Tanger : les vacances à la plage gâchées par la pollution ?
Malgré un taux national de conformité dépassant 95 % en 2025, plusieurs plages de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma restent gravement polluées. Le déversement des eaux usées et la prolifération des plastiques menacent la sécurité sanitaire locale.
L’an passé, les statistiques officielles affichaient des résultats extrêmement positifs pour les eaux de baignade marocaines. Pourtant, un contraste frappant subsiste dans le nord du pays. De nombreuses zones côtières bordant Tanger, M’diq, Fnideq et Tétouan ne répondent toujours pas aux normes sanitaires. Les données révèlent que plus de 80 % de cette pollution provient des terres. Dans le détail, les déchets plastiques représentent 86 % de ce volume, aggravé par le rejet continu des eaux usées lié à la forte pression démographique et industrielle de la région.
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Face à cette situation qui se répète chaque été, le président de l’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques de Tanger tire la sonnette d’alarme. Selon des déclarations confiées à Hespress, il dénonce la lenteur des chantiers d’assainissement et l’inefficacité des contrôles. Il réclame des sanctions strictes contre les déversements illégaux et prévient que sans mesures radicales, « nous tournerons en rond, en répétant les mêmes remarques chaque année sans véritable changement ». L’expert insiste sur l’urgence d’abandonner la simple gestion de crise estivale au profit de stratégies durables impliquant la société civile.
Les causes de cette dégradation côtière sont également structurelles. Un expert pointe du doigt l’expansion rapide de quartiers d’habitation précaires dépourvus de raccordement aux réseaux d’assainissement. Ces eaux sales se déversent directement dans les oueds avant de finir dans la mer. Il souligne aussi les limites techniques des infrastructures actuelles. La station de Bouknadel, la plus grande de la zone, se contente d’un traitement primaire pour 160 000 mètres cubes d’eaux usées par jour. Celles-ci sont ensuite pompées dans l’océan, mais les courants marins les ramènent inlassablement vers le littoral tangérois.
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Pour pallier ces dysfonctionnements, des alternatives existent, notamment grâce à la station de Boukhalef qui dispose d’un autre système de traitement. Toutefois, son potentiel de réutilisation demeure sous-exploité et une partie de l’eau traitée finit encore dans la mer. Le spécialiste recommande d’imposer l’usage de ces eaux recyclées sur les chantiers de construction ou dans les industries très consommatrices, comme la chimie ou l’automobile. Il plaide enfin pour une révision du cadre légal afin de faciliter leur usage agricole, voire pour l’adoption d’un traitement de niveau quaternaire garantissant une sécurité totale.