvre aux magistrats.

Sur un autre plan, RSF estime que le Maroc ne peut prôner l’ouverture du marché pour attirer uniquement des investissements. L’ouverture devrait toucher également le secteur de la presse. « Il faut changer les règles du jeu », précise-t-il. L’expérience en France a montré que les grands capitaux allemands ont changé qualitativement la presse dans l’Hexagone.

Autre critique forte soulevée par RSF, la responsabilisation des imprimeurs. « Attention, là c’est grave. Une imprimerie a pour responsabilité d’imprimer sans plus ni moins », tranche le secrétaire général.
Par ailleurs, la loi antiterroriste est encore une fois pointée du doigt. Comme dans de nombreux pays, l’apologie du terrorisme est un délit qui doit être sanctionné. Mais Ménard précise que ce sont souvent des lois d’un maniement difficile. RSF fustige également le fait que les autorités marocaines sont allées chercher dans l’arsenal juridique des années 50 pour trouver les limites à l’utilisation des photos du Roi.

RSF se félicite de la libéralisation de l’audiovisuel au Maroc. « C’est une bouffée d’oxygène. Mais est-ce qu’il y a un marché publicitaire pour tout le monde ? On le verra », signale Robert Ménard. En tout cas, selon lui, cette bouffée d’oxygène ne réglera pas le problème de la dépendance de l’audiovisuel public. « La dépendance politique des directions de l’information est forte ». Pour Ménard, la HACA devrait s’autosaisir de certaines questions de ce genre.

Amin Rboub - L’Economiste

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