Retraite fiscale, le Maroc durcit le ton

- 00h00 - France - Ecrit par : L.A

La ruée actuelle des étrangers à Marrakech s’explique aussi par l’espoir caché qu’ont certains de changer de résidence fiscale et donc d’échapper à l’imposition de leur revenu dans leur pays. Ces touristes d’un genre « nouveau » ont souvent une interprétation erronée de la résidence fiscale, critère fondamental d’appréhension de l’impôt. Le plus grave est que certains « consultants » au Maroc leur font croire que le Royaume est un paradis fiscal et qu’en y achetant un appartement ou un ryad, ils se mettraient à l’abri du Fisc dans leur pays.

Les équipes de la direction générale des Impôts à Bercy surveillent particulièrement cette « émigration » vers Marrakech, notamment. Rien à voir avec l’exil des contribuables imposables sur la grande fortune.

Cette problématique de résidence fiscale sera l’un des points débattus au séminaire sur les conventions fiscales organisé ce mercredi 6 juin à Casablanca par la branche marocaine de l’Association fiscale internationale (IFA). Au sens de la législation marocaine, plusieurs conditions doivent être remplies pour une résidence fiscale : avoir son foyer d’habitation permanent au Maroc ainsi que le centre d’intérêts économiques et justifier la présence de manière continue ou discontinue de 183 jours dans l’année dans le Royaume.

Les traités fiscaux entre Etats – le Maroc en a conclu 59 à ce jour dont 35 sont en vigueur – accompagnent le mouvement de globalisation et l’internationalisation des entreprises. Quelques groupes marocains se déploient aujourd’hui à l’international, en Afrique et depuis peu en Europe, notamment les banques.

Les conventions fiscales constituent surtout un instrument de sécurisation de l’investissement. Elles ont pour objectif de prévenir la double imposition et de lutter contre l’évasion fiscale. Elles font partie des garanties que demandent les investisseurs dans la phase de prospection.

Mais, en pratique, se posent fréquemment des problèmes d’interprétation. Le plus courant concerne la qualification des établissements stables, « un casse-tête chinois », confirme Abdelwaret Kabbaj, expert-comptable et président de la section marocaine de l’IFA. Cette question est d’autant plus complexe que la loi fiscale marocaine ne donne pas de définition d’un établissement stable. Dans la doctrine, cette notion renvoie à « une installation fixe d’affaires par le biais de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité ». Trois caractéristiques de cette définition : une installation d’affaires, la fixité et l’exercice partiel ou total de l’activité.

Mais ce schéma ne ressort pas toujours des structures via lesquelles se déploient les grands groupes mondiaux au Maroc. Certains peuvent choisir par exemple le bureau de représentation. Quid de son statut fiscal, sachant qu’il ne dégage pas de chiffre d’affaires ? Peut-il être assimilé à un établissement stable, c’est-à-dire soumis au droit fiscal commun ? C’est l’un des sujets de controverse entre le Fisc et les experts qui conseillent les entreprises. Pour l’administration des Impôts, à partir du moment où un bureau de représentation fait de la prospection ou qu’il signe des contrats d’affaires, il est requalifié automatiquement en établissement stable.

Deuxième point sensible dans l’application des conventions : la retenue à la source sur les prestations de services réalisées par une entité (physique ou personne morale) non résidente à une entreprise ou un contribuable résidant au Maroc. La pomme de discorde est l’assimilation de toute prestation de services à une redevance et donc soumise à une retenue de 10% à la source. Les entreprises françaises et espagnoles sont les plus exposées à ce « bug ». C’est une requête quasi récurrente dans les Chambres de commerce et à laquelle le Fisc répond par la politique du traitement au cas par cas.

Globalisation oblige, chaque Etat cherche à se prémunir contre la tentation du « shopping » fiscal des multinationales via les prix des prestations intragroupe. Comme ses homologues européens, le Fisc marocain place sous surveillance les prix de transfert, qui peuvent être utilisés comme levier de transfert camouflé de dividendes vers la terre la plus « clémente ». Ce sera aussi le prochain thème du séminaire de l’IFA Maroc. Ça tombe bien, car cette association regroupe aussi des fonctionnaires des Impôts en plus des praticiens de la fiscalité.

Qu’est-ce que l’IFA ?

L’Association fiscale internationale (IFA) est une organisation non gouvernementale et non sectorielle en matière de fiscalité. Créée en 1938, elle compte 51 branches à travers le monde. Elle est composée de 11.000 membres de tous horizons (experts-comptables, fonctionnaires d’Etat, etc.) L’IFA joue un rôle dans l’étude et la promotion du droit fiscal international ainsi que des aspects économiques et financiers de la fiscalité.

Au Maroc, cette association détient une branche. Celle-ci a été constituée en juin 2006 ; elle n’a pas de but lucratif. En plus des caractéristiques générales qui lient les deux entités, son objet intègre les spécificités attachées à l’Etat comme la réalisation de manifestations ayant pour objet : la comparaison du droit fiscal et ses rapports avec l’économie et les finances publiques (au niveau national et international). L’IFA Maroc compte 224 membres dont 160 ont renouvelé leur adhésion.

L’Economiste - My Ahmed Belrhiti

  • La France place sous surveillance ses « exilés » fiscaux au Maroc

    Parmi les milliers de ressortissants français installés ces dernières années à Marrakech, Essaouira ou El Jadida, beaucoup ont été conquis par la douceur du climat et le charme de ces villes. Mais beaucoup ont été également séduits par une fiscalité marocaine moins « brûlante », voire à l'idée de profiter d'un « paradis » fiscal et d'échapper ainsi aux griffes de la redoutable administration des impôts à Bercy.

  • Retraite au soleil : 42.644 français expatriés au Maroc

    Vivre au soleil, avec en prime un coût de la vie inférieur à celui de la France, est une solution qui séduit de plus en plus de retraités.

  • Au paradis de la fraude fiscale

    Les entreprises se plaignent, les ménages gémissent. La pression fiscale est-elle réellement trop forte au Maroc ? Quelles en sont les répercussions et qui en souffre le plus ? Eclairage. Dans les pays occidentaux, où il ne suffit pas d'entonner fébrilement l'hymne national et de brandir bien haut l'emblème de son pays dans les stades de foot surchauffés pour se prétendre patriote, c'est davantage le paiement des impôts, contribution civique par excellence, qui fonde la citoyenneté. En sommes-nous là au Maroc ?

  • Maroc/Informatique : Les Français à l'assaut du marché

    De grosses pointures françaises, des technologies de l'information (T.I.), sont venues prendre le pouls du Maroc « high-tech ». Elles ont exploré les opportunités d'affaires, de partenariat et pourquoi pas, d'implantation dans le Royaume, lors du 6e salon MED-IT, qui s'est tenu les 13 et 14 juin, au Technopark de Casablanca. Entre les tables rondes et les conférences à thèmes précis, les exposants, une vingtaine au total, ont rencontré des vis-à-vis marocains, par le biais de rendez-vous d'affaires. Réservé aux professionnels, MED-IT 2007 a tout de même reçu 600 visiteurs.

  • Le Fisc gèle les comptes de la CNSS

    Le Fisc est passé à l'acte. Il a bloqué tous les comptes de la CNSS. Une notification a été envoyée à toutes les banques. L'administration fiscale réclame les arriérés d'impôts de 284 millions de dirhams au titre de retenue sur l'IR. Ce montant inclut également les pénalités, le principal étant de près de 50 millions de dirhams.

  • La presse marocaine interdite en France !

    Les Marocains savent-ils que la presse de leur pays est assignée à résidence ? La diffusion de notre presse en France est interdite, non pas de droit, mais dans les faits. Les NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne), qui s'accaparent le quasi-monopole de la distribution de la presse en France, nous ont opposé comme une fin de non recevoir. Elles ne veulent pas entendre parler de nos titres, en dehors du circuit de leur filiale marocaine.

  • Les Marocains paient-ils trop d'impôt ?

    Les contribuables marocains, personnes physiques et morales, paient-ils trop d'impôt ? Voilà une question qui, décidément, ne supporte pas de réponses tranchées. Si l'on utilise la mesure, universelle, de la pression fiscale, on constate alors que les recettes fiscales rapportées au PIB ne sont pas si élevées que cela : une moyenne de 22 % entre 2000 et 2006. Pour 2007, la pression fiscale devrait se situer à 22,8 %, selon les prévisions du ministère des finances. Dans les pays de l'OCDE (Organisation de la coopération et du développement économique), la pression fiscale était en moyenne de 36,2 % en 2005 (chiffre disponible).

  • Mission française : Plus c'est cher, plus c'est demandé

    La liste des établissements homologués par l'Education nationale française est parue dans le Bulletin Officiel (France) du 27 juin dernier. A Casablanca, trois nouveaux intègrent ce cercle très fermé du réseau de la « Mission » : Le groupe La Résidence avec l'homologation des trois niveaux, de la maternelle au lycée ; L'Ecole Internationale (ORT) pour le collège et Léon L'Africain pour le collège et le lycée.

  • Les banques françaises se tournent vers le Maroc, eldorado immobilier

    Depuis le début de l'été, les grandes banques françaises multiplient les offres en partenariat avec des établissements marocains, facilitant notamment l'obtention de crédits immobiliers pour l'achat d'un bien au Maroc, nouvel eldorado.

  • Nouvelle coopération économique entre le Maroc et la France

    La France et le Maroc ont signé mercredi à Marrakech une convention de coopération administrative et technique. Cette convention vise à donner un nouveau dynamisme à la coopération entre les départements économiques des deux pays et s'assigne pour objectif la modernisation de l'action des pouvoirs publics dans le domaine économique et financier et l'accompagnement des réformes de l'administration et de la gestion publique.