Face à la concurrence chinoise, le textile marocain résiste

- 23h55 - Maroc - Ecrit par : L.A

Planté au milieu de dizaines de rouleaux de tissus, Zemmama attend les clients. Ou plutôt, les clientes. Car ce sont les Marocaines, souvent jeunes mariées, qui achètent au marchand ses mètres de tissus. Des velours rouges piqués de dorures, des étoffes de chenille turquoise ou du damas vert brillant qui confèrent à la pièce d’une douzaine de mètres carrés l’allure typique des nombreuses boutiques de Debra Omar, l’un des plus grands marchés de textile en gros du pays.

"Ici la concurrence est très forte", insiste Zemmama. Même lorsque l’on est installé rue de Strasbourg, sur l’un des principaux axes du marché. "Et la pression sur les prix s’est accrue ces dernières années. Je vais donc toujours chercher les étoffes les moins chères."

Il y a peu, ses rouleaux étaient presque entièrement fabriqués dans les usines de la ville. Désormais, ils viennent aussi de Turquie et, surtout, de Chine. "Pour moi, le monde est devenu tout petit : quand la marchandise est trop chère ici, j’importe." Le commerçant hausse les épaules : "Le tissu c’est facile à faire, il faut juste une machine et du fil. Alors il en vient de partout."

Un embryon de China Town est apparu

La concurrence chinoise ne se voit pas que sur les étals de Zemmama. Depuis le début des années 2000, elle secoue l’ensemble du secteur textile marocain, plus gros employeur industriel du royaume. Et l’abandon, depuis le 1er janvier, des quotas européens pour les importations de textiles chinois représente un défi de plus. Signe de cette évolution, à deux pas de chez Zemmama, est apparu depuis peu un mini-quartier chinois. Un embryon de China Town, qui compte actuellement une vingtaine de boutiques.

Des enseignes moins chatoyantes que celle de Zemmama, sortes de garages gris et froids. Il y a là des baskets, des articles de cuisine, du tissu, des vêtements. Vendus en gros, à prix cassés. De quoi narguer les vendeurs casablancais établis de longue date. "Ils nous font de l’ombre, mais les clients finiront bien par comprendre que la qualité n’est pas là", commente un vieux commerçant, installé à quelques mètres du nouveau quartier.

"Ici, les Chinois font peur à tout le monde"

Abdessamad, lui, est un habitué des stands chinois. Le jeune homme, actif dans le commerce de confection textile, vient régulièrement y chasser la bonne affaire. Debout devant un stand de baskets, il explique :

"Ces chaussures de toile, ils vous en donnent trente paires à 53 dirhams (4,6 euros) chacune. Après, vous les retrouvez en vente au détail dans les quartiers populaires et dans le sud du pays à 80 dirhams (7 euros). Pour le revendeur, ces souliers fabriqués près de Pékin sont deux fois moins chers que la production locale."

Le jeune homme négocie le prix d’une cargaison d’étoles avec un couple de vendeurs chinois. Ceux-ci ne parlent ni arabe ni français. "Ils connaissent juste l’essentiel pour marchander : les chiffres dans les deux langues", commente Abdessasmad. Pour le reste, ils font appel à de jeunes Marocains.

"Il n’y a plus assez de marchandise pour une cargaison pareille", explique l’intermédiaire à Abdessamad. Le jeune homme est prié de repasser vingt jours plus tard. "Ils s’approvisionnent plus ou moins à la demande. Et comme ça vient de loin, ça peut prendre du temps", explique le revendeur, déçu.

"Mais ils sont quand même très forts ces Chinois. Ici, ils font peur à tout le monde. A Casa, le secteur textile a déjà beaucoup souffert de leur concurrence." Ce qui ne l’empêchera pas de revenir acheter leur marchandise dès son arrivée. Pour lui aussi, le monde est devenu tout petit.

La "fast fashion" sauve le secteur

Le textile marocain a souffert de la concurrence asiatique. Au 1er trimestre 2005, suite au premier abandon par l’UE des quotas d’importations chinoises, ses exportations ont chuté de 16% et 4 000 emplois ont été supprimés.

"On voyait déjà le secteur disparaître", se souvient Moulay Hafid Elalamy, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc. Deux ans après, l’industrie et ses 210 000 employés résistent bien. Le créneau sur lequel le secteur a misé est celui de la "fast fashion", soit de la réactivité.

"Si la marque Zara produit désormais la moitié de ses vêtements ici, c’est parce que pour elle, étant très sensible aux tendances, cette souplesse est essentielle." Le chiffre d’affaires à l’exportation est ainsi remonté de 2,4 milliards à 2,7 milliards d’euros l’année suivante.

Le géant américain Fruit of the loom a ainsi investi 95 millions d’euros dans une nouvelle unité de production. "Notre ancienne production, basée en Irlande, n’était plus concurrentielle. Ici, nous avons été accueillis par le premier ministre en personne, alors que d’autres pays ont à peine daigné nous répondre ! Côté main-d’œuvre, les taux d’absentéisme et de rotation sont très faibles. Sans parler du niveau de qualification, très satisfaisant", explique Brian Kennedy, directeur des opérations du groupe.

Le secteur se sent assez fort pour résister au second abandon par l’UE des quotas d’importation de textile chinois, effectif depuis le 1er janvier. "La Chine n’est plus concurrentielle au niveau de la réactivité", conclut Moulay Hafid Elalamy.

La Liberté.ch - Linda Bourget

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