Savola : Quand un investisseur se fache

10 mars 2007 - 00h00 - Economie - Ecrit par : L.A

Savola, le géant saoudien avait beaucoup d’ambition en termes d’investissement au Maroc. Mais les déboires de sa filiale dans le secteur de l’huile l’orientent vers l’Algérie tout proche. Le Maroc perd un investisseur et risque surtout de voir arriver la concurrence à partir des pays voisins.

En l’espace de deux ans, Savola a pu gagner près de 10% de part de marché, gagnés surtout sur le leader du marché des huiles de tables Lesieur. Ce dernier a traversé une période de vache maigre, puisqu’il a été amené à réduire considérablement ses marges afin de ne pas perdre la face. Au passage, Savola a été accusé de dumping. Dans un verdict rendu récemment, les autorités de la concurrence ont donné raison à Lesieur. Savola vendait bien ses produits à un prix plus faible que ses coûts de production. Ensuite en remontant, un peu plus loin, on peut se rappeler la décision des chaînes Acima et Marjane, qui appartiennent au même groupe que Lesieur, à savoir l’ONA, de ne plus distribuer les produits de Savola. Les dirigeants des deux chaînes de grande distribution avaient alors basé leur décision sur la décision de justice qui avait également condamné encore une fois Savola. Ce dernier avait été convaincu de pratique à même de tromper les clients puisqu’il affichait un épi de maïs sur son emballage alors que l’huile n’en contenait qu’une faible quantité.

Les dirigeants de Savola ont vu dans l’ensemble de ces décisions une manière d’empêcher les concurrents du groupe ONA de prospérer au détriment des nombreuses filiales du plus grand groupe privé du pays.

Ils ont naturellement remis en question les nombreux projets qu’ils nourrissaient pour le Maroc. Il faut noter au passage que tous ces projets sont dans des domaines où prospèrent des filiales de l’ONA.
C’est le cas du sucre. Depuis son arrivée au Maroc en collaboration avec le groupe de Mustapha Amhal, Savola avait un œil sur le secteur du sucre. Alors quand en 2005, l’appel d’offres est enfin lancé pour la privatisation des sucreries publiques, les Saoudiens sont de la course.

Mais, ils seront écartés face à la Cosumar. Du coup, le géant détient un monopole de fait. Mais le secteur étant libéralisé concernant le raffinage au Maroc, une alternative s’offre aux opérateurs intéressés par le secteur. Savola s’est alors rapproché du groupe Chaabi. Mais entre temps, les épreuves de sa filiale huile, lui feront changer d’avis. C’est alors que Chaabi décida de faire cavalier seul avant de se raviser. Car, dans le secteur du sucre, contrairement au secteur de l’huile, les marges sont administrées. Il n’est pas possible de commercialiser le kilo de sucre en poudre à plus de 4,2 dirhams. Les opérateurs ne peuvent donc compter que sur le volume. Ce qui est relativement difficile.

La Cosumar a déjà occupé le terrain. Chaabi a alors abandonné son projet de construction d’une usine de raffinage à Tanger. Avec cette annonce, l’action Cosumar s’est d’ailleurs appréciée de près de 30% avant de connaître un repli. Savola, lui, n’a pas laissé son projet, il a préféré s’installer en Algérie à Oran, non loin de la frontière marocaine. Son usine d’une capacité d’un million de tonne donnera du fil à retordre à la Cosumar, même si la frontière terrestre est fermée. Car à Oujda certains villageois consomment du pain fait en Algérie, et transporté à dos d’âne parce qu’il coûte quelque centimes de moins. Et peut-être que ce qu’il faut craindre de plus c’est qu’en perdant l’investisseur Savola, le Maroc perd aussi le réseau de l’un des plus puissants groupe du Golfe.

Gazette du Maroc - M.B.N.

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : Gastronomie - Investissement - Arabie saoudite - Cosumar

Ces articles devraient vous intéresser :

Un milliardaire marocain a de grandes ambitions en Afrique

Le milliardaire américain d’origine marocaine Marc Lasry, président directeur général d’Avenue Capital Group, investit depuis une dizaine d’années dans le domaine du sport. Après avoir été copropriétaire de l’équipe de basketball des Milwaukee Bucks de...

Le Maroc veut augmenter la part d’investissements des MRE

Au Maroc, la part d’investissement privé provenant des Marocains du monde reste faible. Seulement 10 % des transferts des MRE y sont consacrés. Un dispositif incitatif se met en place pour mieux mobiliser les investissements de cette communauté.

Le Maroc, l’une des meilleures destinations gastronomiques au monde

Le Maroc fait partie des neuf meilleures destinations gastronomiques au monde, selon le célèbre magazine National Geographic.

Le groupe Thalès renforce sa présence au Maroc, près de 150 emplois à terme

Le groupe français Thalès, spécialiste mondial de cybersécurité, va renforcer sa présence au Maroc à travers un nouvel investissement d’une valeur de plus de 350 millions de dirhams dédié au secteur de l’outsourcing.

Le Maroc va augmenter la capacité de plusieurs aéroports

Dans le cadre de son plan d’investissement dénommé Envol 2025, l’Office national des aéroports (ONDA) a lancé plusieurs projets pour soutenir la croissance de l’activité des aéroports de Marrakech, d’Agadir et de Tanger. À terme, ces travaux...

Maroc : investissements publics records en 2024

L’investissement public au Maroc devrait s’élever à 335 milliards de dirhams (MMDH) l’année prochaine, d’après la note de présentation du Projet de loi de finances (PLF) 2024. Un effort qui contribuera à améliorer les conditions de vie des populations.

La voiture 100% marocaine verra le jour en 2023

Le Maroc prévoit de fabriquer localement des voitures de marque marocaine. Le projet va démarrer à court terme et nécessitera un investissement 100% marocain.

Cannabis : des entreprises étrangères attendent leur autorisation au Maroc

Suite à l’adoption du projet de loi sur l’usage légal du cannabis, plusieurs investisseurs étrangers manifestent leur intérêt pour investir dans ce domaine au Maroc. Plus d’une dizaine d’entre eux attendent leurs autorisations, selon le député...

Blachiment d’argent : le Maroc sort de la liste grise (GAFI)

Après évaluation des dispositifs mis en place par le Maroc pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, le groupe d’action financière (GAFI) a décidé de sortir le royaume de la liste grise.

Maroc : 3,7 milliards de dirhams de subventions au secteur agricole

Le gouvernement maintient son soutien au secteur agricole. Cette année, 3,7 milliards de dirhams de subventions seront affectés au secteur, pour un investissement global de 7,4 milliards de dirhams.